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08/05/2018 10:46 EDT | Actualisé 08/05/2018 16:29 EDT

La Presse deviendra un OBNL alors que Power Corporation compte se retirer

«Aujourd'hui, nous vous annonçons que La Presse volera désormais de ses propres ailes», a écrit Pierre-Elliott Levasseur, président de La Presse.

La Presse canadienne/Paul Chiasson

La Presse annonce qu'elle devient un organisme à but non lucratif.

Le président du quotidien de la rue Saint-Jacques, Pierre-Elliott Levasseur, a annoncé mardi que "pour assurer son développement, (La Presse) évoluera au sein d'une structure sans but lucratif qui deviendra l'unique actionnaire de La Presse".

Dans un mot de l'éditeur publié sur le site lapresse.ca, M. Levasseur explique que "tout profit éventuellement généré par les opérations, toute aide gouvernementale, tout argent recueilli auprès de donateurs seront ainsi consacrés aux opérations de La Presse".

Power Corporation se retire donc comme actionnaire du quotidien. Avant son retrait, l'entreprise versera toutefois une contribution de 50 millions $ à La Presse. Power Corporation s'est également montrée prête à s'entendre avec les syndicats de façon à sécuriser les obligations passées des régimes de retraite. Aucune perte d'emploi n'est prévue pour l'instant.

L'annonce de mardi met fin aux tentatives de l'entrepreneur Graeme Roustan, qui a fait connaître son intention d'acheter le quotidien et de ramener l'édition papier.

M. Levasseur dit maintenant souhaiter qu'Ottawa mette rapidement en oeuvre son intention d'appuyer financièrement les médias écrits, tel que promis dans son dernier budget.

M. Levasseur a présenté la décision aux médias:

"Le fédéral a annoncé dans le budget qu'il était prêt à soutenir les médias écrits, mais pas ceux qui étaient détenus par des familles riches ou de grandes entreprises", a noté M. Levasseur en conférence de presse, mardi avant-midi.

"Si nous ne pouvons obtenir un appui du gouvernement fédéral, je pense qu'il sera difficile pour nous de continuer à jouer le rôle que nous avons joué historiquement au Québec et de fournir de l'information de très haute qualité", avance-t-il.

La nouvelle structure permettra aussi au journal de se financer à l'aide de dons privés, à l'image d'autres quotidiens comme The Guardian en Angleterre ou Le Devoir au Québec. M. Levasseur estime que La Presse serait en mesure d'aller chercher 3 M$ par année.

Pierre-Elliott Levasseur a assuré que la transformation de La Presse représentait une "décision réfléchie dans le contexte dans lequel notre industrie évolue".

"Nous, ce qu'on voit, c'est que la réalité des médias a évolué au cours des dernières années et on devait adapter notre modèle", a-t-il expliqué.

Plus précisément, on prévoit constituer prochainement une fiducie d'utilité sociale, qui deviendra l'unique actionnaire de La Presse. Ce changement de structure nécessitera l'abrogation d'une disposition d'une Loi privée adoptée en 1967 qui régit la propriété de La Presse. La nouvelle structure sera mise en place lorsque la disposition législative sera abrogée, précise-t-on.

L'éditeur de La Presse, Guy Crevier, lui aussi présent à la conférence de presse, a par ailleurs insisté sur le fait que ce changement de structure ne doit pas être perçu comme un échec du modèle mis en place lors du lancement de l'application La Presse+ et l'abandon du papier. D'ailleurs, l'idée de ramener l'édition papier est carrément exclue par MM. Crevier et Levasseur.

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"Ce n'est pas un insuccès, La Presse+", assure l'éditeur, ajoutant que ce média fait partie des joueurs réussissant à aller chercher la plus grande part des revenus numériques au Canada.

"Est-ce que c'est suffisant pour soutenir une salle des nouvelles de l'importance de La Presse? Peut-être pas assez", a-t-il admis. MM. Levasseur et Crevier ont indiqué qu'ils n'avaient pas l'intention de se tourner vers un modèle payant pour La Presse+ dans l'avenir et ajouté que la modernisation de leur application mobile faisait partie de leur plan.

L'annonce de mardi s'inscrit dans une tendance des grands groupes de presse à se départir de leurs journaux. En 2014, Québecor a vendu l'ensemble de ses hebdomadaires régionaux à Transcontinental. Cette dernière a ensuite vendu les hebdos et le quotidien Métro à la pièce, à des intérêts locaux.

En 2015, Power Corporation avait déjà vendu ses six quotidiens régionaux à un groupe dirigé par l'ex-ministre libéral Martin Cauchon.