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25/04/2018 17:25 EDT | Actualisé 25/04/2018 17:25 EDT

Une déclaration choque aux audiences sur la peine d'Alexandre Bissonnette

«L’estie, je peux pas croire qu’après sept balles, il soit pas mort», aurait dit Alexandre Bissonnette.

«L'estie, je peux pas croire qu'après sept balles, il soit pas mort», aurait dit Alexandre Bissonnette à un codétenu en apercevant à la télévision l'une de ses victimes survivantes, Aymen Derbali, a rapporté mercredi la Couronne au tribunal, ce qui a aussitôt créé une onde de choc dans la salle.

M. Derbali est ce père de famille qui a survécu à la tuerie de la mosquée de Québec, mais qui sera cloué à vie dans son fauteuil roulant. L'homme est devenu tétraplégique à la suite des blessures par balles infligées par Bissonnette.

Selon ce détenu, Bissonnette aurait été en colère en voyant un reportage sur une campagne de financement visant à offrir une maison adaptée au handicap de M. Derbali. Il va avoir une maison «et moi mes parents n'auront rien», aurait-il ajouté.

La Couronne n'a pas expliqué pourquoi elle n'a pas déposé en preuve cette déclaration qui aurait été faite à un policier de la Sûreté du Québec en février 2018, bien qu'elle s'en soit servi pour contre-interroger une experte. Il s'agit de ouï-dire, car le détenu qui l'aurait prononcée n'est pas venu témoigner. Le juge a par la suite indiqué qu'il ne tiendra pas compte de la question ni de la réponse de la psychiatre sur cette déclaration.

Un homme a crié et des larmes ont coulé lorsque cette phrase a été prononcée dans la salle de cour.

Le juge François Huot de la Cour supérieure a dû faire un rappel à l'ordre.

Manque d'empathie

La déclaration a été amenée mercredi par François Godin, le procureur de la Couronne qui contre-interrogeait la psychiatre légiste Marie-Frédérique Allard sur ce qu'il considère être un manque d'empathie de Bissonnette envers ses victimes.

Même le juge François Huot semblait se poser des questions à ce sujet.

Alexandre Bissonnette est demeuré impassible lors des témoignages «à glacer le sang» des proches des victimes de la mosquée de Québec, mais il s'est mis immédiatement à pleurer lorsqu'il était question de sa famille, a-t-il fait remarquer au Dr Allard.

La réaction est alors immédiate, dit le magistrat: «les écluses se sont ouvertes».

Il a dit avoir de la difficulté à voir une progression de son empathie envers les autres, une position mise de l'avant par l'experte.

Par ses questions, Me Godin dresse un portrait du tireur de la grande mosquée de Québec, le décrivant comme un jeune homme sans empathie, menteur et manipulateur. Bissonnette dit ce que son interlocuteur veut entendre, parce que ça peut l'aider, a suggéré Me Godin à l'experte.

La psychiatre, dont les services ont été retenus par la défense, a témoigné qu'elle croit que Bissonnette a réalisé certains progrès au niveau de l'empathie, bien qu'ils ne soient pas énormes, et qu'elle demeure «fluctuante».

Mais elle est d'avis qu'il a la capacité de la développer. Elle parle d'un potentiel sur 25 ans, soit la peine minimale dont il pourrait écoper.

Dans son rapport, elle avait noté que lors de leurs deux rencontres, «il a démontré un grand sentiment de culpabilité et de regrets par rapport à la souffrance qu'il a causée aux victimes et à sa famille».

Le 29 janvier 2017, Alexandre Bissonnette a fait irruption dans la grande mosquée de Québec, abattant six hommes, et faisant plusieurs blessés. Il a plaidé coupable à toutes les accusations et est passible de 150 ans de prison.

Les audiences qui se déroulent actuellement en Cour supérieure visent à déterminer sa peine, soit la durée de sa période d'incarcération.

La défense a déclaré sa preuve close mercredi.

Afin de répondre aux expertises psychiatriques de la défense, la Couronne a demandé que Bissonnette soit rencontré mercredi après-midi par un psychiatre de son choix. Son témoignage pourrait être présenté jeudi matin.