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11/05/2018 14:17 EDT | Actualisé 11/05/2018 14:45 EDT

Montréal-Nord: un immeuble en rénovation serait un véritable «nid à feu»

«S’il y a un incendie, tout le monde est mort», s'est insurgé un entrepreneur.

Un immeuble de huit logements actuellement en construction sur la rue Tardif, à Montréal-Nord, pourrait - selon des professionnels - s'écrouler comme un château de cartes en cas d'incendie, l'entrepreneur ayant décidé de ne pas isoler les murs ni les plafonds.

La Régie du bâtiment du Québec assure que rien n'est «illégal». Des entrepreneurs en construction sont cependant en furie, qualifiant ce bâtiment de véritable «nid à feu.»

La situation a d'abord été dénoncée par la page Facebook «Jo clé», qui s'est donné pour mission de «dénoncer les aberrations dans l'industrie de la construction».

Disant avoir été alerté par un employé qui a travaillé sur ce chantier, l'auteur de la page a filmé une partie du chantier, pointant des manquements «graves» à la sécurité.

On peut constater que l'entrepreneur visé n'aurait installé qu'une feuille de gypse d'un côté du mur et une autre feuille de l'autre côté, rien entre les deux murs. Et les plafonds auraient été fermés sans matériaux pour diminuer le bruit. Toujours selon ces images, il n'y aurait pas de mur coupe-feu non plus.

«C'est criminel. Point final», s'insurge Éric Tourigny de Construction Jet Set et Sebecan rénovation, réagissant à la vidéo.

«S'il y a un feu, personne n'a le temps de sortir. Tout le monde est mort, car il n'y a pas d'isolation entre les murs ni dans les plafonds. L'immeuble est complètement rasé par les flammes en moins de 10 minutes», explique-t-il.

Un ouvrier de la construction, qui dit avoir travaillé sur ce chantier, souligne que c'était «un travail de clown.»

«Je suis parti, refusant de faire un travail de cochon comme ça. Les futurs locataires entendront pisser le voisin. Ils devront aussi payer des factures exorbitantes de chauffage et d'électricité. Et oubliez l'intimité dans la chambre à coucher, la madame ne sera pas contente», ajoute celui qui souhaite préserver son anonymat par peur de représailles.

L'entrepreneur qui réalise ces travaux ne peut être identifié n'ayant pas fait l'objet d'une plainte.

Le HuffPost Québec s'est rendu sur place, mais on nous a rapidement indiqué la sortie. «Nous effectuons des travaux de rénovation à la suite d'un incendie et non de construction», a simplement répondu un travailleur, avant de fermer la porte avec son pied.

La loi dit quoi?

Le Code du bâtiment stipule que les entrepreneurs doivent installer: une laine insonorisante, une barre résiliente, une première feuille de gypse 5/8, un premier plâtrage, une autre feuille de gypse résistante au feu et un tirage de joints avec la finition du plâtre.

À la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), on précise toutefois que rien n'est «illégal». «Dépendamment de l'âge du bâtiment, l'entrepreneur qui effectue des travaux de rénovation peut remettre les lieux comme c'était avant l'incendie. Rien ne l'oblige à augmenter la qualité des matériaux à condition de ne pas toucher à des éléments structuraux de l'édifice, comme les murs porteurs», a répondu le porte-parole de la RBQ, Sylvain Lamothe

«C'est ridicule. La loi doit être changée», a réagi avec véhémence Remi Bilodeau, de Aluminium A. Béliveau.

«Peu importe l'âge du bâtiment, jamais je n'aurais fait un tel travail. Le but de ne pas isoler est uniquement de faire plus de profit. J'estime environ 2000$ par logement de sauvé pour l'entrepreneur en n'isolant absolument rien», renchérit cet entrepreneur général.

Les assurances payeraient-elles?

Fort d'une vaste expérience de 40 ans de métier, Pierre Lessard de Desforges, Roy, Lessard, experts en sinistres n'a pas voulu commenter le présent dossier puisque des informations importantes sont manquantes pour l'aspect des assurances.

«Par contre, je peux vous dire que de façon générale, les assurances ne payeront que pour les matériaux qui étaient là advenant un incendie. Pas de laine isolante et autres, pas de montant pour ça. Chaque cas est unique, mais oui l'assureur pourrait ne rien payer du tout».

Le Service de sécurité incendie de Montréal n'a pas donné suite aux demandes d'entrevue du HuffPost Québec.