DIVERTISSEMENT
21/05/2018 08:14 EDT | Actualisé 21/05/2018 08:15 EDT

Mike Ward en 20 citations à «Conversation secrète» avec Paul Arcand

Jérémy Gabriel a, évidemment, pris beaucoup de place.

TVA Conversation secrète

Paul Arcand avait l'invité idéal pour une discussion en toute transparence, dimanche, à Conversation secrète, à TVA. Au cours d'une marche dans le Quartier latin, puis dans Montréal-Ouest, Mike Ward, reconnu pour son franc-parler et son aversion pour les tabous, n'a esquivé aucune question délicate et s'est ouvert sur plusieurs sujets, particulièrement sur le conflit judiciaire qui l'a opposé à Jérémy Gabriel, sur la période noire qui a suivi pour lui, et sur son style d'humour corrosif.

Voici 20 citations de Mike Ward qui résument l'entrevue.

À propos du Bordel Comédie Club, où il espère qu'on rapatriera ses cendres à sa mort

«La seule place où je me sens vraiment à l'aise, dans la vie, c'est sur un stage d'humour.»

À propos du conflit l'opposant à Jérémy Gabriel

«J'avais fait un numéro avec Dave Richer, qui est un acteur qui souffre de paralysie cérébrale. Ç'avait fait que j'avais un fan base handicapé que je n'avais pas avant, et qu'aucun autre humoriste n'avait. On dirait que je me suis tout le temps peut-être permis d'aller plus loin que les autres humoristes, sur les handicaps. Moi, Jérémy Gabriel, je ne voyais même pas ça [comme si] je riais de son handicap. Moi, je riais du fait que les médias avaient fait comme s'il était mourant, et que le monde... C'est les premières années des réseaux sociaux. Le monde l'insultait, moi, je le défendais, je le défendais, et après, j'ai fait ce qu'on appelle en anglais un "rant", que là, c'est agressif comme ça ne se peut pas. Mais je ne voyais rien de mal là-dedans, quand je l'ai écrit.»

«Moi, j'ai entendu parler de ça, ma tournée était pas mal finie, on avait déjà capté le DVD. Et moi, j'ai rien contre la famille. Souvent, le monde essaie de faire comme si c'était moi contre eux autres, ou moi contre Jérémy Gabriel, mais moi, c'était la Commission des droits de la personne. Si c'était eux autres qui m'avaient approché, j'aurais enlevé la joke; si c'était eux autres qui voulaient de l'argent, là, je serais allé en cour, vu que je trouve ça ridicule un peu, donner de l'argent pour des blagues. (...) Ça aurait été tellement plus simple, pour ma santé mentale, côté argent, et pour ma carrière, de juste payer quand la Commission m'a demandé de payer, mais je trouvais ça important de me battre.»

«La joke ne venait pas d'une mauvaise place. Mon intention n'était pas de blesser l'enfant. Je regrette que ça ait sorti de même. À la base, je ne regrette pas la joke; je n'étais pas assis dans mon bureau en train de me dire: «Comment je pourrais faire mal à un enfant?» Je regrette que c'est de même que ça ait sorti. C'est clairement moi le problème, là-dedans, vu que tout le monde me dit: "Voyons donc, tu sais que ça ne se fait pas..." Mais moi, j'ai toujours pensé qu'on devrait traiter tout le monde pareil. Et ç'a l'air que les lois québécoises font que je n'ai pas raison...»

À propos de son style d'humour et de l'accueil qu'on lui réserve

«J'ai remarqué, au Québec... Partout ailleurs sur la planète, si on parle d'un groupe, c'est là qu'on a des problèmes. Si, en France, on parle des Juifs, on va avoir des problèmes, aux États, on parle des Juifs, on va avoir des problèmes. Au Québec, on n'aime pas quand on nomme un nom. C'est plus en nommant un nom qu'on a des problèmes. C'est ça que j'ai réalisé avec ce numéro-là. C'est que si j'avais fait des jokes sur les handicapés en général, au Québec, ça aurait passé.»

«Faire rire de quelque chose qui est déjà drôle à la base, je n'aime pas ça. Moi, j'aime ça, un sujet que je me dis: "Eh boy, ça, il n'y a rien de drôle là-dedans", et après, j'y pense: "Qu'est-ce que je peux trouver de drôle là-dedans?" (...) C'est tout le temps mon réflexe. Aussitôt que j'entends une nouvelle dégueulasse... Et je pense que c'est le fait d'être... Je n'aime pas vivre mes émotions. Si je sens que je vais être triste, j'aime mieux sortir une joke de mauvais goût.»

«Les humains en général sont hypocrites. Moi, j'ai souvent eu du monde qui me disait: "C'était drôle, ce que tu as dit, mais ça ne se dit pas sur un stage". Mais, si ça ne se dit pas sur un stage, ça ne devrait pas se dire dans la vie, non plus. Sur scène, je pense, on a plus le droit de dire des choses que dans la vie. Moi, j'aime mieux un humoriste qui fait un numéro racial – pas raciste, mais racial – que de voir quelqu'un dans la vie qui fait des commentaires racistes sans finir.»

«La seule chose que je ne veux pas... Je ne veux pas m'adoucir, et je ne veux pas non plus aller plus loin. C'est ça le danger de ce qui m'est arrivé: soit ça casse l'humoriste et il devient une copie faible de ce qu'il était, ou ça arrive comme ce qui est arrivé à Dieudonné, tu deviens choqué (et tu vas encore plus loin pour choquer davantage, ndlr)

«Après le procès, je me suis mis à haïr l'humour, et c'est la seule chose que j'ai aimée de ma vie, à part ma femme, ma famille et mes amis. J'aimais vraiment l'humour, et je n'aimais plus ça. J'ai pas mal arrêté; je n'ai pas arrêté complètement, mais j'ai pris une bonne année et demie sabbatique. Je faisais le minimum de shows pour payer mon câble, mon Internet puis mon loyer, et j'ai re-pogné le goût à faire des shows. Là, j'aime l'humour comme je l'aimais. Je ne sais pas si je l'aime autant que je l'aimais, mais... J'avais juste peur de plus avoir du fun. Je suis trop vieux et trop peu éduqué pour repartir ma vie, avec une autre job...»

«Je suis extrêmement naïf. Je serais très facile à kidnapper, vu que j'embarque dans tout. Je ne suis pas un épais mais... Je pense que c'est un mix d'alcool et de naïveté, je fais confiance à tout le monde.»

«Je ne voulais pas, non plus, que le monde... S'ils voient ma face faire une levée de fonds pour quelqu'un qui a une paralysie, ou peu importe la maladie, je ne voulais pas que le monde fasse : «Bon, regarde, Mike Ward qui essaie de montrer qu'il est un bon gars...».»

«Ça ne me dérange pas que le monde m'aime pas. Je n'ai pas besoin de l'amour de monde que je ne connais pas. J'ai besoin que mon public m'aime. Pour moi, c'est important que le monde qui aime ce que je fais, continue à aimer ça. Ç'a été dur pour mes fans, me défendre...»

À propos de ses origines et son appartenance, lui qui est né d'un père anglophone et d'une mère francophone

«Plus jeune, je me sentais plus anglophone que maintenant, vu que ma femme est francophone, et que je vis à Longueuil, où il n'y a pas beaucoup d'anglos. Avant, j'étais 55% anglo et 45% franco, et aujourd'hui, je dirais que c'est l'inverse.»

«En vieillissant, plus ça va, moins j'aime le Canada. Je me sens plus Québécois que Canadien. [Le Canada] est devenu un pays extrêmement politically correct (... ) Il y a de quoi que je n'aime pas du Canada anglais.»

À propos des paroles haineuses

«Tout le monde a des menaces, je pense. Même toi (à Paul Arcand, ndlr), c'est clair que tu as eu des menaces sur Facebook. Moi, je ne crois pas à ça. Quelqu'un qui te dit: "Je vais te tuer", il n'y a aucune chance qu'il va te tuer. Quelqu'un qui veut te tuer veut la surprise, veut l'effet de surprise. Moi, les menaces, je vois ça comme, juste, quelqu'un de fâché. Ça ne me stresse pas et je ne pense pas à ça (...) Mes portes sont tout le temps barrées chez nous et, quand ça sonne, je regarde (...) Il ne faut pas penser à ça, parce que si tu penses à ça, ta vie devient insupportable.»

«Moi, je suis pour les paroles haineuses, parce que les paroles haineuses font que tu vois qui a de la haine dans son cœur. (...) Moi, j'aime mieux savoir qui fait partie du Klux Klux Klan (...) J'aime ça, savoir c'est qui, les racistes, c'est qui, les xénophobes, c'est qui, les homophobes, c'est qui, les transphobes. Et je pense qu'en créant des lois que le monde n'ont pas le droit de dire ce qu'ils veulent, ça n'enlève pas la haine qu'ils ont. Même que ça frustre ce monde-là, vu que là ils se disent: "Je n'ai plus le droit de dire telle affaire, à cause des gais, à cause des Juifs, à cause des ci, à cause des ça".»

«Je suis pour une liberté d'expression absolue. Moi, je pense que la liberté d'expression, c'est tout ou rien. Parce que, sinon, c'est qui, qui décide ce qui est haineux et ce qui ne l'est pas? Mais, si je me fais ramener en cour, là, soit que je vais devenir plus prudent, ou je vais juste partir du Québec.»

«Comparé aux autres humoristes, je n'ai pas plus de numéros de cul. Même que je pense que j'en ai moins, mais mon humour va tellement loin, est tellement trash, que je peux parler de la réalité d'être un anglophone à Québec, quand j'étais petit, et ça vire en... Après deux minutes, il y a des jokes de pédophiles. Mon humour est très trash; à la base, ce n'est pas des jokes de cul, mais il y a souvent du sexe qui entre dans mes histoires un peu anodines.»

À propos de la dépression qu'il a traversée après l'affaire Jérémy Gabriel

«Quand j'ai reçu la lettre, au début, je voyais ça comme un sketch, je trouvais ça drôle. J'en parlais quasiment comme si c'était drôle. Mais, après, d'aller en cour, de réaliser que je suis en train de me battre pour mon droit de faire de l'humour noir... Pour moi, c'était comme si tu amenais en cour Vin Diesel parce qu'il a chauffé vite dans Fast and Furious. Ça n'avait aucun sens. Sur le coup, je trouvais ça drôle, mais après, quand je le vivais, ça m'a frappé que, peut-être, je n'aurais plus le droit de faire le genre d'humour que je fais. Et moi, j'aime l'humour, mais j'aime le genre d'humour que moi je fais. Là, je me disais: "Qu'est-ce que je fais? Est-ce que je modifie ce que je fais, est-ce que je déménage? J'aime le Québec, je suis né ici, j'ai passé toute ma vie ici..." Je me suis mis à penser à toutes ces affaires-là. Je montais sur scène, et le monde criait tout le temps des affaires à propos de Jérémy Gabriel (...) Ça n'arrêtait plus. Je n'avais plus de fun sur scène, je n'avais plus de fun dans ma vie. J'ai fait une dépression, qui a duré à peu près un an et demi. Un an et demi en dépression (...) Tout devenait lourd, pour moi.»

«Je me suis guéri en boisson. Chez nous, je devais boire, peut-être trois "26 onces" par semaine, plus, chaque fois que je sortais, je buvais, minimum, une quinzaine de drinks. C'était beaucoup. Je devais prendre une centaine de consommations par semaine. C'était vodka, moi j'étais un buveur de bière à l'époque, après je suis devenu un buveur de rhum & coke, mais quand j'ai commencé ma dépression, je buvais trop de rhum, ça me donnait des lendemains de veille. J'ai tombé dans la vodka (... ) Je bois encore, mais là, je bois plus raisonnablement. (...) Je pense que je suis alcoolique. Là, non. Je l'ai été, mais là je ne le suis plus, je pense. Je ne bois pas à tous les jours, et je ne sens pas un besoin de boire, et je bois parce que ça me rend heureux. Mais c'est une forme d'alcoolisme.»