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23/05/2018 09:36 EDT | Actualisé 23/05/2018 09:36 EDT

Quand l'e-sport défie les grandes ligues américaines

Le salaire annuel des meilleurs joueurs se situe dans les six chiffres.

Bloomberg via Getty Images

Les Gladiators de Los Angeles et les Dragons de Shanghai plus connus que les Lakers de Los Angeles ou les Patriots de la Nouvelle-Angleterre? C'est peut-être pour demain grâce à l'Overwatch League, nouveau et ambitieux championnat d'e-sport.

Elles ont leurs stars, leurs produits dérivés et leurs supporters qui les suivent à chacun de leurs matchs.

Les douze franchises de l'Overwatch League - neuf américaines, une anglaise, une chinoise et une sud-coréenne - n'ont que quelques semaines d'existence, mais fonctionnent déjà comme des équipes de la NFL ou de la NBA.

«Notre modèle économique n'est pas différent des modèles économiques des autres ligues sportives», explique Nate Nanzer, le patron de l'Overwatch League, créée par Blizzard, éditeur du blockbuster World of Warcraft et d'Overwatch, un jeu de tir en vue subjective devenu un phénomène mondial avec ses 35 millions d'utilisateurs.

«Nous créons du contenu, nous organisons des matches, douze par semaine, nous rassemblons un public autour de ces matches, nous générons de l'argent grâce aux droits de diffusion, aux produits dérivés, aux contrats de partenariat et à la billetterie», poursuit-il.

Il suffit de se rendre au Blizzard Arena, près de Los Angeles, pour mesurer le succès fulgurant de ce championnat qui se déroule, comme la NBA, avec sa saison régulière, ses séries éliminatoires et sa grande finale fin juillet.

Objectif : 28 équipes

Dans une ambiance survoltée, des centaines de spectateurs, habillés aux couleurs de leur équipe-fétiche ou déguisés comme l'un des 26 héros du jeu - des agents de l'organisation Overwatch qui s'affrontent, après avoir maté une rébellion de robots dans un monde futuriste -, suivent sur des écrans géants des matchs en quatre manches où alternativement une équipe de six joueurs doit atteindre un objectif et l'autre doit l'en empêcher.

À l'autre bout des États-Unis et du monde, des centaines de milliers de téléspectateurs sont rivés en direct notamment sur la plateforme spécialisée dans les jeux vidéo Twitch.

Ils s'enflamment pour les exploits de joueurs au nom cryptique comme Verbo, sinatraa ou Munchkin.

Parmi eux, Alex Parrish, venu de Houston, au Texas.

«Je ne suis pas fan de sport, mais quand je suis ici, je comprends pourquoi on peut se passionner pour une équipe, des joueurs et un championnat. Il y a cette impression d'être dans un parc d'attractions avec les écrans, la scénographie et cette énergie», explique-il.

À terme, les rencontres auront lieu dans chacune des villes engagées et le championnat comptera 28 équipes, répartis à travers le monde, dont une à Paris, «un objectif prioritaire» pour Nate Nanzer.

«On aura un match Paris-Pékin en Chine, puis le match retour à Paris. Cela sera quelque chose d'unique dans l'e-sport et même dans le sport tout court, il n'y aura pas un championnat au monde avec cette dimension globale», assure le patron de l'Owerwatch League.

«Notre rêve n'est pas de remplir un jour un grand stade, mais d'avoir semaine après semaine des millions de fans à travers le monde qui assistent à des matches en direct, comme on peut le voir pour le football», espère Nate Nanzer.

20 millions de dollars

L'Overwatch League a aussitôt séduit des grands noms du sport «traditionnel», comme Robert Kraft, le propriétaire des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, et la famille Kroenke, qui contrôle, entre autres, le club anglais de football d'Arsenal, qui auraient déboursé 20 millions de dollars - montant non confirmé - pour pouvoir créer leur équipe.

À 21 ans, Jacob Lyon, connu sous le surnom de «Jake», est l'un des 130 joueurs professionnels de 18 nationalités diférentes qui évoluent dans l'Overwatch League.

Il a signé un contrat d'un an qui lui garantit un salaire minimum de 50 000 dollars - le triple pour les meilleurs joueurs -, sans compter le partage de la dotation globale qui s'élève à 3,5 millions de dollars.

Son quotidien ressemble à celui d'un sportif de haut-niveau, avec des entraînements, des analyses-vidéo de matches et même une préparation physique.

«Avant, les joueurs étaient connus pour ne pas dormir, ils avaient de mauvaises habitudes, une mauvaise hygiène de vie et ils jouaient des tournois comme cela. Mais quand vous jouez semaine après semaine, vous devez être plus réguliers et efficaces sur des périodes plus longues», détaille-t-il.

À ses yeux, comme à ceux de Nate Nanzer, l'e-sport est là pour rester.

«Les gens me demandent tout le temps : ''N'est-ce pas un peu dingue de regarder des gens jouer à un jeu vidéo?'' Je leur réponds : ''N'est-pas un peu dingue de regarder du golf ou du tennis?'' Vous regardez parce que vous jouez peut-être vous-même, parce que vous voulez voir qui est le meilleur du monde, vous voulez vous améliorer. C'est la même chose avec l'e-sport», insiste-t-il.

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