POLITIQUE
24/04/2018 16:47 EDT | Actualisé 24/04/2018 16:47 EDT

Un second dénombrement des itinérants, plus inclusif, lancé dès ce soir à Montréal

Des doutes persistent sur la possibilité de mesurer l'itinérance cachée.

Getty Images/iStockphoto

Montréal lancera mardi soir un deuxième dénombrement des itinérants de la métropole. Mais l'itinérance cachée demeure un phénomène difficile à évaluer et certains doutent de l'utilité d'un tel dénombrement.

Dès 18h30, quelque 1200 bénévoles parcourront les rues de Montréal pour tenter d'évaluer la prévalence de l'itinérance. Une tâche non sans difficultés.

«Ils vont voir des individus un par un et ils leurs posent des questions pour savoir s'ils ont quelque part où dormir», explique Sonya Cormier, directrice des communications pour Je compte MTL 2018.

Les refuges devront aussi prendre en note le nombre d'usagers qui franchissent leurs portes.

L'opération donnera un aperçu du nombre de personnes sans domicile à Montréal pendant une journée donnée. Micheline Cyr, directrice générale du refuge pour femmes L'Auberge Madeleine, estime que le le chiffre qui en sortira peut être utile pour les autorités. Elle craint toutefois qu'il ne soit utilisé hors contexte.

«L'an dernier, ça a donné le chiffre de 3016 itinérants. Alors il y a des gens qui pensent qu'il y a 3016 itinérants à Montréal. Mais c'est un chiffre d'une seule journée qui est utilisé complètement en dehors de ses limites. Le dénombrement de [mardi] ne va pas démontrer l'ampleur ou la complexité de la situation», affirme-t-elle.

Un phénomène difficile à quantifier

Le Réseau d'aide au personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) doute carrément de l'utilité du dénombrement. Ce n'est pas le cas toutefois de Mme Cyr et L'Auberge Madeleine, qui y participeront malgré leurs réticences. La directrice souligne toutefois que les chiffres réels de l'itinérance sont bien plus grands que ce qui sera diffusé par la Ville de Montréal.

«Je vais compter les femmes qui occupent mes 26 lits, mais pas celles que je devrai refuser parce qu'il manque de place», illustre-t-elle.

À cela s'ajoute le fait que de nombreuses personnes en situation très précaire peuvent sortir de la rue et y retourner plusieurs fois dans la même année. Une étude publiée en 1998 estimait qu'environ 28 000 personnes utilisaient les différentes ressources pour itinérants dans une année. Ce chiffre comprend les usagers des refuges, des centres de jour et des banques alimentaires, notamment.

Les refuges à eux seuls accueillent entre 12 000 et 15 000 individus différents sur une année complète, selon une entrevue récente accordée au HuffPost Québec par les quatre principales ressources pour hommes.

Selon Mme Cormier, la Ville tentera de palier ce problème en ajoutant une seconde facette au dénombrement. Un questionnaire sera distribué par les refuges et autres ressources itinérants au cours des deux prochaines semaines. Les résultats de ce questionnaire permettront d'avoir un portrait plus complet des diverses facettes de l'itinérance.

Femmes et itinérance cachée

La situation des femmes sera particulièrement difficile à évaluer. Selon Mme Cyr, beaucoup de femmes acceptent des situations de logement extrêmement difficiles et précaires pour éviter à tout prix de se retrouver dans la rue. Surtout lorsqu'elles ont des enfants.

«Les femmes vont accepter des logements insalubres, même des endroits qui ne sont pas sécuritaires où elles peuvent se faire violer par le concierge, par exemple. Elles vont trouver 1000 moyens pour ne pas se retrouver dans la rue, mais ça ne leur empêchera pas de vivre beaucoup d'instabilité. Elles correspondent quand même à la définition d'une itinérante», affirme-t-elle.

Rappelons qu'en mars dernier, la Ville a adopté un nouveau plan d'action en matière d'itinérance. Ce plan prévoit s'attaquer davantage aux problèmes vécus par des clientèles spécifiques comme les femmes et les autochtones.