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23/04/2018 10:06 EDT | Actualisé 23/04/2018 17:31 EDT

Attentat à la mosquée de Québec: Alexandre Bissonnette a été intimidé quotidiennement au secondaire

Une ancienne enseignante de français de Bissonnette a témoigné aux audiences sur la détermination de sa peine.

La Presse canadienne/courtoisie Sûreté du Québec

Miné par des troubles de santé mentale depuis des années, Alexandre Bissonnette voulait tuer, a rapporté un psychologue qui l'a évalué. Il n'a trouvé sa cible que par la suite, et, après avoir considéré ouvrir le feu dans un centre commercial, il a porté son attention vers la grande mosquée de Québec, où il est finalement passé à l'acte en tuant six hommes.

Le psychologue Marc-André Lamontagne a témoigné lundi aux audiences sur la détermination de la peine de Bissonnette, qui a été déclaré coupable de six meurtres et de six tentatives de meurtre pour la fusillade commise le 29 janvier 2017.

L'expert en évaluation de la dangerosité et en risque de récidive violente a rencontré le jeune homme de 28 ans à deux reprises au début du mois d'avril, à la demande de son avocat. Ses observations sont fondées sur ce que Bissonnette lui a confié lors d'entrevues qui ont duré sept heures, plus d'un an après l'attentat, et sur la preuve déposée au dossier.

Les avocats d'Alexandre Bissonnette ont ainsi commencé à présenter lundi leurs éléments de preuve et leurs arguments afin d'obtenir la plus courte peine de prison possible pour leur client.

Bissonnette ruminait des idées hostiles depuis des années, a expliqué M. Lamontagne au juge François Huot de la Cour supérieure. Si celles-ci étaient d'abord dirigées vers ses anciens collègues de classe qui l'ont intimidé et ses ex-enseignants, l'hostilité est devenue ensuite plus générale.

Bissonnette lui a d'ailleurs raconté qu'environ deux mois avant la tuerie, le 26 novembre 2017, il a voulu aller tuer des gens au centre commercial Place Laurier à Québec. Il s'est rendu dans le stationnement souterrain avec ses armes à feu et y a débattu quoi faire, pour finalement quitter sans ouvrir le feu.

Tuer n'importe qui n'était "pas acceptable", a expliqué le psychologue.

La mosquée a été visée, dit celui-ci, car Bissonnette "avait réussi à se convaincre qu'il y avait au moins un fanatique religieux là-dedans" et qu'en les éliminant, il sauverait des gens.

Il cherchait quelque chose de plus "acceptable" pour lui et pour les autres, conclut l'expert.

L'idée de base était de se venger d'avoir été persécuté, mais aussi de faire un "acte grandiose" pour montrer qu'il n'était pas insignifiant, et afin qu'on ne rit plus de lui après sa mort, a-t-il ajouté.

Bissonnette s'identifiait aux tueurs de masse, car plusieurs d'entre eux avaient été victimes d'intimidation. Et ses nombreuses recherches internet sur la mouvance de droite l'ont amené à identifier sa cible, a ajouté M. Lamontagne.

Bissonnette n'est toutefois pas un psychopathe ni anti-social, note l'expert. Pas plus qu'il n'a eu d'idées délirantes ni de symptômes psychotiques.

Par contre, ses capacités d'empathie sont assez limitées. "C'est assez évident", note l'expert.

Un jeune intimidé

L'autre témoin entendu lundi a d'ailleurs levé le voile sur l'intimidation qu'a vécue Bissonnette, un élément soulevé devant le juge, mais non encore corroboré.

Si tous ceux qui ont intimidé Alexandre Bissonnette devaient défiler dans la salle de cour, ce serait long, a déclaré au juge une ancienne enseignante de français du jeune homme.

Lucie Côté a dressé un triste portrait des années d'école secondaire d'Alexandre Bissonnette, aux audiences sur la détermination de sa peine. Il a été son élève lors de deux années différentes, dans deux écoles.

Les autres élèves riaient de lui, le bousculaient, lui donnaient des coups, l'envoyant dans les murs.

"C'était au quotidien", a souligné Mme Côté, qui a été le premier témoin appelé à la barre par la défense.

"Si on devait faire défiler devant vous les intimidateurs d'Alexandre Bissonnette, vous devriez allonger votre agenda", a-t-elle lancé au juge Huot.

Il a développé des réflexes de nervosité et de peur, et ne se défendait pas, a-t-elle déclaré au juge François Huot, qui préside les audiences.

Si elle a vu d'autres cas d'intimidation en 32 ans de carrière, la situation de Bissonnette était pire. Au point où elle a jugé bon de prendre une vingtaine de minutes d'un cours de français pour faire réfléchir ses élèves à ce qu'ils faisaient subir à leur collègue de classe. Ça a changé un peu, mais ça n'a pas duré, s'est-elle désolée.

L'intimidation aurait commencé au primaire, a-t-elle dit, rapportant les propos du directeur de l'école lors d'une réunion.

Elle a expliqué être venue témoigner de son plein gré, sans que personne ne lui ait demandé. "Après tout ce qu'il a enduré, je ne pouvais pas me taire". Elle s'en veut de ne pas être plus intervenue à l'époque.

Elle ne pouvait croire ce qu'elle a entendu aux nouvelles. Mais a pleuré.

Alexandre n'était pas un monstre, a-t-elle dit.

Des membres de la communauté musulmane ont écouté avec difficulté son témoignage.

Mme Côté a dit aux parents d'Alexandre Bissonnette, présents dans la salle de cour lundi, qu'ils ont été de bons parents, qui ont fait tout leur possible. Elle se souvient qu'ils étaient très présents à l'école, ne manquant jamais une remise de bulletin scolaire.

À Bissonnette lui-même , elle a dit "consulte, consulte, consulte", pour toutes les fois où de l'aide ne lui a pas été offerte, a-t-elle dit.

Elle a demandé au juge de "lui laisser de l'espoir".

"Après la tragédie, j'ai croisé une élève qui avait échangé avec d'autres et elle m'a dit : "tu sais, il y a un petit peu de nous tous là-dedans", a rapporté l'enseignante à la retraite de 71 ans.

Les procureurs de la Couronne vont contre-interroger mardi matin le psychologue Lamontagne.