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11/05/2018 14:50 EDT | Actualisé 11/05/2018 16:23 EDT

Affaire Lafarge: Paul Desmarais fils plaide l'ignorance du conseil

Ce scandale judiciaire, qui fait les manchettes sur le Vieux-Continent, a trouvé écho jusqu'au Québec.

Administrateur de LafargeHolcim, Paul Desmarais fils affirme que le conseil d'administration du cimentier n'a jamais été au courant des gestes qui auraient été posés par d'ex-employés en Syrie visant à financer indirectement le groupe armé État islamique.

C'est plutôt par l'entremise des enquêtes médiatiques diffusées en 2016 que le conseil d'administration a pris connaissance de l'ampleur de la situation, a affirmé M. Desmarais, vendredi, en marge de l'assemblée des actionnaires de Power Corporation du Canada, à Montréal.

"Toutes les questions que vous posez, je peux vous dire qu'on se les pose aussi", a dit le cochef de la direction de la société de portefeuille, lors d'une déclaration.

C'était la première fois que M. Desmarais commentait publiquement l'affaire, qui a trouvé écho jusqu'au Québec, puisque Power Corporation est un actionnaire indirect de la multinationale et parce l'homme d'affaires québécois siège à son conseil.

On soupçonne Lafarge d'avoir versé des pots-de-vin à des groupes djihadistes en 2013 et 2014 pour s'assurer du fonctionnement d'une cimenterie dans le nord de la Syrie. Les actes posés seraient survenus avant le regroupement avec Holcim en 2017.

Prudent dans ses commentaires, M. Desmarais a plaidé l'ignorance du conseil du cimentier, expliquant que de nombreux "mécanismes de contrôle et de conformité" étaient en place et que les réunions des administrateurs se déroulent en présence de vérificateurs externes.

Dans la pratique, a-t-il rappelé, ce sont toutefois les dirigeants de la société qui doivent appliquer ces principes de gouvernance.

"Le conseil, composé de gens d'affaires aguerris, n'avait donc aucune raison de penser qu'un sujet aussi important, touchant à la sécurité et à l'éthique de l'entreprise, puisse ne pas être porté à sa connaissance, a dit M. Desmarais. Il est impossible de deviner l'impensable."

Dans la foulée de la controverse, les administrateurs de Lafarge disent avoir pleinement collaboré avec les autorités en plus de retenir les services du cabinet d'avocats Baker McKenzie afin de réaliser une enquête interne.

Les conclusions de la firme ont été remises aux autorités, a affirmé le cochef de la direction de Power Corporation.

Depuis le début de l'enquête, sept cadres de Lafarge, dont l'ancien grand patron de la société Bruno Lafont, ont été mis en examen par les autorités françaises.

De plus, selon le quotidien Le Monde, M. Desmarais aurait été mis sous écoute et interrogé en décembre dernier par les policiers belges en compagnie de trois administrateurs du Groupe Bruxelles Lambert _ contrôlé par Power Corporation.

Par l'entremise de Pargesa Holding et du Groupe Bruxelles Lambert, la société de portefeuille québécoise contrôle près de 9,43 pour cent des actions de LafargeHolcim, d'après les données compilées par Thomson Reuters.

M. Desmarais a été réélu en début de semaine sur le conseil d'administration de LafargeHolcim, qui tenait son rendez-vous annuel en Suisse. Il dit ne pas avoir songé à quitter son poste.

"C'est une compagnie dans laquelle nous avons plusieurs milliards d'investis, a-t-il expliqué. On ne quitte pas le bateau quand il y a une tempête. Je ne crois pas à cela."

De l'argent à dépenser

Pour asseoir sa croissance, Power Corporation se dit par ailleurs prête à dépenser au moins 10 milliards $ au cours des cinq prochaines années, principalement aux États-Unis.

Cette somme s'ajoute à l'argent qui pourrait être injecté par ses différentes filiales, comme la Corporation Financière Power.

"Nous avons la capacité de déployer ce capital pour jouer un rôle de consolidateur afin de jouer dans les ligues majeures", a analysé Paul Desmarais fils, lorsqu'interrogé sur le sujet.

Le cochef de la direction de Power Corporation a souligné que la gestion des régimes de retraite était un marché très fragmenté aux États-Unis. Dans ce secteur, la société de portefeuille québécoise détient Putnam Investments, acquise en 2007.

Au besoin, Power Corporation _ qui est présente à plusieurs endroits dans le monde en plus de détenir une importante participation dans China Asset Management _ se penche sur certaines de ses propriétés pour déterminer si elles peuvent être vendues à des prix alléchants.

Toutefois, le conglomérat québécois n'a aucunement l'intention de se départir de la Great-West Lifeco ainsi que de la Financière IGM.

En forte hausse

Quant à ses résultats du premier trimestre terminé le 31 mars, Power Corporation a affiché un bénéfice net record, qui a plus que doublé, de 525 millions $, ou 1,13 $ par action. Ce résultat a dépassé les attentes des analystes sondés par Thomson Reuters, qui tablaient sur un profit net par action de 80 cents.

Power Corporation a également annoncé une hausse de 6,6 pour cent de son dividende trimestriel, qui atteindra 38,20 cents par action.

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Power Corporation du Canada détient un investissement dans La Presse canadienne dans le cadre d'un accord conjoint avec une filiale du Globe and Mail et l'éditeur Torstar.