BIEN-ÊTRE
22/05/2018 16:36 EDT | Actualisé 23/05/2018 09:56 EDT

La traversée du Bella Desgagnés : le trésor caché du tourisme québécois

De Rimouski à Blanc-Sablon, c'est découvrir un nouveau continent sans jamais quitter le Québec!

Samuel Larochelle

Tous les adjectifs et les adverbes de la langue française ne suffisent pas pour décrire l'expérience à bord du Bella Desgagnés, le bateau sillonnant le Golfe du Saint-Laurent, pour ravitailler la Basse-Côte-Nord et transporter ses habitants. De Rimouski à Blanc-Sablon, en passant par Anticosti, Havre Saint-Pierre et Harrington Harbour, le voyage maritime donne l'impression grisante de découvrir un nouveau continent, sans jamais quitter le Québec.

Sur le bateau

Disons-le d'entrée de jeu : la priorité du Bella Desgagnés est la gestion des cargaisons (nourriture, meubles, voitures et autre) pour approvisionner les communautés, spécialement celles qui ne sont pas reliées à la route 138. Les visites du bateau sont essentielles pour les habitants de la Basse-Côte. Si les vents, les marées ou les glaces ralentissent la traversée et qu'un arrêt doit être éliminé pour rattraper du retard, il se peut que les passagers ne puissent pas découvrir l'un des villages.

Samuel Larochelle

Haute saison

La majorité des touristes réservent leurs places du début juin à la fin septembre, ce qui diminue les possibilités d'être contraints par les eaux glacées et augmente le nombre d'expéditions disponibles dans chaque village, en collaboration avec la Coopérative Voyages Coste (il est préférable de réserver à l'avance). Par ailleurs, les opérations cargo sont absolument fascinantes. La gestion des conteneurs et de la grue, tôt le matin, en pleine nuit ou durant la journée, impressionne quiconque assiste à ce ballet mécanique pour la première fois.

Confort maritime

Toutes les heures passées à bord sont un véritable charme. Pouvant accueillir 420 personnes, dont 39 membres d'équipage et 381 passagers, le bateau n'a pourtant rien des croisières typiques possédant des salles de spectacles, des restaurants luxueux ou d'innombrables piscines. N'empêche, il est confortable. Surtout pour ceux qui vivent l'expérience en cabines, avec lit douillet, penderie, télévision, salle de bain privée, douche au jet plus puissant que bien des hôtels et... planchers chauffants! Le forfait en cabine inclut également l'accès à la salle à manger, où sont servis de succulents déjeuners, de savoureux dîners et des soupers trois services avec un menu varié, dont une quantité faramineuse de fruits de mer et de poissons si frais et goûteux que votre palet deviendra dépendant aux produits de la mer.

Plusieurs passagers – spécialement les locaux qui naviguent d'un village à l'autre – réservent uniquement un passage, mais ils ont accès à des salles de bains et des douches très propres, une cafétéria, des fontaines d'eau et une télé intégrée au dossier devant eux. Assurément moins confortable pour dormir, mais plus économique.

Bye bye Facebook

Peu importe combien vous paierez, le wifi est inefficace durant toute la traversée. Et votre cellulaire captera un réseau uniquement à Sept-Îles, Havre-Saint-Pierre, Natashquan, Blanc-Sablon, et par surprise, en plein milieu du fleuve. Si l'idée d'être coupé presque deux jours consécutifs de tout contact avec le web en effraie quelques-uns, d'autres y voient l'occasion de se détendre, de siroter une boisson fraîche en observant la mer et les îles croisées en chemin, de faire connaissance avec les autres passagers (un heureux mélange de retraités, de locaux et de jeunes voyageurs), de lire, de travailler sans distraction et, tout simplement, de décrocher.

Apprendre en voyageant

Une zone bistro est mise à disposition des passagers pour se la couler douce, assister à la projection de nombreuses vidéos sur les villages de la Basse-Côte-Nord où accoste le bateau, ainsi que des ateliers de vulgarisation sur la faune, la flore, les étoiles et les aurores boréales, gracieuseté du Réseau d'observation des mammifères marins, dont les spécialistes sont toujours à bord en haute saison.

Samuel Larochelle

Dormir en mer

Il est impossible de prédire comment votre corps réagira aux mouvements du bateau. Même si vous vous croyez à l'abri du mal de mer, il est impératif d'avoir des Gravol avec vous. Les adeptes de yoga et de méditation seront heureux de maîtriser quelques techniques de respiration qui leur permettront de se débarrasser des étourdissements, lorsque leur corps leur IMPOSERA de se coucher, pendant que la houle fait des siennes. La situation survient peu. Mais, il faut être prêt à l'affronter. Tout comme on doit accepter que les nuits ne seront pas les plus réparatrices, avec les mouvements (parfois peu présents) et les bruits de déchargement (apportez vos bouchons!). Après une première nuit d'adaptation, nous avons dormi presque six heures chaque nuit et nous nous sommes laissés bercer par les vagues durant une ou deux heures, avant le petit déjeuner.

René Bourque

Anticosti

Les passagers qui font l'aller-retour embarquent surtout à Rimouski, Sept-Îles et Natashquan. Afin de vivre l'expérience nord-côtière à fond, nous avons débuté la traversée au deuxième arrêt du Bella, un mardi en début d'après-midi. Il n'a fallu que cinq minutes pour ressentir l'extase : l'avancée du bateau à travers les îles, sous la grisaille, avait quelque chose de dramatique et de solennel.

Durant les heures qui ont suivi, nous avons discuté avec quelques citoyens de Port-Menier, le village nommé en l'honneur d'Henri Menier, riche chocolatier français qui a acheté l'île d'Anticosti en 1895. Avec ses 222 km de long, soit 17 fois la superficie de l'île de Montréal, Anticosti est un monde en soit. Ses 155 habitants y vivent par choix, retirés du monde, enivrés de tranquillité et de nature : l'île est prisée par les chasseurs et les amateurs de plein air. Les autorités locales viennent tout juste de débuter la construction de sentiers pédestres de 575 km pour faire le tour de l'île, avec des places de camping, des ententes d'hébergement avec les pourvoiries et des toilettes sèches sur le parcours, pour en faire une sorte de Compostelle québécois. Le projet sera finalisé d'ici cinq ans.

Samuel Larochelle

Quant aux passagers du Bella, ils ont l'occasion de faire un arrêt de soir et un autre de jour pour marcher dans les rues du village, nourrir les innombrables chevreuils (on en dénombre 120 000 sur l'île), visiter l'écomusée et l'Église de l'Assomption.

Samuel Larochelle

Havre-Saint-Pierre, Natashquan et Kegaska

De retour à proximité du continent, le Bella s'arrête dans les trois derniers villages connectés par le route. Vers cinq heures du matin, les passagers ont l'occasion de découvrir Havre-Saint-Pierre. Même s'ils ont les cheveux en bataille et des restants de rêve aux coins des yeux, ils se féliciteront d'avoir écourté leur nuit pour marcher sur le bord de la mer, alors que le soleil se lève. Ceux qui décident de s'y rendre en voiture, avant de monter à bord du Bella, auront l'occasion de participer à des excursions dans la Réserve du parc national de l'Archipel-de-Mingan, l'une des plus belles réserves fauniques de la province.

Samuel Larochelle

Qui dit Natashquan dit bien sûr Gilles Vigneault. Sachez que le budget nécessaire à la réalisation d'un site patrimonial est sur le point de se boucler, ce qui permettra de revitaliser la maison du célèbre chansonnier et celle, voisine, de son grand-père, afin de rendre hommage au lieu qui a inspiré le poète et à la vie basse-côtière du début du siècle dernier. À quelques pas, on retrouve un site patrimonial déjà existant, les « magasins » de galet, sorte d'entrepôts où le poisson était entreposé et séché, avant d'être vendu au sud. Le village mise également sur le Musée de la vieille école, où l'on peut découvrir les personnages des chansons de Vigneault, ainsi que la reconstitution du magasin général d'antan.

Samuel Larochelle

Pour sa part, la communauté anglophone de Kegaska a été reliée par la route 138 il y a bientôt cinq ans. Un autoportrait avec la pancarte « Fin de la 138 » s'imposera pour certains, alors que d'autres iront visiter l'Église anglicane St. Philip, marcheront quelques dizaines de mètres dans la toundra pour apercevoir l'épave du Brion et profiteront d'une lumière particulièrement émouvante.

Samuel Larochelle

Harrington Harbour

Difficile de ne pas être excité par l'arrêt sur l'île ayant servi au tournage de La Grande Séduction. Mieux connue des cinéphiles sous le nom de Sainte-Marie-la-Mauderne, la communauté anglophone possède un charme fou! Le simple fait de déambuler sur les trottoirs de bois sur pilotis à travers le village, en admirant les maisons colorées rappelant celles de Terre-Neuve (le village a été fondé en 1871 par des protestants terre-neuviens) et en humant l'air salin de la mer est un pur bonheur. Reconnu comme l'un des villages les plus prospères de la Basse-Côte, grâce à son usine de transformation de poisson, Harrington Harbour est très vivant. Sachez que pour 3 $, vous pouvez vous rendre en hélicoptère au village de Chevery, à 30 km. Et ne vous surprenez pas d'apprendre qu'une bonne partie des habitants vivent dans leur « chalet » en été, soit de petites maisons sur les îles environnantes. Oui, oui, on est ailleurs. Et c'est là toute la beauté de ce voyage!

Tête-à-la-Baleine, La Tabatière, Saint-Augustin, Pakua Shipu

Les communautés suivantes se trouvent à bonne distance des quais où accoste le Bella Desgagnés. À Tête-à-la-Baleine, il est préférable de faire le tour du petit village de 125 personnes à bord d'un véhicule, avec un guide. En été, le belvédère offre une jolie vue sur le village, l'archipel des 600 îles et îlots surnommé Toutes isles par Jacques Cartier. Il peut aussi être intéressant, quand on a le temps, de visiter la chapelle historique de l'île Providence ou le musée Jos Hébert, premier postier de la Côte-Nord.

Lors de notre séjour, au début mai, nous n'avons pas réellement pu découvrir La Tabatière, Saint-Augustin et Pakua Shipu. Cependant, on retient que les passagers de Saint-Augustin ont pris un aéroglisseur pour se rendre au quai et cela a suffi pour emplir notre imagination et nous faire sourire.

En voici la preuve

Blanc-Sablon

Localité la plus à l'est du Québec, Blanc-Sablon est un grand, grand coup de coeur! Après avoir fait un saut de puce au Labrador, à trois minutes de voiture, nous avons roulé jusqu'à Brador, Belles Amours, Middle Bay, Rivière St-Paul et Vieux fort pour découvrir les montagnes et la toundra, qui ont un petit quelque chose de lunaire. C'est beau. C'est intriguant. Et, si vous êtes chanceux, c'est l'endroit par excellence pour voir des glaciers dériver! Spécialement en juin.

Samuel Larochelle

Le territoire est également un endroit de prédilection pour les passionnés d'archéologie, de plein air et d'observation d'oiseaux : un refuge, comprenant près de 25 000 macareux, peut être observé à distance sur les îles Saint-Marie. Il paraît même que les baleines nagent si près des villages qu'il faut parfois fermer les fenêtre pour se couper des cris des bébés baleines. Notre guide nous a également appris que Lourdes de Blanc-Sablon était le troisième endroit du monde avec le plus de brouillard, après Londres et Saint-Jean, à Terre-Neuve.

La Romaine

À ne pas confondre avec le projet d'Hydro-Québec, le village est composé d'une communauté de 1000 autochtones et d'environ 150 Blancs francophones. L'église où se rencontrent les traditions innues et catholiques est particulièrement fascinante.

Samuelle Larochelle

Sept-Îles

Au début ou à la fin de votre voyage, prenez au moins une journée pour découvrir la ville et ses environs. Vous pouvez marcher sur la plage Manahan, faire du surf ou du kite surf, vous amuser à bord d'un canot ou d'un kayak sur la rivière Moisie, franchir le plan d'eau entre la baie et les îles sur une planche à pagaie ou un zodiac, en profitant de l'expédition pour observer marsouins, baleines, phoques, dauphins ou les fabuleux couchers de soleil. Sachez que l'eau est toujours très froide et que le seul endroit baignable du secteur – sans frôler l'arrêt cardiaque – est le mini-lac près de Clarke City. L'Île de Grande Basque est – la seule – aménagée pour des randonnées pédestres et du camping, alors que Grosse Boule mérite un arrêt à la ferme maricole Purmer, afin de découvrir la culture de moules et de pétoncles.

Tourisme Sept-Îles

De retour en ville, prenez un moment pour marcher sur la Promenade du Vieux-Quai, assister à l'exposition du bateau ayant servi à l'expédition de Mylène Paquette, découvrir la culture innue au Musée Shaputuan ou manger une inoubliable guédille à la Terrasse du Capitaine (ou dans le Casse-Croûte du pêcheur, son voisin, en forme de cage à homard).

Savourez chaque bouchée. Profitez du moment. Et prenez conscience que vous avez visité une autre planète sans quitter le Québec.

*Les forfaits en cabine à bord du Bella Desgagnés sont presque tous vendus pour l'été 2018. Plus de détails ici http://relaisnordik.com

Samuel Larochelle

À VOIR AUSSI