BIEN-ÊTRE
27/04/2018 13:35 EDT | Actualisé 27/04/2018 13:36 EDT

Des couples s'ouvrent sur leurs vies sans sexe

«De tous les deux jours, nous sommes passés à des rapports sexuels une fois aux huit mois.»

BraunS via Getty Images

Les mariages sans sexe s'accompagnent souvent d'un sentiment de honte et de nombreux non-dits, mais plusieurs couples de longue date vont dans les faits passer à travers une période au cours de laquelle ils sont moins actifs sexuellement à un moment donné de leur relation.

Shannon Chavez, une psychologue et sexologue de Bervely Hills, a déclaré au HuffPost qu'il arrivait «plus souvent qu'autrement» que des couples connaissent une période d'abstinence.

«Les couples parlent rarement de ces changements », souligne-t-elle. «Nous devons être ouverts à propos des évolutions du désir sexuel afin de les normaliser et que les périodes de disettes sexuelles ne soient plus taboues.»

Plusieurs facteurs peuvent affecter la libido d'une personne: le stress, certains médicaments, le fait d'avoir des enfants et les ennuis de santé, par exemple. Il existe également des couples dans lesquels les deux partenaires sont tout à fait heureux, malgré une activité sexuelle limitée ou inexistante. Mais pour les personnes qui valorisent l'intimité physique, le sentiment de rejet et de solitude qui accompagne souvent une relation sans sexe peut être douloureux.

«Ne pas avoir de relations sexuelles peut être pénible, vous faire sentir déconnecté de votre partenaire et en manque d'affection», a déclaré Chavez au HuffPost. «Le sexe est important pour la santé et le bien-être.»

«Nous devons être ouverts à propos des évolutions du désir sexuel afin de les normaliser et que les périodes de disettes sexuelles ne soient plus taboues.» Shannon Chavez, psychologue et sexologue

Nous avons demandé à des couples qui ont vécu des périodes sans sexe de s'ouvrir sur ce qui avait causé cette déconnexion, sur la façon dont ils avaient vécu cette période et sur comment ils avaient réglé ce problème. Voici ce qu'ils avaient à dire.

Note: Les réponses ont été légèrement adaptées et condensées à des fins de clarté. Les noms de famille de certaines personnes ont été retirés afin de protéger leur vie privée.

Neil, 47 ans, marié durant 15 ans

C'est après une grossesse difficile qui a nécessité une césarienne que notre vie sexuelle a piqué du nez. Notre bébé faisait beaucoup de coliques, ma femme ne se sentait pas sexy, nous étions tous les deux épuisés puisque nous travaillions à temps plein. Le sexe était la dernière chose qui lui traversait l'esprit. Mais j'y pensais quand même.

Nous avons ignoré trop longtemps cette situation en évitant d'en parler. Il m'arrivait d'essayer d'initier des relations sexuelles, mais sans succès. Je lui reprochais notre manque d'activité sexuelle. Je l'ignorais quand je me sentais ignoré. Lorsque nous nous prévoyions des soirées en amoureux, la pression de performer l'anéantissait. La situation a ainsi continué pendant plusieurs années. Lorsque nous essayions d'en parler, elle ne disait pas grand chose ou bien se taisait. Elle admettait qu'il y avait un manque d'intimité dans notre couple et qu'elle en était probablement la raison. Elle a consulté son docteur, pensant qu'il y avait peut-être une explication physique.

La situation demeura inchangée et continua quelques années. Une nuit, alors que je m'essayais une fois de plus, en vain, je décidai que j'en avais assez. Je lui ai dit que je ne pouvais plus dormir dans le même lit que quelqu'un qui me rejetait et nous nous sommes une fois de plus disputés. Nous avons essayé de régler notre problème, mais ça n'a pas fonctionné.

Une amie de ma femme mariée depuis quelques années nous a suggéré d'essayer de planifier nos relations sexuelles. Lorsqu'elle m'a proposé cette solution, j'ai refusé. Il n'y avait rien de sensuel à cette proposition; les relations sexuelles se doivent d'être spontanées. Mais le problème était que rien n'arrivait. À contrecœur, j'ai donc décidé d'essayer. Nous avons choisi une nuit.Les choses se sont déroulées différemment cette soirée. Ma femme semblait être en forme et de bonne humeur. Cela a piqué ma curiosité et nous avons eu une soirée agréable. Nous avons couché les enfants et nous sommes allés dans notre chambre. Il y avait une certaine anticipation.

Nous nous sommes embrassés, avons commencé à parler, puis ça a commencé à devenir plus physique. C'était le genre de sexe auquel je m'attendais et nous avons tous les deux particulièrement apprécié. Après coup, nous avons discuté d'à quel point ce moment avait été agréable et avons convenu que nous devrions planifier d'autres séances du genre. Le soir suivant, nous nous sommes essayés à nouveau, mais avons été interrompus par notre enfant. Le moment était passé. Je commençai à devenir frustré. C'était généralement le moment où elle revenait, se retournait et que nous commencions à nous ignorer mutuellement.

Mais cette fois, alors qu'elle revenait, elle me dit: «Je voulais vraiment essayer ce soir et j'en avais envie avant d'être interrompue. Ça m'ennuie, mais maintenant, je suis fatiguée. On pourrait réessayer demain? Ou cette fin de semaine?»

C'était exactement ce que j'avais besoin d'entendre. Nous nous sommes enlacés et, quelques jours plus tard, elle a tenu parole. Nous avons convenu qu'il s'agissait d'un bon départ. Nous appréciions vraiment la façon dont nous communiquions. Pendant plusieurs semaines, nous avons établi une bonne routine. Un soir, elle décida qu'elle n'en avait pas vraiment envie. J'étais prêt, mais elle ne l'était pas. Habituellement, une situation du genre m'aurait causé de la frustration, mais nous étions maintenant aptes à communiquer. J'avais deux choix: accepter qu'elle n'en ait pas envie, ou continuer à lui mettre de la pression, ce qui aurait eu pour conséquence... du mauvais sexe. Elle n'en aurait pas envie. J'ai décidé de juste la câliner afin de lui montrer que je pouvais accepter son refus, mais je lui ai rappelé que j'avais encore envie d'elle. «Je sais, je serai prête dans quelques jours. J'en ai envie. Mais pas ce soir», m'a-t-elle répondu. C'était la meilleure chose qu'elle pouvait me dire à ce moment précis. Elle ne me rejetait pas. Elle me demandait seulement d'attendre. J'avais appris qu'attendre qu'elle soit prête menait généralement à du sexe de meilleure qualité.

Pendant des mois, nous avons continué cette méthode. Elle nous empêchait de nous disputer. Je réalisais que je m'y habituais et qu'elle avait retrouvé le désir. L'anticipation est parfois palpable, des fois forcée. Il nous est arrivé à tous deux d'annuler des séances pour une raison ou une autre, mais toute cette histoire a transformé notre perception du sexe. -Neil

Susan, 56, mariée depuis 25 ans

Comme on m'a inculqué dès mon plus jeune âge des valeurs féministes, j'ai de la difficulté à admettre, et encore plus à accepter, qu'un homme s'occupe de moi. C'est un peu paradoxal puisque c'est mon mari qui gère les finances familiales. Nous étions mariés depuis 11 ans lorsque, au beau milieu d'une crise financière de trois ans, je lui ai dis que je n'étais pas sûre de pouvoir rester avec lui. Je voulais que mon mari soit financièrement solide afin d'avoir l'esprit en paix.

Tim souffrait déjà du fait que notre vie sexuelle était quasi-inexistante. Le sexe m'ennuyait. De temps à autres, je couchais avec lui parce que j'avais pitié, ce qui le faisait sentir encore plus mal. Sa motivation de prendre soin de moi était à son plus bas. Nous sentions tous deux que nous étions dans une impasse.

Nous étions sur le point de divorcer lorsque nous avons réalisé qu'il était hors de question de briser notre famille. Je me suis engagée à faire revivre notre vie sexuelle et il s'est engagé à s'investir davantage émotionnellement. J'avais cependant encore des réserves à propos de notre santé financière. Je lui ai fait savoir que j'avais besoin d'être certaine qu'il soit capable de prendre soin de moi financièrement.

Quelques années plus tard, comme plusieurs autres personnes, nous avons vécu un désastre financier. À travers cette sombre période, j'ai réalisé que j'avais maintenant pleinement confiance en la capacité de Tim à gérer nos finances. Il avait fallu que nous touchions le fond pour que je réalise que si quelqu'un pouvait nous mettre sur la bonne voie financièrement, c'était mon époux adoré, avec moi à ses côtés. J'ai réalisé qu'être un couple signifiait être une équipe et de se compléter avec nos forces et nos faiblesses respectives. J'ai cessé de le laisser tout faire et j'ai commencé à faire ma part afin que notre couple fonctionne. -Susan Bratton, auteure de Relationship Magic

Mark, 27 ans, en couple depuis 8 ans

Ma partenaire et moi avons des problèmes depuis 2013, soit six mois après que j'ai quitté l'armée. Nous sommes passés de relations sexuelles quotidiennes à une fois tous les huit mois. Après cette période d'abstinence de huit mois, nous avions des relations une ou deux fois par saison. Les trois dernières années ont été particulièrement difficiles pour nous, alors que nous avons tous deux recommencé l'école.

Avant d'aller plus loin, je dois préciser que ce n'était pas seulement sa faute. Comme tous les couples, nous nous disputions parfois et certaines choses stupides que j'ai commises au début de notre relation lui causent encore de la souffrance. J'ai remarqué que nous nous laissions de plus en plus aller, que nous ne semblions plus apprécier nos compagnies respectives et que nous commencions à éprouver du ressentiment. J'ai commencé à avoir de la difficulté à identifier ses besoins, ce qui a affecté ma confiance en moi. J'éprouvais de la frustration et cela a commencé à affecter mes sentiments pour elle.

Nous avons essayé d'en parler et tranquillement, au fil des années, nous avons découvert ce qui se cachait derrière notre manque de vie sexuelle. Cela ne lui plaisait plus; ça lui faisait mal pendant et après, ça lui semblait être une corvée, elle n'était jamais vraiment en humeur (en raison de sa pilule contraceptive) et elle était épuisée et stressée en raison de ses études. Elle a admis qu'il lui était arrivé d'avoir des orgasmes durant nos rapports, mais que ça n'en valait pas vraiment la peine selon elle.

À ce moment, ma confiance en moi et mon ego étaient à leur plus bas. Pendant longtemps, j'ai cru que je n'étais pas tout à fait un homme parce que je n'arrivais pas à rendre nos relations sexuelles agréables pour elle. J'ai commencé à penser que je ne l'attirais plus physiquement ou bien qu'elle me trompait. Après des années de rejet, j'ai commencé à la voir autrement que comme une partenaire sexuelle: elle est devenue une amie. J'ai arrêté d'essayer et de m'en préoccuper. Je l'aimais trop pour rompre, mais je ne savais pas non plus comment être satisfait sexuellement (la tromper était hors de question). J'étais donc coincé dans cet état d'esprit dans lequel l'amour, la haine et le ressentiment se mélangeaient et je détestais ça.

Finalement, les choses ont commencé à changer au moment où une personne a emménagé au-dessus de notre appartement. Une nuit, cette personne a commencé à avoir des rapports sexuels bruyants, ce qui a frustré ma partenaire. Elle a essayé de voir si j'étais aussi fâché, mais je pense qu'elle a remarqué que j'étais jaloux. Le matin suivant, elle m'a confié qu'elle avait peur que je la quitte, qu'elle avait envie d'avoir des relations sexuelles, mais qu'elle ne pouvait pas en ce moment précis en raison du stress et de sa contraception.

Heureusement, j'avais lu sur internet des histoires comme la nôtre et des conseils pour régler cette situation. J'ai donc essayé de mettre en action ce que j'avais appris. Je lui ai expliqué que jamais je ne la tromperais ou la laisserais tomber. Je lui ai dit que je comprenais le rôle que jouaient son stress et sa contraception - et que je ne voulais pas que sa peur ne la pousse à coucher avec moi. J'ai aussi été honnête à propos de mes sentiments et de mon manque de désir sexuel pour elle. À un certain point, nous avons arrêté de parler et je pense qu'il s'agit d'un point tournant de notre relation. J'ai essayé d'initier un rapport sexuel. Même si nous n'avons pas fait l'amour, le rejet a été compris par nous deux et personne n'a été blessé.

Notre vie sexuelle ne s'est pas améliorée. En fait, nous n'avons pas eu de rapports sexuels depuis cette discussion, mais notre relation s'est améliorée. Nous nous comprenons mutuellement, nous communiquons mieux, nous rions à nouveau, elle est à nouveau câline et nous nous embrassons même plus qu'avant. Donc notre problème ne s'est pas nécessairement tout à fait réglé, mais nous nous en occupons à notre façon et je crois honnêtement que tout ira mieux bientôt. -Mark

Ce texte a été traduit de l'anglais du HuffPost Américain.

À VOIR AUSSI