POLITIQUE
10/05/2018 11:27 EDT | Actualisé 10/05/2018 12:46 EDT

L'avortement «pas un droit»: le lieutenant québécois de Scheer critique son collègue

Ted Falk a causé un tollé en criant en chambre que l'avortement n'était pas un droit.

Le lieutenant politique des conservateurs au Québec, Alain Rayes, juge inadmissible et "malheureux" que son collègue Ted Falk ait crié aux Communes que l'avortement "n'est pas un droit".

"Ce qui a été dit par le député, pour moi, est inacceptable à l'intérieur de la Chambre des communes", a-t-il dit jeudi matin en entrevue.

Ce n'était "pas une façon appropriée de le faire", a soutenu Alain Rayes, tenant néanmoins à spécifier que chacun a droit à son opinion.

The Canadian Press
Alain Rayes, le lieutenant politique du Parti conservateur au Québec.

Le député québécois est cependant en désaccord complet sur le fond: nier que ce droit a été acquis équivaut à nier les décisions des tribunaux, a-t-il souligné.

"C'est un droit, oui, tout à fait! Moi, je suis en faveur à 100 pour cent, pour le libre choix des femmes", a insisté l'élu de Richmond-Arthabaska.

Le député Ted Falk a causé une commotion pendant la période des questions, mercredi, en hurlant que le droit à l'avortement n'est en fait pas un droit.

La Presse canadienne
Ted Falk est le député conservateur de Provencher, au Manitoba.

Il a poussé ce haut cri alors que le premier ministre Justin Trudeau venait de terminer une réponse, en disant que son gouvernement défendrait toujours le droit des femmes à l'avortement.

"C'est horrible, ce qu'on vient d'entendre M. le président", s'est exclamée Anne Minh-Thu Quach, la députée néo-démocrate qui se levait pour prendre, à son tour, la parole.

Quelques minutes plus tard, la ministre de la Condition féminine, Maryam Monsef, a fait un point d'ordre pour réclamer des excuses du député. Le président a préféré ne pas donner suite.

Au Parti conservateur, on a refusé de dire si Ted Falk avait été réprimandé ou s'il s'exposait à une sanction disciplinaire quelconque, jeudi.

Le bureau du whip de l'opposition officielle, Mark Strahl, a transféré le dossier au bureau du chef, Andrew Scheer.

Là, le porte-parole Jake Enwright a affirmé: "Si vous me demandez si le député sera sanctionné pour avoir chahuté, la réponse est non".

Il n'a pas voulu se prononcer sur la teneur des propos criés en Chambre.

L'intervention de l'élu du Manitoba a provoqué un brouhaha et nombre d'appels à l'ordre du président de la Chambre. Puis, Justin Trudeau y a mis son grain de sel.

"Oui! C'est un droit d'une femme de pouvoir choisir ce qui se passe avec son corps. Et nous allons toujours défendre ce droit malgré ce que les conservateurs pensent et disent", a lancé M. Trudeau.

En reprenant ainsi la balle au bond, le premier ministre a "jeté de l'huile sur le feu", a accusé Alain Rayes.

"Quand Justin Trudeau a fait une scène hier (mercredi) et qu'il a politisé un geste qui était malheureux", a-t-il laissé tomber.

"C'est malheureux ce qui s'est passé hier, mais de penser qu'il y a juste dans le Parti conservateur qu'il y a des gens qui sont contre l'avortement, c'est hypocrite", a-t-il lâché.

L'incident aux Communes est survenu à la veille du rassemblement annuel des militants antiavortement.

Les groupes qui réclament l'interdiction de l'avortement ont commencé à converger sur la colline du Parlement, jeudi, sous la pluie.

Plusieurs membres de la députation conservatrice, députés comme sénateurs, prennent habituellement part à l'événement.