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28/04/2018 08:20 EDT | Actualisé 28/04/2018 08:22 EDT

Des vies fauchées au travail, mais jamais oubliées

«Ce n'est pas normal que mon mari soit mort au travail.» - Marie-Claude Lévesque

Courtoisie
Le matelot Normand Gravel, 57 ans, et son petit fils Éthan 9 mois.

Le 28 avril, jour commémoratif des personnes décédées ou blessées au travail, est une journée sombre pour Marie-Claude Lévesque qui a perdu son mari, il y a 3 ans, laissant dans le deuil ses 6 enfants et ses 3 petits-enfants.

«Ce n'est pas normal que mon mari soit mort au travail», a-t-elle lancé la gorge nouée par l'émotion.

Marie-Claude Lévesque se souvient du 15 septembre 2015 comme si c'était hier. «Je me souviens de la température de cette journée. Mon mari s'est levé à 5h, comme tous les matins. Ce matin-là, je me suis levée en même temps pour prendre un café avec lui. Il est parti, mais pas avant de m'avoir serrée dans ses bras et de m'avoir embrassée. Jamais j'aurais pensé que c'était la dernière fois de ma vie que je le voyais», ajoute-t-elle la voix tremblotante.

Son mari, Marc, lui exprimera par message texte toute son amour vers 6h30: «Bonne journée! N'oublie pas que tu es la femme de ma vie.»

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Marc Saint-Arneault et Marie-Claude Lévesque étaient mariés depuis 23 ans.

Le drame surviendra quelques heures plus tard sur l'heure du diner. L'homme de 50 ans au volant de son camion à ordures a heurté le terre-plein lors d'un changement de voie sur le boulevard Gene-H-Kruger à Trois-Rivières. Le véhicule a basculé pour ensuite retomber sur ses roues. Le conducteur, qui devait conduire debout ce style de camion, ne portait pas sa ceinture de sécurité. L'impact s'est produit à une vitesse de 35 km/h. Le conducteur a été ejecté alors que le camion a poursuivi sa route traversant quatre voies, écrasant au passage le conducteur qui s'était retrouvé sous les roues de son véhicule. Marc St-Arneault est mort sur le coup.

«Je n'ai plus jamais revu mon mari. La police a refusé que je l'identifie et il a été incinéré rapidement tellement son corps était en morceaux.»

Le femme de 44 ans ne cache pas que sa souffrance est toujours bien présente. «C'est avec lui que j'ai eu mon premier logement, ma première maison, mes enfants. C'était mon mari depuis 23 ans.»

Après un long silence, elle ajoute: «Aujourd'hui, je tente de continuer ma vie sans lui, mais c'est extrêmement difficile».

«Je pleure chaque jour»

Le 28 avril est aussi un jour de deuil national pour Catherine Gravel, dont le père est décédé après avoir été happé par un automobiliste de 77 ans qui a défoncé une barrière en embarquant en sens inverse sur le traversier reliant Sorel-Tracy à Saint-Ignace-de-Loyola, le 11 janvier dernier. Normand Gravel était matelot à la Société des traversiers du Québec depuis une dizaine d'années.

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«Cette journée du 28 avril est une façon de rendre hommage à ces personnes qui nous ont quitté tragiquement. Ça nous permet de prendre un instant dans cette vie de fou pour s'arrêter et réaliser la chance qu'on a d'être encore en vie», a livré celle qui réservera une minute de silence en ce 28 avril.

La jeune mère de famille admet pleurer le départ de son père chaque jour. «J'ai un fils de 9 mois et chaque fois que je pose les yeux sur lui, je vois mon père à travers lui en me disant avec tristesse qu'il ne le verra jamais grandir.»

Par ailleurs, la femme de 29 ans mentionne que le pardon risque d'être difficile. «L'enquête se poursuit. [Le septuagénaire est accusé de conduite dangereuse ayant causé la mort et de conduite avec les facultés affaiblies ayant causé la mort, N.D.L.R.]. Si les résultats s'avèrent qu'il est coupable, le pardon sera long. Au contraire, si la preuve démontre qu'il était apte à conduire sans alcool ni médicament, peut-être qu'un jour je pourrai pardonner.»

«Une journée qui me parle énormément»

Sylvie Boivin, elle, a perdu son père dans un accident travail en 1992. «Même si ça fait 26 ans, on oublie pas. Je n'avais que 24 ans lorsqu'il est décédé à l'âge de 48 ans. Mes deux enfants n'ont jamais connu leur grand-père.»

«Le 28 avril, jour de deuil, et le 7 août, jour de la mort de mon père, sont deux journées importantes dans ma vie qui me parle énormément», a-t-elle raconté en précisant que l'usine de silicium à Chicoutimi où travaillait son père avait explosée faisant un seul mort, son père.

236 accidents de travail chaque jour au Québec

La Commission des normes, de l'équité,de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a dévoilé les plus récentes données. Un bilan sombre avec 62 personnes qui sont décédées dans un accident de travail en 2017.

Malgré qu'elles soient moins frappantes que les accidents de travail, les maladies professionnelles ont tué 168 personnes, l'an passé.

Le nombre total de décès reliés au travail a donc été de 230 en 2017.

Toujours en 2017, plus de 86 223 personnes ont subi un accident du travail, ce qui représente 236 accidents par jour.

La CNESST se dit consciente que ces accidents ont de nombreuses conséquences, non seulement pour le travailleur lui-même, mais aussi pour tout son entourage: parents, conjoints, enfants, amis, collègues et employeurs.

«Parce que chaque accident est un accident de trop, j'invite les Québécois le 28 avril, tout spécialement, mais aussi chaque jour de l'année, à appuyer la cause de la santé et sécurité du travail. Ensemble engageons-nous à faire de la prévention une priorité», a écrit dans un communiqué la présidente de la CNESST, Manuelle Oudar.

Notons que c'est en 2010 que l'Assemblée nationale du Québec a décrété le 28 avril jour commémoratif des personnes décédées ou blessées au travail.

Nombre d'accidents de travail mortels au Québec

2013 : 63
2014 : 57
2015 : 69
2016 : 80
2017 : 62

Nombre de morts liées à des maladies professionnelles au Québec

2013 : 121
2014 : 107
2015 : 127
2016 : 137
2017 : 168

Source: CNESST