POLITIQUE
30/04/2018 13:08 EDT | Actualisé 01/05/2018 14:33 EDT

Les sept dissidents ne retourneront pas au Bloc québécois

«Est-ce qu'il y a un être humain normalement censé qui retournerait dans des conditions comme celles-là?», a déclaré le député Michel Boudrias.

Les sept députés dissidents rejettent la main tendue par la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet. Ils annonceront mardi qu'ils coupent définitivement les ponts avec le parti qui les a fait élire en 2015, selon ce qu'a appris La Presse canadienne. Ils n'excluent pas de fonder un nouveau parti politique.

"Hier, je pense qu'on a subi un procès sur la place publique d'accusations, de tirs nourris pour ensuite se faire tendre la main pour un retour", a dénoncé lundi le député Michel Boudrias, visiblement piqué au vif par les attaques lancées par Mme Ouellet lors du conseil général du parti dimanche.

"Est-ce qu'il y a un être humain normalement censé qui retournerait dans des conditions comme celles-là? Je pense que personne dans les dissidents dont je fais partie ne souffre du syndrome de Stockholm."

La Presse canadienne/Mario Beauregard
Photo d'archives de Michel Boudrias.

Martine Ouellet les avait accusés dimanche d'avoir alimenté des "fake news" à son sujet et d'être "en rupture avec la démocratie interne" du parti, écorchant l'ex-chef bloquiste, Gilles Duceppe, au passage.

"Ces sept démissionnaires-là, ce qu'ils nous ont fait, ils nous ont fait tomber actuellement et nous ont fait mettre du temps sur de la régie interne plutôt que de mettre du temps à faire avancer et à faire rayonner le Bloc québécois", avait-elle dénoncé, déclenchant une salve d'applaudissements.

Malgré ces propos vindicatifs, elle les avait ensuite invités à réintégrer le Bloc québécois dans son discours de clôture. Elle leur a à nouveau tendu la main lors de son passage au parlement lundi.

"Les démissionnaires ont été élus avec la bannière du Bloc québécois, avec le programme qui a été décidé en 2014, donc moi je souhaite qu'ils respectent la démocratie interne et qu'ils se rallient pour qu'on puisse travailler ensemble pour l'avenir du Bloc québécois, l'avenir de l'indépendance du Québec", a-t-elle déclaré aux journalistes.

Mais il était déjà trop tard. Les sept députés, qui forment maintenant le Groupe parlementaire québécois à la Chambre des communes, avaient déjà parlé à Gilles Duceppe dimanche soir pour lui exposer leur décision.

"À la suite du conseil (général) et avec la déchirure qu'il y a là, je leur ai dit que je les comprenais", a-t-il révélé en entrevue.

Il note toutefois que les options qui se présentent à eux demeurent limitées.

"De deux choses l'une, ou bien ils ne se représentent pas ou bien ils décident de demeurer (députés) et de présenter une nouvelle offre (politique), a-t-il dit. On verra ce qu'ils vont faire, mais il n'en sont pas arrivés là à ce que j'en sais actuellement."

Quel avenir pour Mario Beaulieu?

Mme Ouellet a également indiqué qu'elle souhaitait que Mario Beaulieu poursuive son travail de député et de président du parti. Celui-ci a affirmé publiquement dimanche que la chef n'avait plus sa confiance, lui qui était autrefois l'un de ses plus fidèles alliés.

"Mario, c'est un ami, a-t-elle dit. Je souhaite qu'il reste avec nous, qu'il se rallie à la décision du conseil général et qu'on puisse continuer à travailler ensemble."

Mme Ouellet a indiqué avoir eu des échanges par textos avec M. Beaulieu lundi et qu'elle espérait lui parler de vive voix. L'aile jeunesse bloquiste tente également de le retenir. Celui-ci est en réflexion depuis le conseil général et pourrait décider de quitter le parti pour lequel il a milité durant des années.

Sa tentative de devancer de deux semaines la tenue d'un vote de confiance envers la chef, avec l'appui d'une quarantaine d'associations de circonscription, a échoué. Certaines de ces associations ont changé de camp durant la journée pour appuyer la démarche référendaire sur la mission du parti, assortie d'un vote de confiance les 1er et 2 juin, qui a été proposée par Martine Ouellet et le bureau national. Les votes tenus à huis clos ont été remportés par une poignée de voix, selon des observateurs présents dans la salle.

La vice-présidente du Bloc, Kédina Fleury-Samson, a d'ailleurs confirmé lundi qu'elle quittait son poste.

Le Bloc québécois est donc sorti encore plus divisé dimanche de ce conseil général qui devait lui permettre d'identifier une sortie de crise.

"On va frapper un mur et on s'en va à grande vitesse dedans!", s'est exclamée la présidente de l'association de la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, Élise Gauthier, en entrevue. Elle craint que le parti ne s'éteigne à petit feu.

Mme Gauthier avait demandé la démission de Martine Ouellet en mars parce qu'elle nuisait, selon elle, aux chances de faire élire le Bloc québécois pour l'élection partielle à venir dans Chicoutimi-Le Fjord.

Elle veut cette fois tenter de mobiliser les membres pour que la chef perde son vote de confiance en juin. "On va s'y prendre autrement, a-t-elle dit. On va miser sur ce qui compte pour elle et ce qui compte pour elle, c'est effectivement d'avoir 50 pour cent + 1, alors on va s'organiser en conséquence."

L'association de comté ne présentera pas de candidat avant de connaître le résultat du vote de confiance.

Le Bloc québécois est plongé dans la tourmente depuis que sept de ses dix députés ont claqué la porte en février. Il s'agit de Gabriel Ste-Marie, Luc Thériault, Monique Pauzé, Michel Boudrias, Rhéal Fortin, Simon Marcil et Louis Plamondon.