BIEN-ÊTRE
10/05/2018 18:19 EDT | Actualisé 10/05/2018 18:19 EDT

Cancer pédiatrique: un test pour éviter les effets secondaires des traitements

M. Carleton aimerait que tous les enfants soignés pour un cancer à travers le pays puissent profiter d'une telle analyse génétique.

Un chercheur ayant conçu un test qui vérifie si les enfants sont vulnérables aux effets secondaires potentiellement mortels de trois médicaments de chimiothérapie se concentre maintenant sur cinq autres substances pour permettre aux parents et aux médecins d'avoir une discussion plus éclairée.

Bruce Carleton, de l'Hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique, explique que les effets secondaires associés à ces cinq médicaments comprennent des maladies osseuses, une pancréatite, une anaphylaxie, des dommages aux nerfs des membres et une inflammation des muqueuses, ce qui pourrait notamment empêcher le patient d'avaler.

Le projet de quatre ans s'inscrit dans le cadre d'une étude de Génome Canada qui mènera notamment à la création d'une base de données publique que les chercheurs de partout dans le monde pourront consulter, explique M. Carleton.

Son collègue Colin Ross et lui ont déjà identifié les variantes génétiques associées à trois médicaments courants et qui peuvent entraîner une insuffisance cardiaque, une perte d'audition ou des problèmes de moelle osseuse, ce qui réduit la capacité de l'organisme à se défendre face aux infections.

Depuis deux ans, les patients soignés pour un cancer pédiatrique et vus par M. Carleton ont été soumis à un test génétique pour vérifier s'ils risquent de subir des effets secondaires indésirables.

M. Carleton aimerait que tous les enfants soignés pour un cancer à travers le pays puissent profiter d'une telle analyse génétique.

Les médicaments en question comprennent l'anthracycline, qui peut considérablement augmenter les chances de survivre à certains cancers, mais qui peut aussi entraîner une insuffisance cardiaque.

«Je pense qu'on pourrait entamer la discussion avant le début du traitement concernant ce que sont les effets secondaires indésirables, au lieu d'attendre qu'ils surviennent et dire: "Eh bien, ça se produit parfois", explique-t-il. Les parents me disent souvent qu'ils ont trouvé plus difficile de gérer les effets secondaires indésirables que les questions de survie, parce qu'ils n'y étaient pas préparés.»

M. Carleton et son équipe analysent plus de 6100 échantillons génétiques à la recherche des susceptibilités génétiques aux effets secondaires de ces cinq médicaments, un champ d'études de plus en plus important appelé pharmacogénomique.

Les analyses génétiques offrent aux oncologues l'information qui leur permettra de soupeser le pour et le contre de certains traitements au moment d'étudier les options qui s'offrent à eux, notamment en réduisant le dosage d'un médicament toxique ou en proposant autre traitement, a expliqué le chercheur.

«Parfois, les résultats sont rassurants, donc si on a besoin d'excéder la dose, le risque de toxicité est assez faible comparativement aux autres enfants», indique M. Carleton, qui enseigne aussi la pédiatrie à l'Université de la Colombie-Britannique.

Mieux comprendre les risques

Les parents doivent participer aux discussions concernant les traitements, poursuit-il.

«En leur donnant un moyen de mieux comprendre les risques pour leur enfant, on leur permet de dire: "Il n'y a pas que la survie, je veux aussi connaître les risques."»

Rory Nichols, la fille de Bethany Prokuda, est aujourd'hui âgée de quatre ans. Les médecins lui ont diagnostiqué une tumeur au coccyx quand elle n'avait que trois semaines. Une analyse génétique a découvert que le traitement qu'elle recevait risquait de lui causer des problèmes d'ouïe, notamment avec les sons "f", "s" et "th" en anglais. Mme Prokuda et son oncologue ont donc décidé de changer sa médication.

Le docteur Rod Rassekh, qui faisait partie de l'équipe ayant soigné Rory, estime que cette analyse génétique «a vraiment sauvé une bonne partie de son ouïe».

Il mentionne ensuite les parents d'un autre patient qui ont choisi de ne pas utiliser un médicament associé à des problèmes cardiaques, même si cela augmentait légèrement le risque de récidive.

«Donc je pense que ce test facilite une bonne discussion avec les familles, où on leur donne le pouvoir de prendre des décisions», affirme-t-il.

Le docteur Rassekh ajoute que tous les oncologues de l'Hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique utilisent maintenant les analyses génétiques, après avoir surmonté leurs craintes initiales concernant ce que les parents et eux-mêmes feraient de cette information.

«Ça nous a permis d'avoir des discussions très franches concernant les effets secondaires et de tenir compte des valeurs des parents et de ce qui est important pour eux. Ce qu'ils considèrent être un risque élevé n'est pas nécessairement ce que moi je considère être un risque élevé en tant que médecin», précise-t-il.