POLITIQUE
05/05/2018 16:33 EDT | Actualisé 05/05/2018 16:33 EDT

Chrystia Freeland prend le pouls de la crise des réfugiés rohingyas

Elle s'est dite «profondément affectée» par la souffrance dont elle a été témoin.

AFP/Getty Images

En voyage au Bangladesh, la ministre canadienne des Affaires étrangères a établi un parallèle entre la crise des réfugiés rohingyas et les conditions ayant mené à certains des pires génocides de l'histoire.

En conférence téléphonique depuis Dacca samedi, Chrystia Freeland s'est dite à la fois «profondément affectée» par la souffrance dont elle a été témoin et «inspirée» par les efforts humanitaires déployés en soutien à cette minorité musulmane.

Selon Affaires mondiales Canada, quelque 711 000 Rohingyas ont trouvé refuge au Bangladesh en huit mois, après avoir fui la persécution dans l'État de Rakhine, au Myanmar. Ils ont fait grimper à près d'un million le nombre de réfugiés de leur communauté à proximité de la ville de Cox's Bazar.

«Le Bangladesh mérite toute notre gratitude et notre soutien», a estimé la ministre Freeland, qui a visité ces camps de réfugiés en compagnie de l'envoyé spécial du premier ministre au Myanmar, Bob Rae.

Samedi, elle s'est adressée au Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Organisation de la coopération islamique, la voix du monde musulman et la deuxième plus importante organisation intergouvernementale au monde.

Elle a alors fait appel à l'oeuvre «très appropriée» de la philosophe Hannah Arendt, qui avait elle-même fui l'Allemagne en raison de la montée du nazisme.

«Il y a un processus par lequel la majorité commence à priver une minorité des droits humains, comme la citoyenneté, a expliqué Mme Freeland. Après cette première étape, c'est dommage, mais nous avons déjà vu dans l'histoire humaine beaucoup d'exemples où ce processus a conduit à un nettoyage ethnique et à des crimes contre l'humanité.»

«Quand un État dit qu'il y a un groupe de gens qui ne sont pas des citoyens, ça devient plus facile de les persécuter», a résumé la ministre.

Elle a comparé la crise des réfugiés rohingyas, forcés de devenir apatrides, à l'Holocauste et au génocide des Tutsis, au Rwanda.

Mme Freeland soutient que les Rohingyas avec lesquels elle s'est entretenue demandent à ce que leurs tortionnaires soient tenus responsables de leurs actes, mais surtout, à pouvoir rentrer chez eux.

«Dans les camps où ils sont, au Bangladesh, on peut en fait voir de l'autre côté de la frontière, le Myanmar, leur maison», se désole Chrystia Freeland.

L'envoyé spécial du premier ministre, Bob Rae, avait dévoilé le mois dernier son rapport final sur la question, dans lequel il recommande de faire savoir que le Canada est prêt à accueillir des réfugiés rohingyas et de majorer l'aide au développement du Myanmar.

Chrystia Freeland a souligné que le gouvernement canadien avait déjà mis en oeuvre certaines des recommandations de M. Rae, notamment par le biais de son présent voyage. D'autres annonces à cet effet viendront «très bientôt», a-t-elle ajouté.

«Nous réalisons que le besoin est urgent.»

Depuis l'an dernier, Ottawa a déboursé près de 46 millions $ en réponse à cette crise. Bob Rae réclame pour sa part un plan de développement et d'aide humanitaire financé à la hauteur de 600 millions $ sur quatre ans.