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30/04/2018 21:20 EDT | Actualisé 02/05/2018 09:48 EDT

Les robots à la rescousse des fermiers du Québec

Quand les vaches font la file pour se faire traire par un robot...

Chez Pascal Thuot, producteur de lait à la ferme Mycalin de Saint-Alexis-de-Montcalm, les vaches se promènent librement dans un énorme parc intérieur. Fini le temps des chaînes et des enclos. La traite se fait seule, sans présence humaine. Lorsque les vaches sentent le besoin de vider leurs pis pleins de lait, elles font la file devant un des robots de traite de la ferme. Une fois le bovin entré dans un petit enclos, l'ordinateur central le reconnaît grâce à une puce électronique attachée à son collier. Le robot sait donc si la vache a déjà été tirée quelques heures plus tôt.

C'est en 2014 que M. Thuot a décidé de moderniser sa ferme. Il a construit une étable à stabulation libre (gestion des bovins à l'intérieur d'un parc) munie de deux robots de traite. Cet investissement de plus de 1,5 million $, qu'il a financé seul, récolte le lait de ses 110 vaches.

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Au besoin, les vaches se présentent au robot de traite.

«Depuis 2010, la tendance a explosé. On parle d'en moyenne 150 fermes par année qui passent au robot de traite», affirme Gervais Bisson, expert en production laitière et en robot de traite au centre d'expertise en production laitière Valacta.

En 2016, les producteurs de lait du Québec ont investi 523 millions $ en bâtiments et machineries, selon une enquête sur les coûts de production menée par les Producteurs de lait du Québec.

Attirer la main-d'œuvre par les nouvelles technologies

En plus de ses deux robots de traite, la ferme Mycalin est dotée de quatre autres appareils robotisés. Deux systèmes d'alimentation, un engin qui pousse l'ensilage dans l'allée centrale afin que les vaches ne manquent jamais de quoi manger, ainsi qu'une «louve à veau» qui leur fournit le lait, allègent les tâches physiques du producteur.

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La «louve à veaux», un système automatisé d'alimentation

L'histoire de l'agriculture est aussi une histoire de familles. Les fermes se passent de génération en génération. Par contre, depuis quelques décennies, les familles agricoles ont moins d'enfants, note Robert Ouellet, coordonnateur à l'emploi à Agricarrières. Et ces derniers décident souvent de prendre un autre chemin que l'agronomie. Il faut donc attirer des gens qui vivent hors des milieux ruraux pour travailler sur les fermes. Les nouvelles technologies constituent l'un des facteurs qui attisent l'intérêt des jeunes envers le monde agricole.

Ça donne une qualité de vie à mes employés. Ils ont des horaires plus flexibles qu'avant.Pascal Thuot, agriculteur

Une autre façon d'attirer des employés est d'offrir des horaires de travail réguliers. Avant l'arrivée des systèmes de traite robotisée, les producteurs devaient traire matin et soir leurs animaux à l'aide de trayeuses. Cette corvée est maintenant effectuée par les robots. «Ça donne une qualité de vie à mes employés. Ils ont des horaires plus flexibles qu'avant. Ce sont des horaires comme tout le monde de huit heures le matin à cinq heures le soir. On s'occupe donc plus des animaux plutôt que de faire une tâche routinière qui est toujours pareille. J'ai maintenant des gens qui me donnent leur nom pour venir travailler ici, contrairement à avant», constate Pascal Thuot.

La gestion de la ferme transformée

L'arrivée des systèmes de traite robotisée ne transforme pas uniquement le secteur de l'emploi dans le domaine laitier, mais la gestion entière de la ferme. Avant, le producteur devait noter lui même les évènements de santé de l'animal et faire le suivi de la vache au quotidien. Aujourd'hui, le robot de traite comptabilise des données, comme la quantité de lait produite, la température, la rumination, le poids et la santé mamelle de l'animal. Il transmet ces informations en direct sur le téléphone intelligent du fermier. Le travail physique a diminué tandis que les tâches d'analyse et de gestion d'entreprise ont augmenté.

Ces données permettent aux fermiers d'intervenir plus tôt si un problème de santé survient.Gervais Bisson, expert en production laitière, Valacta

«Ces informations donnent au producteur une longueur d'avance sur la santé du troupeau comparativement aux installations par trayeuse. Ces données permettent aux fermiers d'intervenir plus tôt si un problème de santé survient. Ça a comme conséquence de bonifier la santé de l'animal, de réduire les frais de vétérinaires et de faciliter la reproduction», explique Gervais Bisson.

L'ajout de robots de traite permet également aux producteurs de passer de deux à trois traites par jour, ce qui a comme conséquence d'augmenter la production de lait chez l'animal. Depuis la construction de sa nouvelle étable et l'installation de systèmes de traite robotisée, le troupeau de Pascal Thuot a bonifié sa production de lait d'environ 50 %. «Les traites que l'on faisait en vaches attachées pouvaient prendre six heures par jour. Les six heures que je ne passe pas là, je les prends à la gestion de mon troupeau et au soin de mes animaux. Les vaches me le redonnent tout de suite», note le fermier.

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Pascal Thuot, propriétaire de la ferme Mycalin

Un coup de pouce pour la relève

Le système de traite robotisée est une solution pour les fermiers plus âgés qui souhaitent travailler malgré quelques problèmes de santé aux genoux, aux dos ou aux épaules. Pour les producteurs plus jeunes, l'option d'installer un système de robot les encourage à racheter la ferme familiale, constate Gervais Bisson. Ils ont vu leurs parents travailler dur et ne veulent pas œuvrer dans un secteur qui demande de nombreuses heures d'ouvrage physique.

De son côté, le fils de Pascal Thuot compte reprendre l'entreprise grâce aux améliorations apportées par son père en 2014. «C'est certain que les jeunes sont habitués à l'informatique, fait remarquer M. Thuot. Ils veulent aussi avoir une qualité de vie, comme leurs semblables de leur âge. On était prêt à travailler fort, parce qu'on aimait ça et que c'était comme ça dans le temps. J'ai travaillé moins que mes parents et mon enfant va travailler différemment de moi. Ça va aider beaucoup à passer l'entreprise à la prochaine génération. Ça l'a intéressé tout de suite.»

Une forte demande... chez les installateurs

L'engouement des producteurs de lait du Québec à la modernisation des fermes entraîne également une pénurie de main-d'œuvre pour les compagnies d'installation, d'entretien et de réparation de systèmes de traite robotisée. Le travail requiert à la fois des connaissances en plomberie, en mécanique, en électricité et en informatique, en plus de posséder une bonne forme physique. Les gens qualifiés manquent selon Dominique Jatton, responsable chez Technico-Lait Coaticook, un concessionnaire d'équipements laitiers.

Les entreprises qui vendent les systèmes de traite robotisée ont les mêmes contraintes d'emploi que les fermiers, puisque les réparateurs de robot sont sur appel 24 h sur 24 h. Il est difficile d'employer des gens avec des horaires de travail si atypiques. De plus, les concessionnaires d'équipements laitiers et les producteurs de lait se battent pour le même petit bastion d'ouvriers. «Les employés de ferme sont capables de faire le travail de chez nous avec un peu de formation. Présentement, tout le monde construit, tout le monde fait des projets. Nous et les fermes avons tous besoin de la même main-d'œuvre. Ça crée une pénurie. On se fait compétition. Ça monte la barre pour les employeurs. Il faut payer plus cher et offrir de meilleures conditions», relate Dominique Jatton.