BIEN-ÊTRE
24/05/2018 16:19 EDT | Actualisé 24/05/2018 16:19 EDT

Les Québécois craignent plus les OGM que le reste du Canada

Les trois quarts des produits vendus au Canada contiennent au moins un ingrédient génétiquement modifié.

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De nombreux Canadiens ne savent pas qu'ils mangent des produits contenant de OGM.

La très grande majorité des Canadiens (90%) croient que tous les aliments contenant des ingrédients génétiquement modifiés devraient être clairement étiquetés comme tels, selon les résultats d'une étude de l'Université Dalhousie.

L'étude démontre qu'à l'heure actuelle, les consommateurs ne savent pas vraiment ce qu'ils mangent.

Plus d'un Canadien sur deux a dit ne pas savoir s'il avait déjà acheté des produits alimentaires contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM). Le quart des répondants croient quant à eux n'avoir jamais acheté ces produits.

Pourtant, plus de 75% des produits alimentaires vendus au Canada contiennent au moins un ingrédient génétiquement modifié.

Craintes

Même s'ils en consomment probablement au quotidien, les Canadiens affichent une certaine méfiance par rapport aux OGM. Et les Québécois sont les plus enclins à en avoir peur.

Quelque 48% des Québécois ne croient pas que les OGM sont sécuritaires. Par contraste, 26% des habitants des Prairies ont la même opinion.

Les Canadiens sont particulièrement réticents à l'idée d'acheter des poissons ou des fruits de mer génétiquement modifiés. Près de 44% des Canadiens ont dit qu'ils n'achèteraient probablement pas ces produits, même s'ils sont approuvés par Santé Canada.

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La présence d'OGM inquiète plus les Canadiens lorsqu'ils achètent des poissons et des fruits de mer que lorsqu'il est question de fruits et légumes.

L'inquiétude est toutefois beaucoup moins prononcée lorsqu'il est question de fruits et légumes génétiquement modifiés, alors que moins du quart des consommateurs refuseraient d'acheter ces produits.

L'étiquetage, nerf de la guerre

À l'heure actuelle, l'étiquetage des OGM se fait uniquement sur une base volontaire. Mais la majorité des Canadiens (61%) estiment que ce n'est pas suffisant.

Cette préoccupation s'accentue d'ailleurs avec l'âge des répondants. Moins de la moitié des milléniaux voient un problème avec le système actuel, tandis que 81% des répondants de 75 ans et plus le considèrent comme insuffisant.

Toutefois, cette donnée pourrait s'expliquer par le manque d'intérêt et de connaissances des milléniaux lorsqu'il est question de l'industrie alimentaire.

En effet, dans un sondage Léger réalisé l'an dernier pour le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, plus de milléniaux disaient avoir un niveau de connaissance faible du secteur alimentaire. Chez les 18-24 ans, près d'un répondant sur deux avait dit ne pas se sentir concerné par les actualités qui touchent ce secteur.

Le professeur en distribution et politiques agroalimentaires à la Faculté de gestion de l'Université Dalhousie Sylvain Charlebois, coauteur de l'étude, estime que l'industrie aurait beaucoup à gagner à mieux étiqueter ses produits.

«Au niveau socioéconomique ou financier, souvent la production d'OGM coûte moins cher, il y a moins de gaspillage, la performance est meilleure, il y a une résistance aux insectes», a-t-il noté dans une entrevue accordée à La Presse canadienne.

«Tout ce qu'on fait, c'est qu'on offre des bénéfices en amont de la chaîne, au niveau de la production, mais pour le consommateur, le cas est flou», ajoute-t-il.

Selon M. Charlebois, l'étiquetage obligatoire pourrait contribuer à faire baisser les prix de certains produits, ce qui pourrait représenter un avantage important pour les consommateurs canadiens.

La question des organismes génétiquement modifiés est plus d'actualité que jamais, alors que la demande alimentaire mondiale augmentera de 60% d'ici 2050. La population mondiale frisera alors les 10 milliards de personnes.

«Des biotechnologies comme les OGM peuvent nous aider à produire plus efficacement de la nourriture plus nutritive pour relever ce défi», souligne l'un des auteurs de l'étude, le professeur Simon Somogyi, de la Faculté d'agriculture de l'Université Dalhousie.

Le sondage a été réalisé auprès de 1046 Canadiens adultes au cours du mois de mai. Il comporte une marge d'erreur de 3,1 pour cent, 19 fois sur 20.