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24/05/2018 09:08 EDT | Actualisé 24/05/2018 09:10 EDT

La Caisse de dépôt a investi un montant record dans les énergies fossiles en 2017

Mais la hausse des investissements a ralenti par rapport aux années précédentes.

Le président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia.
Chris Helgren / Reuters
Le président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia.

Les investissements de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) dans les énergies fossiles ont continué de grimper en 2017, mais cette progression a ralenti comparativement à l'année précédente, note une étude réalisée par l'organisme Recycle ta caisse.

De plus, selon le rapport de 21 pages publié jeudi, la proportion des placements dans le pétrole, le gaz naturel ainsi que le charbon par rapport à l'actif net de 298,5 milliards $ du bas de laine des Québécois en date du 31 décembre est demeurée stable, à 6,2 pour cent.

Recycle ta caisse chiffre à 18,5 milliards $ - ce qui est qualifié de "triste record" - les investissements de la Caisse dans les hydrocarbures à la fin de 2017. Il s'agit d'une hausse de 1,5 milliard $, ou 8,8 pour cent, par rapport à l'année précédente.

Cette augmentation est toutefois moins significative comparativement à celle de 2015 à 2016, lorsque la hausse avait été de 4,5 milliards $, ou environ 37 pour cent.

Recycle ta caisse, constitué de bénévoles et appuyé par la Fondation David Suzuki et Greenpeace, a rédigé son rapport en décortiquant le rapport annuel de l'institution québécoise, qui a dévoilé, l'automne dernier, son intention de réduire l'empreinte carbone de son portefeuille.

L'organisme a également analysé des documents déposés par la Caisse à l'Assemblée nationale dans le cadre de l'étude des crédits budgétaires.

L'étude estime que pour l'instant, la Caisse n'a pas atteint son objectif de diminuer graduellement la proportion des énergies fossiles de son portefeuille global.

"Cependant, la stabilisation de l'augmentation de cette proportion est un phénomène intéressant qui pourrait être un prélude à son atteinte et dont il faudra suivre l'évolution", est-il toutefois écrit.

Un début de sortie

Au 31 décembre, selon Recycle ta caisse, les placements de la Caisse dans le charbon totalisaient 626 millions $, en baisse de 18,2 pour cent, alors qu'ils étaient de 5,7 milliards $, en recul de 8,1 pour cent, du côté des sables bitumineux.

L'étude remarque un "changement au niveau de la gestion des portefeuilles" du gestionnaire de régimes de retraite et une "inversion de tendance" du nombre d'entreprises "investies dans les secteurs à fortes émissions" de gaz à effet de serre.

Vers les oléoducs

Toutefois, l'organisme dit avoir constaté une augmentation de 3 milliards $, pour un total de 8,2 milliards $, des investissements de la Caisse dans des compagnies qui exploitent des oléoducs ainsi que des gazoducs.

Lucas Jackson / Reuters

L'étude cite en exemple le placement de 1,5 milliard $ de l'institution dans Colonial Pipeline, en hausse de 1 milliard $, en plus de relever des investissements supplémentaires dans Enbridge, Exxon Mobil, Pembina Pipeline ainsi que Kinder Morgan.

Puisque la CDPQ ne dévoile pas les détails entourant ses placements pendant l'année, il n'est pas possible de connaître la variation de ses placements dans les hydrocarbures depuis le début de l'année en cours.

D'après Recycle ta caisse, les actions détenues par la Caisse dans les secteurs pétrolier et gazier ont connu une mauvaise année en 2017, affichant un rendement négatif de 6,2 pour cent.

"Conséquemment à cette baisse de la valeur des titres, le montant total dans ce secteur aurait été en baisse si la CDPQ n'avait pas procédé à l'acquisition d'actions et d'obligations dans (ce) secteur", fait valoir l'étude.

Manque d'agressivité

Dans ses conclusions, Recycle ta caisse estime que la stratégie de la Caisse visant à réduire son empreinte carbone n'est pas "suffisamment ambitieuse" pour répondre aux exigences de l'Accord de Paris.

Parmi ses recommandations, l'étude demande notamment au bas de laine des Québécois de viser une "diminution totale" de ses émissions en carbone plutôt qu'une réduction de "l'intensité carbone de son portefeuille par dollar investi".

"Un tel engagement est peu contraignant et risque fortement, dans l'absolu, de n'avoir qu'un faible impact sur le climat planétaire en plus ne pas être suffisamment ambitieux par rapport aux exigences de l'Accord de Paris", fait-on valoir.

Recycle ta caisse demande également au gestionnaire de régimes de retraite de rendre publique la rentabilité de ses investissements dans les énergies fossiles comparativement à l'ensemble de son portefeuille.

Virage progressif

Dans son premier Rapport d'investissement durable publié le mois dernier, la Caisse chiffrait à 18 milliards $ ses investissements "sobres en carbone" en date du 31 décembre.

D'ici 2020, elle s'est engagée à ce que ses investissements verts affichent une croissance de 50 pour cent, ou 8 milliards $, ce qui devrait faire passer à 26 milliards $ ses investissements sobres en carbone.

Cette semaine, la CDPQ avait annoncé un quatrième investissement dans Invenergy, spécialisée entre autres dans la production d'énergie éolienne et solaire, ce qui lui permet de détenir 52,4 pour cent des actions de la société établie à Chicago.

La participation de l'investisseur québécois dans cette entreprise américaine a franchi la barre du milliard de dollars US.