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30/04/2018 20:58 EDT | Actualisé 01/05/2018 05:41 EDT

Révolution techno dans les mines: payant, sécuritaire... et écologique?

Simulation, réalité virtuelle, réalité augmentée. On est loin du travail à la pic et à la pelle.

Goldcorp
Une chargeuse à navette électrique de la mine Borden.

Commander des machines à distances, utiliser son téléphone cellulaire sous terre, former la main-d'œuvre sur simulateur... Il est bien terminé le temps où les mineurs travaillaient au pic et à la pelle. Les nouvelles technologies ont déjà transformé une panoplies d'opérations dans les mines canadiennes et elles poursuivront de le faire. La révolution est productive, payante et rend l'univers minier plus sécuritaire et sur certains points, plus écologique.

Depuis novembre dernier, au même titre que les futurs pilotes d'avion, les futurs mineurs du Centre de formation professionnelle (CFP) Val-d'Or apprennent à manipuler une chargeuse à navette sur un simulateur. À travers les galeries d'une mine d'or abitibienne, les aspirants mineurs peuvent faire avancer et reculer leur engin, amasser et décharger des tas de roches et même, s'entraîner à éteindre un feu qui prend dans leur moteur.

Le concept du CFP: emmener la mine dans la classe. Cette formule permet aux futurs travailleurs miniers d'acquérir plus de temps d'entraînement et un apprentissage plus sécuritaire. «Il y a un grand écart entre la formation théorique et la formation pratique, explique le directeur du CFP Val-d'Or, Jason Yergeau. Le fait d'utiliser le simulateur, va diminuer cet écart-là». Le simulateur enregistre également différentes données. «Par leurs analyses, on peut corriger certains comportements propres à chacun des utilisateurs», rajoute Jason Yergeau.

Bientôt, la mine sera littéralement «dans la classe», comme le souhaite le CFP. Avec la réalité virtuelle et la réalité augmentée, il suffira de se mettre un casque sur la tête pour «vivre», ni plus ni moins, l'ambiance d'une mine en opération. Ils pourront manipuler virtuellement des équipements, ou même s'entraîner à faire face à certains dangers dans leur milieu de travail. Des simulateurs d'autres machines feront également leur entrée au centre de formation, comme des foreuses et des boulonneuses.

Mines souterraines... à la surface?

La technologie ne s'arrête pas à la surface pour l'industrie minière. À la mine Laronde d'Agnico-Eagle, située à Preissac, entre Val-d'Or et Rouyn-Noranda, on a réalisé une première en Amérique du Nord. Depuis janvier, un réseau cellulaire LTE 4G est déployé sous terre.

Émélie Rivard-Boudeau
Sylvain Bernier, technicien en technologies d'opération, utilisant le réseau LTE 4G de la mine Borden.

Avec plus de 200 kilomètres de galeries qui serpentent jusqu'à plus de 3 kilomètres de profondeur, les émetteurs-récepteurs radio ne suffisaient plus à établir une communication efficace sous terre et avec la surface. «Présentement, nous avons une couverture de 50 % à 75 % dans nos galeries souterraines», explique le surintendant au département de maintenance sous terre à la mine Laronde, Sébastien Laflamme.

Jusqu'à 210 mètres sous terre, il est donc désormais possible pour une quarantaine de mineurs d'appeler, d'envoyer et de recevoir des courriels et messages textes, ainsi que d'entretenir une conversation vidéo impeccable. Le réseau est présentement en installation beaucoup plus profondément. «Notre objectif, en 2018, est de couvrir du niveau 272 (2720 mètres) jusqu'au environ du niveau 305 (3050 mètres)», précise Sébastien Laflamme.

Le défi de notre opération est que le temps de travail sous terre est en constante diminution. Notre gisement est de plus en plus loin de notre puits.Christian Goulet, mine Laronde

Le réseau LTE 4G permettra aussi de recueillir des données sur les équipements. Connaître le nombre de kilomètres parcourus, leur localisation, leur niveau de carburant, l'usure des freins facilitera leur entretien. Par souci de sécurité, mais surtout d'économie et de productivité, opérer de la machinerie à distance, sous terre ou de la surface, fait aussi partie des objectifs. «Le défi de notre opération est que le temps de travail sous terre est en constante diminution, fait remarquer le surintendant général des opérations à la mine Laronde, Christian Goulet. Notre gisement est de plus en plus loin de notre puits et par quart de travail, on profite seulement de 50% de temps effectif».

Mines plus écologiques?

Avec sa mauvaise presse en matière d'environnement, les minières doivent se doter d'outils pour montrer pattes blanches aux gouvernements et à la population, particulièrement en matière d'environnement.

En Ontario, la compagnie Goldcorp fait le pari de construire la première mine d'or souterraine complètement électrique. La mine Borden, située à 25 km de la petite ville forestière de Chapleau, est maintenant à un stade avancé d'exploration et envisage entamer sa production commerciale autour de 2019. «Chapleau est une nouvelle ville minière. L'environnement n'a pas beaucoup été touché, c'est près d'un lac et de plusieurs communautés autochtone», explique son directeur général, Marc Lauzier.

Goldcorp
Vue aérienne de la mine Borden

Les foreuses, les boulonneuses et plusieurs équipement fonctionnent à batteries. Les chargeuses à navette sont branchées au mur, reliées à un câble qui se roule et se déroule selon leurs déplacements. «Ce qui nous manque, ce sont les camions, souligne Marc Lauzier. On est en train de travailler pour se doter d'un camion qui va être entièrement électrique. C'est notre prochain défi. La rampe est inclinée à 17% et il faut être capable de la monter, avec un camion de 40 tonnes, pendant 7 kilomètres».

On est en train de travailler pour se doter d'un camion qui va être entièrement électrique. C'est notre prochain défi.Marc Lauzier, mine Borden

Marc Lauzier considère qu'il est incontournable de prendre une telle direction. L'électrification de la mine Borden suscite d'ailleurs beaucoup d'intérêt dans l'industrie, car chez lui, les résultats sont déjà concluants sur plusieurs points. Sondés par leur employeur après six mois d'utilisation de la machinerie électrique, une très grande majorité des travailleurs affirmaient se sentir beaucoup mieux après un quart un travail : moins de fatigue, meilleure respiration, moins de chaleur et moins de bruit.

Dans les bureaux, les calculs s'avèrent aussi prometteurs. «L'énergie électrique est plus puissante que le diesel. Plus puissant veut dire plus de productivité et ça demande aussi moins de maintenance», fait valoir Marc Lauzier. Le directeur général admet néanmoins que les travailleurs doivent être formés pour s'adapter aux nouvelles machines. À l'achat, l'équipement est aussi plus cher, mais une économie substantielle se récupère par la suite en ayant besoin de beaucoup moins de ventilation.

La techno ne règle pas tout

La transformation technologique dans l'univers minier apporte néanmoins son lot d'inquiétudes. En 2016, une étude de l'Institut international du développement durable (IISD) et le Centre en investissement durable de l'Université Columbia, intitulé «L'exploitation minière, un mirage?» rapportait que l'automatisation engendrerait d'importantes pertes d'emplois dans l'industrie minière. «On n'en est pas là, estime le surintendant général des opérations à la mine Laronde, Christian Goulet. On veut conserver nos opérateurs, mais les mettre dans des conditions qui vont être meilleures pour eux, les mettre dans des salles d'opération, par exemple. Avec les données qu'on va recueillir, il va aussi nous falloir des gens pour les analyser, donc ça va créer de nouveaux types d'emplois ».

L'électrification n'impressionne pas non plus tous les environnementalistes et militants. L'effort est salué, mais on considère que l'émission de gaz à effets de serre n'est pas l'aspect le plus polluant des mines, mais plutôt ses parcs à résidus. L'efficacité des nouvelles technologies permet aussi d'exploiter les gisements plus rapidement, ce qui peut réduire la durée de vie des mines.

De son côté, l'industrie a davantage l'espoir que ses méthodes de travail lui permette d'exploiter des gisements qui ne valaient pas la peine d'exploiter au pic, à la pelle, aux anciennes foreuses ou au bon vieux diesel...