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17/05/2018 06:49 EDT | Actualisé 17/05/2018 06:49 EDT

«Su’l gros vin» : le 5 à 7 décapant des Grandes Crues

Elles se disent «pas méchantes», mais seulement «un peu raides».

Jean-François Gravel via Productions 6e sens

Le Club Soda était rempli à craquer et est devenu extrêmement bruyant lorsque les Grandes Crues, alias Marie-Lyne Joncas et Ève Côté, ont fait irruption sur scène, mercredi soir, pour la rentrée montréalaise de leur premier spectacle, Su'l gros vin.

Accueilli en star par un public majoritairement féminin, le duo d'humoristes au nom très évocateur a été à la hauteur de la réception qu'on lui réservait et a offert la prestation qu'on attendait : authentique, totalement décomplexée et très drôle.

Ne bénéficiant pas d'une surexposition dans les médias, les Grande Crues font salle comble partout où elles passent et ont déjà écoulé 25 000 billets de Su'l gros vin, en seulement un an de tournée.

«Hey, on n'est pas les Backstreet Boys, on se calme!», a d'ailleurs craché Marie-Lyne Joncas devant le petit délire qui secouait le parterre au moment de leur entrée.

Juste avant, Maude Landry, habituée d'Info, Sexe et Mensonges, s'était commise en première partie, dans son style teinté de conclusions absurdes, de son air toujours stoïque. Le sort des femmes en humour, le nom de la chaîne de magasins Manteaux, Manteaux et la sexualité déviante de certains hommes, entre autres, ont porté sa calme, et très appréciée, tirade.

Aucun filtre ni tabou

Les Grandes Crues portent terriblement bien leur nom. Langage vulgaire, propos un brin déplacés, gags salaces débités d'un air frondeur, avec juste ce qu'il faut de «je-m'en-foutisme» : aucun «noune», «plote», «hostie», «tète», «déviergée», alouette, n'est à l'épreuve de nos Dodo et Denise modernes. Elles se surnomment même «Ma noire» l'une et l'autre...

«Ève Côté, Gaspésienne, Marie-Lyne Joncas, clitoridienne...», se présentent-elles d'entrée de jeu, donnant ainsi le ton en une seule phrase.

Complètement détendues, assises à leur table de bar, sur laquelle trônent évidemment deux coupes et leur précieuse bouteille alcoolisée dans son seau, Joncas et Côté balancent leurs observations sur leur réalité de jeunes trentenaires avec aplomb, autodérision et réalisme. Les petits tracas féminins, dans leur bouche, deviennent tout à coup en apparence moins pénibles.

Elles se disent «pas méchantes», mais seulement «un peu raides».

«Admettons que tu as pris 20 livres, viens pas nous voir avec ton gros cul pour qu'on te réconforte», nous conseillent-elles.

Su'l gros vin se veut en quelque sorte une parodie de ces soirées de filles où les conversations ne s'embarrassent d'aucun tabou et d'aucun filtre, ne volent pas nécessairement haut, mais sont diablement amusantes.

La mise en scène signée Danielle Fichaud prend des allures de 5 à7 débridé où les sujets s'emboîtent et s'en vont un peu partout : l'addiction à la cigarette, les réseaux sociaux, leur passé de serveuses dans des restaurants, le célibat («Ce qu'on veut, c'est que Roy Dupuis vienne nous parler de l'état des rivières, à deux pouces de la fourche...»).

En fin de piste – où sont dégainées les lignes les plus croustillantes -, même la gestuelle se joint à leurs paroles grivoises, car nos deux copines sont évidemment plus saoules qu'au début!

Les deux filles, aussi attachantes que baveuses, ne s'excusent pas d'être «un peu connes», comme elles disent. Leur imperfection assumée est rafraichissante. Elles décrient la pression qui pèse sur les femmes, sous divers aspects.

Par exemple, quand il est question de la maternité, elles en jasent en se demandant «Qui veut mettre bas en 2018?», arguent que «bébé tète maman le soir, et maman tète papa le soir», et que «l'allaitement, c'est comme L'Auberge du chien noir : à un moment donné, il est temps que ça arrête, cette affaire-là». «Dans 15 ans, la mijoteuse va remplacer la fécondation in vitro», en rajoutent-elles, plus tard.

Qu'on se rassure, la drôlerie de Su'l gros vin ne tient pas qu'aux dialogues décapants du tandem. Nombreux sacres et allusions sexuelles ajoutent bien sûr à l'effet, et il y en a peut-être davantage dans leurs échanges que dans une conversation «ordinaire» entre filles (quoique...), mais Joncas et Côté démontrent une plume comique solide, punchent à la perfection et se moulent aux planches comme si elles y étaient dans leur salon. Ou dans leur club préféré.

La dynamique de leur équipe ne tient pas à l'énergie traditionnelle sur laquelle repose souvent les duos humoristiques, celle de «l'arroseur» et de «l'arrosé» ; ici, nos deux fêtardes discutent à égalité, ne s'envoient pas nécessairement de flèches, mais renchérissent aux blagues de l'autre. Aucune ne paraît plus niaise ou brillante que l'autre.

Les Grandes Crues représentent des voix fortes pour leur génération, et tassez-vous de leur chemin, parce qu'elles ne se gêneront pas pour vous rentrer dedans. Surtout si Roy Dupuis se trouve de l'autre côté.

Les Grandes Crues poursuivent la tournée Su'l gros vinet seront en supplémentaires, à Montréal, au Club Soda, le 3 octobre prochain.

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