POLITIQUE
11/05/2018 19:40 EDT | Actualisé 14/05/2018 14:34 EDT

Oui, les jeunes veulent s’impliquer en politique. Mais comment?

Catherine Fournier nous parle sur sa tournée dans les cégeps et universités du Québec.

Courtoisie Bureau de la députée de Marie-Victorin
Catherine Fournier, lors de son passage à Sept-Îles.

QUÉBEC – Ceux et celles qui suivent la députée péquiste Catherine Fournier sur les réseaux sociaux ont vu que ses souliers ont beaucoup voyagé dans les trois derniers mois.

L'élue de Marie-Victorin a visité une quarantaine de cégeps et universités et quelque 2000 étudiants dans presque toutes les régions du Québec. La tournée, prévue à la suite de la publication de son livre L'audace d'agir, a permis de faire le point sur les aspirations de sa génération.

La semaine dernière, elle terminait sa tournée sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec. Le seul endroit où elle n'a pas pu aller en raison de conflits d'horaires? Le Centre-du-Québec. «Pourtant, je passe là à toutes les semaines!» s'exclame celle qui fait le trajet Longueuil-Québec sur une base hebdomadaire.

Après chaque conférence, Catherine Fournier demandait aux étudiants de mettre par écrit leur plus grand souhait politique. Son équipe et elle en sont à compiler les réponses – qui feront par la suite l'objet d'un rapport rendu public dans les prochaines semaines.

Le HuffPost Québec s'est entretenu avec la députée sur les conclusions préliminaires de sa tournée exhaustive et les défis à surmonter pour intéresser les jeunes à la politique.

Quel était le but de la tournée? S'agissait-il de faire la promotion des idées présentées dans votre livre L'audace d'agir ou c'était une façon de prendre le pouls des «milléniaux»?

C'est un peu des deux. C'est certain que la tournée s'inscrivait dans la foulée de la publication de mon livre, cet automne. Il y a plein de gens qui m'ont dit, à la blague : «Tu as beau avoir écrit un livre pour les jeunes, mais est-ce qu'ils vont le lire?»

Je voulais quand même pousser ce message-là plus loin. Dès que j'ai publié mon livre, j'ai su tout de suite que je voulais faire une tournée du Québec pour aller porter ce message-là aux jeunes de ma génération.

Sans pour autant dévoiler les conclusions du rapport à venir, y a-t-il tout de même des grandes tendances qui se sont dégagées de vos conversations avec les étudiants?

D'abord, il y a un intérêt pour la politique, pour l'engagement citoyen qui est évident. Ils sont également intéressés à avoir les outils aussi qui leur permettent de le faire. Et ça, c'est un constat qui est vraiment généralisé. Souvent, ce n'est pas que les jeunes ne veulent pas s'impliquer – c'est que les jeunes ne savent pas comment s'y prendre, ni par où commencer.

Donc les gens avaient des questionnements hyper concrets, comme : quel est le rôle d'un député ou qu'est-ce qu'on peut faire dans un parti politique? Ce sont des choses qui peuvent sembler évidentes pour les gens qui suivent la politique, mais qui sont abstraites pour les gens qui regardent ça de loin et pour les jeunes qui commencent à s'intéresser à l'actualité et ce qui se passe autour d'eux.

Ce que j'ai constaté, c'est qu'il y a plein de jeunes qui ne connaissent pas l'impact de la politique sur leur vie quotidienne.

On a beaucoup parlé de parité hommes-femmes en politique, mais force est de constater qu'il manque aussi cruellement de jeunes à l'Assemblée nationale. Est-ce que l'image actuelle du politicien en rebute certains?

Effectivement, il y a un manque de diversité dans la représentativité à l'Assemblée nationale. Ça, les jeunes me l'ont redit et confirmé. En même temps, les jeunes n'étaient pas si surpris que ça, parce que c'est l'image qu'ils ont d'un député : un avocat blanc de 55 ans.

Ils trouvaient que c'était assez surprenant que j'aie été élue à 24 ans. Quand je leur disais que j'étais une des seules jeunes femmes à l'Assemblée nationale et qu'on était seulement deux députés de moins de 30 ans, je voyais les regards ahuris. Les jeunes trouvaient que ce n'était pas représentatif de notre société, puis ça avait l'air de les préoccuper.

Donc, tant mieux si ça lance un message parce que la place des jeunes et des femmes en politique, c'est extrêmement important. Je pense que la société gagne à avoir des instances démocratiques qui sont représentatives. Puis je suis convaincue que plus de diversité au Parlement amène plus de créativité et c'est la créativité qui est à la base des meilleures idées pour notre société.

On dit aussi que les jeunes ne sont peu ou pas intéressés à la question de l'indépendance du Québec. En tant que députée du Parti québécois, en avez-vous parlé?

Ce n'était pas le propos principal de mes conférences. J'en parlais lorsque j'abordais mon parcours. Par contre, dans la période de questions, c'est le plus grand sujet qui est revenu parce que les jeunes sont curieux, n'en ont pas entendu beaucoup parler, ne serait-ce que pour la question des référendums, n'ont pas connu les grands débats constitutionnels.

Même dans les coins où la souveraineté ou l'indépendance semblent être des idées moins affiliées, comme dans les cégeps et les universités anglophones, ou encore dans certaines régions comme la Beauce, c'est là où j'ai eu le plus de questions sur l'indépendance – avec beaucoup de curiosité et beaucoup d'ouverture.

À l'Université Bishop's, par exemple, ma présentation a duré une heure. Après ça, j'ai répondu pendant une heure et demie à des questions en anglais qui portaient presque strictement sur l'indépendance.

Qu'espérez-vous accomplir à la suite de la publication du rapport?

Je vais inviter tout le monde à le regarder, parce que je pense que ça va donner un bon portrait, quand même, des aspirations des jeunes Québécois des cégeps et des universités, du moins. Tant mieux si leur voix peut être entendue au Parti québécois. Moi, c'est sûr que je vais me faire un devoir de communiquer ce que j'aurai rapporté à l'intérieur de mon caucus!

Mais tout le monde sera invité et tout le monde sera tenté, je l'espère, d'y jeter un coup d'œil parce que mon but, c'est de faire résonner la voix des jeunes. Tant mieux si plusieurs formations politiques peuvent s'en inspirer.

...pourrait-il servir d'inspiration pour l'écriture d'un deuxième livre?

Je n'en ai aucune idée. Je ne suis pas encore rendue là!