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14/05/2018 09:24 EDT | Actualisé 14/05/2018 16:58 EDT

Un travailleur humanitaire Membre de l'ordre du Canada arrêté au Népal

Il est accusé de pédophilie.

Wikipedia/Peter Dalglish

Un travailleur humanitaire canadien bien en vue est accusé d'avoir agressé sexuellement des enfants au Népal.

Le chef de la police népalaise, Pushkar Karki, a expliqué lundi que Peter Dalglish avait été arrêté dans sa villa en avril en compagnie de deux Népalais âgés de 12 et 14 ans, après plusieurs semaines d'enquête.

Son dossier sera entendu par un tribunal de Kavre, près de Katmandou. M. Karki a indiqué que M. Dalglish, 60 ans, était accusé d'avoir violé les deux garçons et qu'il était passible d'une peine de 13 ans de prison.

M. Dalglish, qui a fondé l'organisation Street Kids International, s'implique depuis plusieurs décennies auprès de différentes organisations humanitaires et d'aide au développement, dont des agences de l'ONU, qui oeuvrent principalement auprès des enfants. Il a notamment travaillé en Afghanistan et au Libéria.

Des responsables ont affirmé que M. Dalglish attirait chez lui des enfants pauvres avec des promesses d'éducation et de voyages, avant de les agresser sexuellement.

Des enquêteurs ont suivi M. Dalglish pendant plusieurs semaines après avoir été informés d'agressions alléguées, a expliqué M. Karki. L'enquête sera élargie puisque la police a découvert des éléments qui portent sur des agressions qui auraient été commises il y a plus de 12 ans, a affirmé le policier, sans fournir plus de détails.

Les lois népalaises sur la pédophilie sont nébuleuses, mais de nouvelles lois doivent entrer en vigueur en août.

M. Dalglish a été nommé membre de l'Ordre du Canada en décembre 2016.

Prévenir, dénoncer et agir

De passage à Montréal lundi dans le cadre d'une allocution prononcée par la présidente internationale de Médecins sans frontières, la docteure Joanne Liu, à la tribune du Conseil des relations internationales, la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, a admis qu'elle n'avait pas de mots pour qualifier les cas d'agressions sexuelles par des travailleurs censés aider les habitants de pays moins développés.

"Les travailleurs humanitaires, la très grande majorité sont des gens comme la docteure Liu, ici, qui y vont par passion, par vocation, qui ne veulent que faire du bien", a-t-elle noté, soulignant que des cas d'agressions sont recensés dans toutes les sphères d'activité, mais que lorsqu'ils touchent l'humanitaire dans les pays en développement, c'est "encore plus choquant".

"Il ne faut surtout pas (que ça décourage ceux qui travaillent dans le domaine humanitaire), a-t-elle ajouté. Il faut se doter de mesures encore plus efficaces pour prévenir, pour dénoncer et pour agir autant pour aider les survivants de ces violences que pour sévir envers les prédateurs sexuels."

La docteure Liu s'est de son côté montrée favorable à la pression publique face aux différentes organisations humanitaires à ce sujet.

"Ça fait des années que je me bats pour ça, je veux qu'on ait des mécanismes sécuritaires pour que les gens (puissent) déclarer, divulguer ce qui se passe, qu'il y ait des enquêtes indépendantes et professionnelles", a-t-elle noté, ajoutant que le regard public critique sur les organisations leur permettra de s'améliorer.

"On est un reflet de la société. Il y a une sacralisation (de) l'humanitaire, (mais) malheureusement, on est des humains avec des comportements humains, avec des dérapages humains. Mais, je comprends, et je suis tout à fait d'accord avec nos donateurs, qu'il n'y a pas d'espace pour ça dans ce qu'on fait aujourd'hui. On est avec des populations qui sont précarisées, vulnérables, donc l'abus de pouvoir dans toutes ses formes n'a pas sa place. Mettez-nous de la pression, assurez-vous qu'on fait notre job comme il faut", a-t-elle lancé.