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25/05/2018 12:51 EDT | Actualisé 25/05/2018 13:58 EDT

L'opposition défie l'autorité du président de la Chambre des communes

Une ambiance de tempête de neige régnait au parlement.

Carlos Jasso / Reuters
Le président de la Chambre, Geoff Regan.

Une ambiance de tempête de neige régnait au parlement, en ce vendredi de mai, l'opposition ayant saisi une occasion qui s'est présentée à elle pour défier l'autorité du président de la Chambre, Geoff Regan. Un épisode obstructionniste jugé désolant dans le camp libéral.

Les tensions ont commencé après que le président Regan eut refusé d'écouter le point d'ordre que souhaitait porter à son attention le député néo-démocrate Daniel Blaikie lors d'un débat sur le budget principal des dépenses.

L'élu s'en est offusqué et a bruyamment fait état de son insatisfaction, s'attirant les reproches du président des Communes. Le néo-démocrate, sommé de s'asseoir par Geoff Regan, a crié que non, il n'obtempérerait pas.

"Je ne vais pas m'asseoir, monsieur le président, tant que je n'aurai pas été entendu. (...) C'est mon droit", a-t-on entendu le député Blaikie crier.

"Le député d'Elmwood-Transcona doit revenir à l'ordre. À l'ordre! Il se pourrait que le député n'ait pas droit de parole pendant un certain temps s'il continue comme cela", a signalé Geoff Regan.

"C'est une menace! Est-ce que c'est une menace? Est-ce que c'est une menace?", a-t-on entendu dans les banquettes de l'opposition conservatrice.

Le point d'ordre (...) a été soulevé en bonne et due forme. C'est clairement un point d'ordre. On parle de 7 milliards $ de dépenses.Pierre Poilievre, député conservateur

C'est que les conservateurs ont joint la rébellion obstructionniste qui s'est jouée en cette séance du vendredi inhabituellement agitée - les vendredis sont généralement tranquilles, car bon nombre de députés quittent Ottawa les jeudis pour rentrer dans leurs terres.

Le député Pierre Poilievre, reconnu pour sa pugnacité, a été particulièrement prolifique, multipliant les points d'ordre pour défendre le point d'ordre néo-démocrate que le président n'a pas voulu entendre.

"Le point d'ordre (...) a été soulevé en bonne et due forme. C'est clairement un point d'ordre. On parle de 7 milliards $ de dépenses", a-t-il argué. Pierre Poilievre

"Le député a choisi de le faire un vendredi tranquille, par respect pour le travail du Parlement, pour soulever cet enjeu. Il me semble qu'il a opté pour l'approche la moins perturbatrice pour plaider sa cause", a insisté M. Poilievre.

Le président de la Chambre, le libéral Geoff Regan, a maintes fois tenté de rasseoir son autorité, plaidant que les décisions rendues par la présidence "ne peuvent être contestées, sauf avec une motion".

Les débats procéduraux ont été interrompus par la période des questions quotidienne. Lorsque les échanges ont repris, peu après midi, les esprits auparavant échauffés semblaient s'être légèrement calmés.

La leader du gouvernement en Chambre, Bardish Chagger, s'est montrée déçue des "tactiques" déployées par l'opposition, par ces "cris" lâchés par les députés aux Communes et leur "manque total de respect".

"J'ai parlé à des députés qui sont là depuis beaucoup plus longtemps que moi, ils m'ont dit qu'ils n'avaient jamais vu un tel manque de respect à l'égard du président", a-t-elle soutenu en mêlée de presse une fois que la situation se fut résorbée.

La Presse canadienne/Adrian Wyld
Photo d'archives de Daniel Blakie.

Le député Daniel Blaikie a pour sa part assuré que son intention première était de débattre du budget principal des dépenses et non de faire de l'obstruction parlementaire.

Le cas particulier du point d'ordre réprimé s'est réglé après que le président Regan eut accepté de se pencher sur la question de privilège soulevée par l'élu néo-démocrate, lequel estime que ses privilèges de parlementaire ont été brimés.

Si Geoff Regan a consenti à se pencher sur l'affaire, il a tout de même tenu à lancer un message à l'intention des élus de la Chambre.

"Soulever un point d'ordre n'est pas un droit illimité, et comme je l'ai dit à plusieurs reprises ce matin, le président a la responsabilité d'exercer son pouvoir discrétionnaire, s'il juge qu'il en a assez entendu, et c'est ce que j'ai fait ce matin", a-t-il déclaré.