DIVERTISSEMENT
25/05/2018 16:54 EDT | Actualisé 25/05/2018 16:54 EDT

Un mandat de continuité pour Luce Julien à Radio-Canada

«Je quitte Le Devoir avec tristesse, mais le défi actuel est extrêmement emballant», a souligné Luce Julien.

Coutoisie Radio-Canada

Traverser la campagne électorale sans fausse note, «parce que les citoyens ont énormément d'attentes à l'endroit de Radio-Canada» : voilà le premier mandat que s'octroiera Luce Julien lors de son entrée en poste comme directrice générale de l'information de Radio-Canada, le 31 juillet prochain.

«Radio-Canada n'a pas droit à l'erreur, comme service public. C'est ma première priorité. L'information à Radio-Canada va bien, c'est un mandat de continuité, mais c'est certain que je vais m'asseoir avec l'équipe de direction, et on va établir les priorités au fur et à mesure», a expliqué la nouvelle dirigeante en point de presse téléphonique, vendredi midi.

Quelques minutes plus tôt, Radio-Canada annonçait que Luce Julien succédera à Michel Cormier à la direction de son secteur d'information. Occupant cette fonction depuis avril 2012, Michel Cormier prendra sa retraite en juillet et, aux dires de Michel Bissonnette, vice-président principal de la société d'État, le processus de nomination de la personne qui le remplacerait «n'a pas été compliqué, parce que la candidature de Luce s'est distinguée dès le début, parmi tous les autres candidats», a-t-il tranché, et ce, même si plusieurs se sont montrés intéressés.

Première femme

Luce Julien a œuvré pendant 23 ans à Radio-Canada, où elle a tour à tour été directrice des nouvelles radio, première directrice de RDI et première directrice nouvelles multiplateformes et information numérique. Au début 2016, elle quittait la grande tour pour se joindre à l'équipe du quotidien Le Devoir, où elle aura été rédactrice en chef pendant deux ans.

«Je quitte Le Devoir avec tristesse, mais le défi actuel est extrêmement emballant», a souligné Luce Julien.

Celle-ci a précisé avoir quitté Radio-Canada, il y a deux ans, dans un contexte de restructuration qu'elle jugeait «un peu moins enthousiasmant», malgré un profond attachement pour le diffuseur public, et ne «regrette pas une seconde et demi» d'être allée ailleurs, mais se voyait bien mal, aujourd'hui, refuser de réintégrer une famille qu'elle connaît bien.

«La direction générale de l'information de Radio-Canada, c'est 800 employés, c'est être chef des politiques journalistiques à travers le pays, c'est un rôle extrêmement important en termes de journalisme, de vision du journalisme du futur. Franchement, c'était difficile de ne pas y songer sérieusement», a-t-elle fait valoir, qualifiant sa nouvelle mission de «très, très grand privilège», de l'une «des fonctions les plus importantes au pays et les plus prestigieuses du côté francophone», en plus d'être fière de devenir la première femme à diriger le service d'information.

«C'est dans la normale des choses qu'aujourd'hui, une femme puisse diriger le service de l'information, a indiqué Michel Bissonnette à cet égard. Peut-être que cette fonction-là, traditionnellement, a toujours été plus perçue comme une fonction qui serait occupée par un gars, mais comme on dit, on est maintenant en 2018, et ça coule de source que ça puisse être une femme qui dirige l'information, avec la rigueur et la sensibilité qu'on peut connaître à Luce.»

Cette dernière n'hésite d'ailleurs pas à qualifier Radio-Canada de «précurseur» en ce qui a trait à la représentation des femmes, tant dans les postes de direction qu'à l'antenne.

«Je pense que Radio-Canada, depuis des années, a quand même fait pas mal ses devoirs», a-t-elle plaidé.

Écosystème complexe

Luce Julien estime que les principaux défis du département d'information de Radio-Canada sont les mêmes que ceux qui se dressent devant tous les médias : s'adapter au changement des habitudes d'écoute, à la migration vers le numérique, aller chercher l'intérêt de toutes les générations, etc.

Par rapport à LCN qui ne cesse de gruger du terrain à RDI en termes de cotes d'écoute, la dame rappelle que RDI doit tenir compte de certaines spécificités, mais adopte néanmoins un discours optimiste.

«C'est sûr que RDI est dans un contexte de concurrence extrêmement difficile. RDI doit produire 30% de son contenu au régional. RDI est un service public où on ne peut pas faire que de l'opinion.»

«Pour les francophones au pays, c'est extrêmement important d'avoir un service d'information en continu. Le contexte, l'écosystème actuel, est extrêmement complexe. Je ne pense pas que RDI, non plus, est dans une situation à ce point-là difficile. Je pense que ça va bien. C'est préoccupant pour toutes les chaînes d'info en continu».

Michel Bissonnette, de son côté, milite pour le maintien d'une information «pertinente, crédible et présente sur toutes les plateformes».

«Le mélange d'expertise, de dynamisme, de vision de Luce va contribuer en ce sens-là. Je suis ravi d'avoir quelqu'un avec une telle éthique et une telle rigueur journalistique pour prendre les rênes de l'information à Radio-Canada.»

Retour à l'écriture

Michel Cormier, qui participait également à la conférence de presse de vendredi, et qui assurera la transition avant de céder officiellement son siège à Luce Julien en juillet, a pour sa part détaillé que les «planètes étaient alignées» pour son départ à la retraite.

«J'ai eu 60 ans, ça fait 35 ans que je suis à Radio-Canada, mes fils ont fini d'étudier, je pense... (rires) Je m'étais donné un maximum de sept ans dans ce poste-là, quand je l'ai pris. Je ne l'avais pas dit publiquement, mais c'était la durée que je me donnais ; parce que je me disais qu'en sept ans, j'aurais fait à peu près ce que je voulais faire, et ce que je n'aurais pas réussi à faire, c'est peut-être parce que je n'avais pas l'imagination.»

«Ce n'est pas parce que je suis malheureux, au contraire. C'est juste que le moment est venu de faire autre chose. J'avais le goût de retourner sur le terrain, et d'essayer d'aller au bout de mon écriture, parce que c'est quelque chose qui m'a manqué, quand même», a ajouté Michel Cormier, que Michel Bissonnette a encensé pour son boulot des six dernières années.

«Michel laisse la maison en ordre. L'information n'a jamais été aussi bien que présentement à Radio-Canada», a-t-il relevé, citant en exemple la fréquentation de quatre millions de visiteurs uniques mensuellement du site Radio-Canada.ca, redevenu depuis l'automne dernier, dit-il, le portail d'information le plus fréquenté, et la croissance des Téléjournaux de 18h et 22h et des Radiojournaux de Radio-Canada Première.