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25/05/2018 17:36 EDT | Actualisé 25/05/2018 17:36 EDT

Ottawa s'attaque aux demandes d'asile irrégulières

La Commission de l'immigration et du statut de réfugié traitera en priorité les nouveaux demandeurs, sur le principe du «dernier entré, premier sorti».

Christinne Muschi / Reuters

Ottawa change de tactique dans l'espoir de fermer — ou à tout le moins réduire le débit — du robinet de l'immigration irrégulière au chemin Roxham, en Montérégie.

De passage à Montréal, vendredi, le ministre fédéral de l'Immigration, Ahmed Hussen, a annoncé que la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) traitera en priorité les nouveaux demandeurs, sur le principe du «dernier entré, premier sorti».

L'objectif est d'envoyer un signal clair que l'entrée irrégulière au Canada n'est plus automatiquement un permis de séjour pour plusieurs années pendant que la Commission traite les demandes précédentes; au contraire, ce sera dorénavant une voie rapide vers l'octroi du statut de réfugié ou l'expulsion dans les cas où les demandeurs ne sont nullement des personnes dont la vie est menacée dans leur pays d'origine.

Interrogé à la suite d'une allocution devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), le ministre Hussen est allé jusqu'à fixer un objectif de 12 mois entre l'arrivée d'un demandeur et une décision finale, une cible qui apparaît ambitieuse si l'on tient compte qu'un demandeur peut en appeler d'un refus.

Le ministre ajoute cependant que la Commission, une agence indépendante qui traite les revendications du statut de réfugié, bénéficiera également de fonds additionnels de 74 millions $ annoncés dans le dernier budget fédéral et d'un ajout de 64 employés consacrés exclusivement aux demandes d'irréguliers.

Ahmed Hussen affirme que les modifications, l'ajout de fonds et de personnel permettront de traiter 17 000 dossiers additionnels d'ici deux ans, soit au 31 mars 2020.

Couper le flot à la source

Ottawa cherche également à endiguer le flot à la source. Le ministre Hussen s'est récemment rendu au Nigéria pour discuter avec des organismes, les médias locaux et le gouvernement afin d'envoyer le message à leur population que l'immigration irrégulière n'est pas une voie d'entrée au Canada, mais bien souvent un tremplin vers l'expulsion.

De plus, des discussions avec les autorités américaines au Nigéria, qui émettent des visas aux Nigérians qui débarquent aux États-Unis pour ensuite traverser de manière illégale au Canada, ont mené à une réduction de 10 pour cent du nombre de visas émis, selon le ministre.

Ottawa a également eu des échanges avec Plattsburgh Cares, un organisme d'aide aux réfugiés qui remettait des dépliants expliquant aux aspirants réfugiés où et comment traverser au Canada, mais qui ne mentionnait nulle part qu'une demande de statut de réfugié risquait fort d'être refusée et le demandeur expulsé.

Le ministre Hussen a ajouté que les multiples rencontres avec des communautés de la diaspora aux États-Unis où l'on explique que les demandeurs sont nourris de faux espoirs sont apparemment très appréciées.

Tiers pays sûrs

Le ministre rejette toutefois catégoriquement l'idée de suspendre l'Entente sur les tiers pays sûrs, en vertu duquel un demandeur de statut de réfugié sera refoulé à la frontière s'il arrive d'un pays où sa vie n'est pas menacée, en l'occurrence les États-Unis.

C'est justement à cause de ce refus prévisible — qui touche uniquement les postes frontaliers terrestres — que les demandeurs entrent par une voie irrégulière qui leur permet de contourner les postes frontaliers.

Les tenants de la suspension — notamment le Parti québécois — estiment que de permettre le passage aux postes frontaliers répartirait les demandeurs à travers le Canada plutôt que d'envoyer la quasi-totalité d'entre eux au Québec via le chemin Roxham.

Ahmed Hussen réplique qu'une suspension de l'Entente ne ferait qu'augmenter le nombre de demandeurs.

Il reconnaît toutefois que l'Entente doit être révisée parce qu'elle ne peut être mise en application entre les postes frontaliers.

Il a affirmé que le Canada a «des discussions» avec les États-Unis sur une éventuelle révision, mais précise qu'aucune négociation formelle n'a été entreprise avec l'administration américaine.