POLITIQUE
30/04/2018 19:37 EDT | Actualisé 30/04/2018 20:02 EDT

La Fédération des femmes du Québec tentera d’«éclaircir» sa position sur la prostitution

Une récente prise de position a semé l’insatisfaction parmi les membres.

LA PRESSE CANADIENNE
La nouvelle présidente de la FFQ, Gabrielle Bouchard, a perdu plus du tiers de son C.A. depuis son entrée en poste en novembre dernier.

Une récente prise de position de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) sur la prostitution a semé l'insatisfaction parmi les membres. La prochaine assemblée générale à la fin mai sera l'occasion pour les membres de faire le point sur la position «ambiguë» du groupe.

Le HuffPost Québec a obtenu une copie d'une lettre écrite par les membres du comité «Féminisme, démocratie, citoyenneté et prise de parole» de la FFQ qui dénonce le «non-respect» de la position officielle de leur Fédération dans le dossier d'un changement de zonage à Laval qui a eu un impact sur plusieurs salons de massage érotique.

Le 30 janvier dernier, la présidente de la FFQ Gabrielle Bouchard et son conseil d'administration ont envoyé une lettre au maire lavallois, Marc Demers, pour le fustiger à ce sujet. Elles dénoncent le fait que la Ville de Laval ait «échoué» à garantir la sécurité de «toutes les femmes qui y vivent ou y travaillent légalement».

Ce n'était pas une prise de position pour le travail du sexe, c'était une prise de position pour des femmes qui nous demandaient de l'aide.Gabrielle Bouchard, présidente de la FFQ

Dans une réplique interne en date du 5 mars, les membres du comité de la FFQ prétend que la lettre envoyée à M. Demers est «clairement écrite» de façon à défendre le travail du sexe ou la prostitution.

«En ne faisant référence qu'au travail sans y inclure le mot prostitution, les membres du conseil d'administration n'ont pas respectées (sic) la règle que la Fédération s'est fixée pour ses interventions publiques sur cette délicate question», peut-on y lire.

Parmi les signataires, on retrouve Mercédez Roberge et Samira Laouni, deux militantes de longue date qui étaient jusqu'à tout récemment membres du conseil d'administration de la FFQ. Les deux femmes ont refusé nos demandes d'entrevue à ce sujet.

Ni pour, ni contre

Officiellement, la FFQ ne prend pas position pour ou contre la prostitution ou le travail du sexe, de façon à représenter les «prohibitionnistes» - qui veulent son interdiction – et celles qui souhaitent que ce soit un travail comme un autre.

En entrevue, Mme Bouchard dit qu'elle refuse de laisser tomber les femmes qui travaillent dans les salons de massage érotique, malgré la «position ambivalente» de la FFQ sur la question.

«Ce n'était pas une prise de position pour le travail du sexe, c'était une prise de position pour des femmes qui nous demandaient de l'aide, dit-elle. On aurait fait la même chose pour toutes les femmes qui nous demandent de prendre position contre une discrimination à laquelle elles font face.»

LA PRESSE CANADIENNE
Le maire de Laval, Marc Demers, a relégué les établissements à caractère érotique dans une zone industrielle restreinte.

À son avis, la Ville de Laval aurait dû parler aux principales intéressées avant d'imposer un tel changement de zonage. Elle pense que ce règlement aura pour effet d'ostraciser des femmes qui sont déjà marginalisées dans la société.

Mme Bouchard admet néanmoins que la position de la FFQ est «ambiguë» et que son application fera sans doute l'objet d'un débat lors de l'assemblée générale prévue les 26 et 27 mai prochain à Montréal. Mais il n'est pas question, précise-t-elle, de changer la position officielle de la FFQ.

«Ce que ce moment-là a souligné, c'est que c'est important de faire les différences entre des positions philosophiques et des besoins d'intervention et d'action dans le quotidien des femmes, explique-t-elle. La FFQ a une position où on soutient les deux, mais on va éclaircir comment ça se passe dans le quotidien.»


Multiples démissions au C.A.

Selon nos informations, six membres du conseil d'administration – Mercédez Roberge, Samira Laouni, Valérie Gilker-Létourneau, Louise Lafortune, Julie Châteauvert et Sylvie St-Amand – ont quitté depuis le mois de février. En temps normal, le C.A. est composé de 16 membres, incluant la présidente.

Les démissionnaires que le HuffPost pu rejoindre, dans les derniers jours, n'ont pas voulu expliquer pourquoi elles ont choisi de quitter leur poste.

Mme Bouchard, qui est arrivée en poste au mois de novembre, n'y voit pas une contestation de son leadership. «On parlerait d'une crise si on était dans un moment qui nous empêchait de fonctionner, si on avait perdu nos repères, si on était paralysées dans ce qu'on avait à faire. On est très, très loin de là.»

La présidente est d'avis que la lettre envoyée à l'administration du maire Demers sur les salons de massage n'a pas plu à certaines. D'autres démissionnaires, à son avis, n'étaient «pas à l'aise» avec le concept «d'intersectionnalité» - qui désigne plusieurs formes de discrimination (raciale, sexuelle, etc.) – mis de l'avant par la FFQ depuis quelques années.