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26/04/2018 18:44 EDT | Actualisé 26/04/2018 18:44 EDT

Les Communes débattent d'une motion réclamant les excuses du pape François

«L'argent ne pourra jamais effacer mes cicatrices.»

Le prélude à une journée de débat parlementaire sur une demande d'excuses du pape François pour les pensionnats autochtones s'est fait dans l'émotion et les pleurs. Le débat, lui, a offert une quasi-unanimité, chose rare aux Communes, les voix dissidentes se faisant discrètes.

Des survivants d'un pensionnat autochtone, le pensionnat ontarien Sainte-Anne, se sont présentés au foyer de la Chambre des communes, jeudi matin, pour insister sur l'importance de ces excuses pour eux. Leurs discours ont été ponctués de larmes.

«L'argent ne pourra jamais effacer mes cicatrices», a sangloté Angela Shisheesh. «Mais ce qui me réconforterait, c'est que l'Église demande pardon», a-t-elle ajouté avant de se diriger avec ses compagnons vers les tribunes du public d'où elle a assisté au débat de la motion présentée par le Nouveau Parti démocratique (NPD).

La motion invite le pape François à présenter ses excuses pour les sévices subis par les enfants autochtones dans les pensionnats gérés par des institutions catholiques. Peu avant Pâques, les évêques catholiques canadiens ont fait savoir que le pape ne présenterait pas, pour l'instant, pareilles excuses.

Le NPD a décidé d'en appeler directement au pape. La motion, débattue jeudi, sera soumise au vote mardi après-midi.

Illustrant la difficulté de l'exercice, le député Romeo Saganash a assisté au débat sans y prendre part. «Lorsqu'on demande à des survivants de pensionnats de raconter leur expérience, raconter leur histoire — 10 ans de tristesse et de mauvais souvenirs dans mon cas — c'est les inviter à revivre leurs traumatismes. Alors je ne ferai pas ça aujourd'hui», avait expliqué l'élu néo-démocrate.

C'est son collègue Charlie Angus qui a entamé le débat, une plume d'aigle à la main, en qualifiant les pensionnats de «camps de la mort».

Le gouvernement libéral a rapidement signifié qu'il appuiera la motion.

«Notre gouvernement souhaite prendre cette occasion pour démontrer que la réconciliation n'est pas une question partisane», a déclaré la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, lorsqu'elle a pris la parole aux Communes.

Les conservateurs, cependant, sont divisés sur la question. La semaine dernière, certains d'entre eux déclaraient que le Parlement n'a pas à s'immiscer dans les affaires des institutions religieuses. Mais ceux-là n'ont pas pris la parole durant le débat.

«Nous avions seulement quatre places d'orateurs», a justifié Cathy McLeod, la responsable du dossier dans les rangs conservateurs. La députée et ses trois collègues se sont exprimés en faveur de la motion.

«Ceci est une invitation. C'est très différent d'une directive», a-t-elle offert dans un discours qui semblait dirigé vers ceux qui, la semaine dernière, se sont élevés contre la perspective que l'État dise à l'Église quoi faire.

Parmi ceux-là, on compte le député Garnett Genuis qui avait empêché l'adoption unanime d'une motion similaire à celle débattue jeudi.

«Que la Chambre demande à la Conférence des évêques catholiques du Canada d'inviter le pape François au Canada pour s'excuser, au nom de l'Église catholique, aux peuples autochtones pour le rôle de l'Église dans le système des pensionnats autochtones», disait cette motion-là. La motion débattue jeudi enlève la référence aux évêques et invite directement le pape à faire ces excuses.

«Le vocabulaire de la semaine dernière était un peu plus fort et je l'avais trouvé inapproprié», a expliqué Mark Warawa qui avait exprimé la même réticence que son collègue Genuis, mais qui approuve la nouvelle motion.

En après-midi, au bureau de M. Genuis, on disait qu'il n'était pas prêt à commenter la motion de cette semaine. Il faudra attendre donc de voir le vote des conservateurs mardi pour voir si tous sont rentrés dans les rangs.

Leur chef, Andrew Scheer, n'a pas l'intention de participer à ce vote, étant occupé ailleurs, selon son bureau qui renvoie à une de ses déclarations antérieures. «Je pense que tout groupe ou institution qui a joué un rôle significatif (dans les pensionnats) devrait faire ce qu'il faut et nous aider à tourner la page», avait dit M. Scheer le 28 mars dernier alors qu'on apprenait que le pape ne présenterait pas des excuses.

Il n'a jamais commenté l'argument du député Genuis mais il permet à ses troupes un vote libre sur la motion.

Des excuses et de l'argent

La motion réclame, en plus des excuses papales, que l'Église catholique contribue à l'effort financier pour dédommager les survivants.

«Alors que notre gouvernement reconnaît que les institutions catholiques n'ont plus d'obligation légale de payer ce qui reste à payer aux programmes de guérison et de réconciliation, nous croyons qu'elles ont une obligation morale», a argué la ministre Bennett.

La ministre a également regretté que l'Église catholique soit la seule Église chrétienne à ne pas avoir présenté des excuses.

Texte de la motion

Que, pour répondre à l'appel de la Commission de vérité et réconciliation visant à faire avancer notre nation sur le chemin d'une véritable guérison pour les crimes de l'époque des pensionnats autochtones, la Chambre:

(a) invite le pape François à participer à ce cheminement avec les Canadiens et les Canadiennes en répondant à l'appel à l'action numéro 58 du rapport de la Commission de vérité et réconciliation et à présenter des excuses papales officielles pour le rôle qu'a joué l'Église catholique canadienne dans la mise en place, les opérations et les sévices des pensionnats autochtones;

(b) demande à l'Église catholique canadienne de respecter son obligation morale ainsi que l'esprit de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens de 2006, et de redéployer tous les efforts possibles pour amasser le montant total des fonds convenus;

(c) demande à toutes les entités catholiques impliquées dans les opérations des pensionnats autochtones de faire des efforts cohérents et soutenus pour remettre les documents pertinents lorsqu'elles sont appelées à le faire par des survivants des pensionnats autochtones, par des membres de leur famille ou par des spécialistes travaillant à comprendre l'ampleur des horreurs du système des pensionnats autochtones, dans l'intérêt de la vérité et de la réconciliation.