POLITIQUE
24/04/2018 09:15 EDT | Actualisé 24/04/2018 10:58 EDT

Une nouvelle victime alléguée du député Yves St-Denis porte plainte à la police

Marjorie Bourbeau était conseillère municipale de Saint-Adolphe-d’Howard lorsque les faits allégués se sont produits.

Yves St-Denis, député d'Argenteuil, s'est retiré du caucus libéral mardi dernier après qu'il eut avoué avoir envoyé une photo pornographique à une employée.
Assemblée nationale du Québec
Yves St-Denis, député d'Argenteuil, s'est retiré du caucus libéral mardi dernier après qu'il eut avoué avoir envoyé une photo pornographique à une employée.

QUÉBEC – Une ancienne conseillère municipale de Saint-Adolphe-d'Howard a porté plainte à la police contre le député d'Argenteuil, Yves St-Denis, pour une présumée agression survenue l'an dernier, a appris le HuffPost Québec.

M. St-Denis a quitté le caucus libéral la semaine dernière, après avoir admis l'envoi d'une photo sexuellement explicite à une employée du parti. Le jour suivant, le HuffPost révélait que sa cousine Nathalie l'accuse d'avoir procédé à des attouchements sexuels, alors qu'elle était mineure.

Jusqu'à dimanche, le député soutenait que l'envoi de la photo montrant un homme se faire faire une fellation était une «grave erreur de jugement» de sa part, tout en déplorant qu'il était la cible «d'exagérations, de mensonges et de diffamations de toutes sortes» pour mettre fin à sa carrière de député.

Quant aux allégations de sa cousine, il les a réfutées à plusieurs reprises, en essayant de la discréditer puisqu'elle aurait eu un passé trouble.

Mais voilà qu'une troisième victime alléguée vient de l'avant avec un autre témoignage très semblable à celle de Nathalie St-Denis. M. St-Denis réfute encore une fois les allégations.

Marjorie Bourbeau, qui a été conseillère municipale de Saint-Adolphe-d'Howard de 2013 à 2017, dit avoir souvent croisé Yves St-Denis, le député de la région, dans des événements publics.

Ils se seraient aussi souvent parlés pour des dossiers communs dans la région, notamment la ligne de transport d'Hydro-Québec dans la municipalité, à laquelle Mme Bourbeau s'oppose. Elle affirme cependant que ce dossier n'a rien à voir avec sa dénonciation.

Il a insisté pour dormir chez elle

En avril 2017, M. St-Denis lui a écrit sur Facebook Messenger pour lui souhaiter un joyeux anniversaire de naissance et pour offrir d'organiser une soirée avec son amie Naömie Goyette, qui avait été candidate libérale défaite dans l'élection partielle dans la circonscription de Saint-Jérôme après le départ du chef péquiste Pierre Karl Péladeau.

Mme Goyette est maintenant candidate libérale aux prochaines élections dans la circonscription de Prévost.

Selon des messages que le HuffPost a pu consulter, M. St-Denis a invité Mme Bourbeau chez lui, à Terrebonne, pour ensuite fêter au karaoké. Elle a décliné, mais a proposé qu'ils se rejoignent à une date ultérieure et plus près de Saint-Adolphe-d'Howard.

Marjorie Bourbeau/Facebook
Marjorie Bourbeau a été conseillère municipale à St-Adolphe-d'Howard de 2013 à 2017.

Mme Bourbeau dit qu'elle a finalement accepté d'aller à la rencontre de M. St-Denis et de Mme Goyette après un événement avec la mairesse de Saint-Adolphe-d'Howard, Lisette Lapointe, le 25 mai.

Ils sont allés manger dans un restaurant local, puis sont revenus chez Mme Goyette pour chanter du karaoké et boire quelques verres.

À la fin de la soirée, Mme Goyette confirme avoir offert à M. St-Denis et Mme Bourbeau de rester à coucher chez elle, puisqu'ils n'étaient pas en état de conduire et qu'elle a deux chambres d'amis. Elle est ensuite partie dormir. Le lendemain, ils n'étaient plus là.

Une fois Mme Goyette partie se coucher, M. St-Denis aurait demandé à Mme Bourbeau s'il pouvait aller chez elle à la place.

«J'ai été quand même assez surprise et un peu mal à l'aise, relate-t-elle. Je ne comprenais pas trop pourquoi il voulait venir chez nous.» Devant son insistance, elle a accepté, mais lui aurait «très clairement» précisé qu'il allait dormir sur le divan ou dans sa chambre d'amis au sous-sol.

«J'étais un peu coincée»

Une fois chez Mme Bourbeau, M. St-Denis lui aurait demandé s'il pouvait dormir dans sa chambre. Il aurait poursuivi en disant qu'il était dans une relation ouverte avec sa conjointe d'alors et aurait insisté «qu'il avait besoin de se coller», et qu'il ne se passerait rien.

La conseillère municipale dit avoir fermement refusé, une fois de plus, en lui indiquant le divan ou la porte. Elle est par la suite allée se coucher, pendant qu'il jouait du piano dans son salon.

Elle allègue que M. St-Denis a fini par rentrer dans sa chambre, s'est assis sur son lit et a tenté de l'embrasser sur la bouche à plusieurs reprises. Voyant qu'elle se tournait la tête pour l'esquiver, il lui aurait flatté les cheveux et l'aurait couverte de compliments.

«Je n'avais vraiment pas envie de gérer une situation embarrassante comme ça, se remémore-t-elle. Il est quand même assez imposant, physiquement, alors j'étais un peu coincée.» Elle dit l'avoir repoussé et s'être débattue, puis a fini par fondre en larmes. Il est finalement parti chez lui.

Les gens doivent savoir qu'il n'y a pas juste une femme qui a été victime d'une inconduite sexuelle de la part de M. St-Denis.Marjorie Bourbeau

Il n'a pas été possible de parler de vive voix à M. St-Denis au sujet de ces nouvelles allégations lundi. Dans un courriel envoyée en soirée, il «nie formellement toute agression ou harcèlement de type sexuel sur qui que ce soit», même s'il n'avait pas pris connaissance des faits qui lui sont reprochés.

Mme Bourbeau dit avoir voulu dénoncer depuis un moment. Mais c'est lorsqu'elle a eu vent des photos compromettantes envoyées par le député d'Argenteuil à une employée libérale, mardi dernier, qu'elle est allée porter plainte au poste de la Sûreté du Québec de la MRC des Pays-d'en-Haut.

La Sûreté du Québec ne pouvait pas confirmer qu'une plainte avait été logée à l'endroit de M. St-Denis.

Un groupe restreint avait été mis au courant de ces allégations peu après les faits. Lise Chowdhury, une amie personnelle de Mme Bourbeau, se souvient avoir entendu parler de cet incident une première fois l'été dernier, puis une deuxième fois plus récemment.

Pourquoi elle dénonce maintenant

Mme Bourbeau dit n'avoir pas voulu dénoncer immédiatement après les faits pour ne pas nuire aux relations politiques entre la municipalité et le bureau du député. Elle n'est plus conseillère municipale depuis l'automne dernier.

Mme Goyette n'avait pas connaissance de cet incident avant lundi soir. Mais elle se dit prête à collaborer à l'enquête policière au besoin. «Je connais bien Marjorie, c'est une amie. Honnêtement, si elle a senti le besoin de dénoncer, je l'encourage vraiment.»

La semaine dernière, lorsqu'il a été confronté à des allégations semblables qui concernaient sa cousine, M. St-Denis a soutenu en entrevue que ses relations avec les femmes ont toujours été irréprochables.

Marjorie Bourbeau/Facebook
Marjorie Bourbeau a porté plainte à la police aussitôt qu'elle a entendu les premières révélations au sujet d'Yves St-Denis.

«Malgré ce qu'on a dit sur moi, j'ai un très grand respect pour les femmes, madame. Un très grand respect. Je ne cache pas que j'ai été célibataire, je suis un homme à femmes, mais j'ai un très grand respect pour les femmes. Vous ne pouvez même pas vous imaginer.»

Mme Bourbeau dit avoir décidé de raconter son histoire publiquement quand elle a vu ce qu'il avait fait à sa cousine.

«C'est facile de dire qu'on a manqué de jugement. Mais on met ces gens-là en poste pour leur jugement. Les gens doivent savoir qu'il n'y a pas juste une femme qui a été victime d'une inconduite sexuelle de la part de M. St-Denis», dit-elle.

«Ça n'empêche pas qu'il a fait des bonnes choses pour son comté, pour sa ville, pour certains citoyens. Mais à mon avis, ce n'est pas un comportement approprié pour un député et je pense que M. St-Denis devrait réfléchir très fortement à la suite pour sa carrière politique.»

Vous avez des informations supplémentaires à transmettre au sujet d'Yves St-Denis? N'hésitez pas à contacter notre journaliste au catherine.levesque@huffpost.com en toute confidentialité.