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05/05/2018 16:57 EDT | Actualisé 07/05/2018 11:43 EDT

La reporter de guerre Anne Nivat lève le voile sur une Russie méconnue

Nous avons rencontré la journaliste alors qu'elle était de passage à Montréal les 3 et 4 mai dans le cadre du Forum St-Laurent sur la sécurité internationale.

La journaliste Anne Nivat
JOEL SAGET via Getty Images
La journaliste Anne Nivat

La journaliste indépendante française Anne Nivat lançait en mars dernier le livre et le documentaire Un continent derrière Poutine?, pour lesquels elle a sillonné l'immense territoire russe dans le but de comprendre la perception qu'a le peuple russe du président Poutine, au pouvoir depuis 17 ans.

Nous avons rencontré la reporter alors qu'elle était de passage à Montréal les 3 et 4 mai dans le cadre du Forum St-Laurent sur la sécurité internationale et qu'elle débattait à savoir si l'Occident était en train de perdre la guerre contre le terrorisme.

Un continent derrière Poutine?

Anne Nivat a planifié la sortie de son livre (paru aux Éditions du Seuil) et de son documentaire, deux projets sur lesquels elle a travaillé en même temps, pour qu'elle coïncide avec l'élection présidentielle russe, survenue le 18 mars dernier. Dans Un continent derrière Poutine?, la journaliste tente de montrer la Russie sous un angle relativement inédit à l'Occident, grâce à des entretiens qu'elle a eus avec des Russes aux parcours et aux mentalités différentes.

Ce qui me plaît, c'est d'entrer dans la vie des gens pour la raconter à d'autres gens, c'est d'être un intermédiaire.

Tout au long de Un continent derrière Poutine?, elle fait ainsi intervenir des gens qu'elle a rencontrés au cours de son temps passé en Russie. Olga, l'ex-mairesse d'un village dans lequel Nivat possède une maison, Artiom et Igor, un couple homosexuel de Saint-Pétersbourg et Anatoli, le patriarche d'une famille de dix enfants, prennent la parole pour livrer leur conception de la société russe et de son dirigeant.

«Ce qui me plaît, c'est d'entrer dans la vie des gens pour la raconter à d'autres gens, c'est d'être un intermédiaire», raconte l'auteure, qui plonge ses lecteurs dans l'intimité de ses personnages.

Une jeunesse marquée par la Russie

Anne Nivat a une vaste connaissance de la Russie et du peuple russe. Elle entre en contact avec le pays alors qu'elle est toute jeune.

«Je me sens quasiment Russe. J'ai appris le russe quand j'étais petite et mes parents étaient professeurs de littérature russe. Ils parlaient russe entre eux quand ils ne voulaient pas que mon frère et moi, on comprenne ce qu'ils disaient», raconte-t-elle.

Je me sens quasiment Russe.

«Ensuite, j'ai vécu 10 ans en Russie, de 25 ans à 35 ans, quand je débutais dans le journalisme. J'ai fait beaucoup de contacts à ce moment-là. 10 ans, ça marque beaucoup.»

La sécurité, un enjeu?

Même si le métier de reporter de guerre est dangereux, Anne Nivat n'a pas «peur» pour sa sécurité. «Anna Politkovskaïa [ndlr; une journaliste russe ayant notamment couvert le conflit tchétchène, qui dérangeait le pouvoir et qui a été assassinée devant son domicile en 2006] et moi, on était pareilles. Elle n'avait pas du tout peur et n'avait pas du tout l'impression qu'on allait la tuer, jusqu'à ce qu'on la tue. C'est très difficile pour un journaliste de se dire qu'il va s'arrêter parce qu'il pense qu'on va le tuer», explique-t-elle.

L'attentat survenu à Kaboul le 30 avril dernier qui a coûté la vie à 10 journalistes n'ébranle pas non plus son courage. «C'est la guerre», résume-t-elle, stoïque.

Tout m'affecte. Mais ma seule façon de réagir, c'est de continuer à travailler. Jamais je n'abandonnerai, ce n'est pas mon genre.

Mais la journaliste, qui a notamment oeuvré en Tchétchénie, en Irak, en Afghanistan et en Syrie n'est pas pour autant insensible à la violence qui taraude ces pays: «Tout m'affecte. Mais ma seule façon de réagir, c'est de continuer à travailler. Jamais je n'abandonnerai, ce n'est pas mon genre.»

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