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08/05/2018 13:53 EDT | Actualisé 08/05/2018 17:51 EDT

Nucléaire: Donald Trump rétablit les sanctions contre l'Iran

Il croit que si les États-Unis restaient dans l'accord, il y aurait une course à l'armement nucléaire au Moyen-Orient.

Le président américain, Donald Trump, a mis ses menaces à exécution, mardi, en annonçant que les États-Unis allaient se retirer de l'entente sur le nucléaire iranien, conclue en 2015 avec les puissances européennes, la Russie et la Chine.

"Nous ne pouvons empêcher une bombe nucléaire iranienne avec la structure pourrie de l'accord actuel. L'entente avec l'Iran est défaillante dans son essence même", a déclaré le président lors d'un discours d'une dizaine de minutes à la Maison-Blanche.

M. Trump a justifié sa décision par le fait que cet "accord désastreux" n'empêchait pas l'Iran de développer son programme nucléaire et de financer des organisations terroristes au Moyen-Orient.

"Cet accord a été si mal négocié que même si l'Iran le respecte complètement, le régime peut malgré tout être sur le bord d'une percée nucléaire en une courte période de temps", a-t-il déclaré.

M. Trump croit que si les États-Unis restaient dans l'accord, il y aurait une course à l'armement nucléaire au Moyen-Orient.

Le président américain a d'ailleurs évoqué les documents exposés la semaine dernière par le gouvernement israélien, selon lesquels l'Iran aurait tenté de mettre au point la bombe nucléaire avant de signer l'accord de 2015.

L'avenir de l'Iran appartient à son peuple. (...) Il mérite une nation qui rend justice à leurs rêves.Donald Trump

Israël ne disposait de preuve pour démontrer que l'accord aurait été violé, depuis. Mais selon Israël, cela prouve que l'Iran n'est pas digne de confiance, car ses dirigeants ont toujours nié avoir l'intention de construire une telle bombe.

L'accord sur le nucléaire iranien a été conclu en juillet 2015 sous l'ancienne administration de Barack Obama. Il prévoyait la levée de sanctions contre l'Iran, qui, en retour, s'est engagé à freiner ses ambitions nucléaires. Les puissances européennes ont tenté dans les derniers mois de convaincre Donald Trump de rester dans l'accord, en vain.

Après son discours d'une dizaine de minutes à la Maison-Blanche, M. Trump a d'ailleurs signé une note présidentielle pour signifier son intention de rétablir les sanctions imposées au régime iranien.

Le président s'est adressé au peuple iranien à la fin de son discours, pour l'assurer du soutien des États-Unis, malgré leur retrait de l'accord.

"L'avenir de l'Iran appartient à son peuple. (Les citoyens) sont les héritiers légitimes d'une culture riche et d'une terre antique. Ils méritent un pays qui rend justice à leurs rêves", a-t-il déclaré.

"Les dirigeants de l'Iran vont naturellement dire qu'ils refusent de négocier une nouvelle entente. Et c'est correct, je dirais la même chose si j'étais à leur place. Mais le fait est qu'ils vont vouloir conclure un nouvel accord à long terme, qui bénéficiera à l'Iran et au peuple iranien", a-t-il ajouté.

L'Iran tend la main aux autres pays

Quelques minutes après l'annonce de Donald Trump, les réactions ont commencé à affluer, notamment du côté de l'Iran.

À Téhéran, le président Hassan Rouhani a affirmé qu'il était possible, "à court terme", de négocier avec les autres signataires de l'accord, signalant toutefois que son pays pourrait recommencer à produire à plein régime de l'uranium enrichi d'ici quelques semaines.

"Si, à la fin de cette courte période, nous concluons que nous pouvons avoir ce que nous demandons dans l'entente, elle survivra", a-t-il affirmé en direct de la télévision d'État.

Son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, se rendra prochainement dans les pays qui restent engagés envers l'accord.

L'ancien président Barack Obama a dénoncé une "grave erreur" de son successeur.

Dans un long message publié sur sa page Facebook, M. Obama rappelle que l'objectif de l'accord n'était pas de "régler tous nos problèmes avec l'Iran".

"C'était clair à nos yeux que l'Iran avait un comportement déstabilisant - dont son appui au terrorisme et ses menaces à l'égard d'Israël et de ses voisins. Mais c'est précisément pourquoi il était si important d'empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire", a-t-il écrit.

Selon l'ex-président démocrate, sans cet accord avec l'Iran, les États-Unis pourraient se retrouver avec deux problèmes de taille: le régime iranien pourrait se procurer l'arme nucléaire, ou il pourrait y avoir une autre guerre au Moyen-Orient.

Son ancien secrétaire d'État John Kerry, qui, selon certains médias, travaillait en coulisses pour sauver l'accord, s'est désolé de cette décision "qui affaiblit et isole" les États-Unis.

"L'étendue des dommages dépendra de ce que l'Europe peut faire pour maintenir l'accord", a-t-il affirmé dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux.

L'Europe est déçue, Israël se réjouit

D'une seule voix, l'Europe a critiqué cette décision et s'est dite inquiète de ses répercussions.

"La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni regrettent la décision américaine de sortir de l'accord nucléaire iranien. Le régime international de lutte contre la prolifération nucléaire est en jeu", a déclaré le président français Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux.

Federica Mogherini, la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, a qualifié l'accord de "pilier" pour la sécurité mondiale et a appelé les signataires à continuer de le respecter.

"L'accord nucléaire est crucial pour la sécurité de la région, de l'Europe et du monde entier", a déclaré Mme Mogherini, qui avait contribué à la conclusion de l'entente.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'est dit lui aussi "profondément déçu" de la nouvelle.

"(L'accord) représente un progrès majeur pour la non-prolifération nucléaire, la diplomatie et a contribué à la paix et la sécurité régionale et internationale", a-t-il indiqué.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, qui militait fermement contre l'accord, a salué la décision de Donald Trump, qu'il a qualifiée "d'historique".

"Merci, président Trump, pour votre décision audacieuse et votre engagement pour empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires", a-t-il écrit sur Twitter.

Au Canada, avant l'annonce du président américain, le premier ministre Justin Trudeau disait espérer que les États-Unis restent dans l'accord.

M. Trudeau avait déclaré qu'il était "important d'empêcher l'Iran de développer des armes nucléaires", car cela met en péril "la stabilité non seulement de la région", mais également "de tout le monde".