POLITIQUE
27/04/2018 15:29 EDT | Actualisé 27/04/2018 15:32 EDT

Chrystia Freeland encore le viseur de Moscou

La campagne de dénigrement contre la ministre des Affaires étrangères s'intensifie et l'opposition se porte à sa défense.

Chrystia Freeland
AFP/Getty Images
Chrystia Freeland

Les partis d'opposition se désolent de la campagne de dénigrement dont continue de faire l'objet la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, dans les médias russes.

La ministre pro-Kiev est dans le viseur de Moscou depuis des années, mais les attaques du Kremlin ont gagné en intensité depuis qu'elle a accédé au poste de diplomate en chef du Canada.

La plus récente salve est un reportage de six minutes que la télévision publique russe Russia 24 consacre entièrement à la députée de descendance ukrainienne.

On l'y accuse d'agir en fonction de ses motivations personnelles dans les relations diplomatiques avec la Russie, selon Radio-Canada, qui a rapporté l'existence du reportage en premier, vendredi.

Au fil du reportage, la journaliste revient également sur le passé de son grand-père, qui a collaboré dans un journal nazi qui démonisait les juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Au bureau de la ministre Freeland, on a refusé net de réagir à cette campagne de salissage russe, vendredi. «Pas de commentaire», a tranché son attaché de presse, Adam Austen.

Les efforts de propagande russe provoquent un malaise palpable au sein du gouvernement Trudeau, comme en témoigne ce silence et celui du ministre du Commerce international.

Habituellement loquace, François-Philippe Champagne a décliné l'invitation de commenter ce qui semble une intensification de la campagne de dénigrement, vendredi.

La ministre Freeland elle-même évite généralement de commenter directement sur ces efforts de salissage téléguidés par le Kremlin.

Le porte-parole conservateur en matière d'affaires étrangères, Erin O'Toole, s'est porté à sa défense, disant au passage qu'on ne peut accorder de grande crédibilité à ce genre de reportage.

«Je suis très, très préoccupé, a-t-il dit en point de presse. Il est clair que nous ne voulons pas que la réputation de notre ministre soit salie par ces efforts russes.

«Et je crois que plus nous allons le dénoncer, plus ce qui sortira de Russie ne sera pas pris au sérieux», a ajouté le député.

Son collègue néo-démocrate Matthew Dubé trouve «extrêmement inquiétant» qu'une puissance étrangère déploie ce genre de tactique contre la ministre canadienne.

Selon lui, la ministre ne doit pas se laisser intimider par les efforts de démonisation de Moscou et infléchir ou «adoucir» ses positions face à la Russie de Vladimir Poutine.

Il juge par ailleurs la tactique d'ingérence russe préoccupante alors que les prochaines élections fédérales se profilent à l'horizon, en octobre 2019.

Diplomates expulsés

Le premier ministre Justin Trudeau a récemment établi un lien entre l'expulsion de quatre diplomates russes et cette campagne de salissage, qui s'est mise en branle il y a plus d'un an maintenant.

«Nous nous souvenons tous des efforts déployés par des propagandistes russes pour discréditer notre ministre des Affaires étrangères de multiples façons, via les médias sociaux, et en partageant des histoires diffamatoires à son sujet», disait-il le 4 avril dernier.

Le communiqué annonçant ces expulsions mentionne qu'«il a été établi que ces quatre personnes sont des agents du renseignement ou des personnes qui ont utilisé leur statut diplomatique pour compromettre la sécurité du Canada ou s'immiscer dans sa démocratie».