POLITIQUE
22/04/2018 15:04 EDT | Actualisé 22/04/2018 15:04 EDT

Couillard en Chine en janvier: 610 000 $ pour une mission de sept jours

Québec veut séduire le géant chinois et ne néglige apparemment aucun effort.

Stephane Mahe / Reuters

Québec veut séduire le géant chinois et ne néglige apparemment aucun effort ni aucune dépense pour y arriver.

La mission de sept jours en Chine dirigée par le premier ministre Philippe Couillard, en janvier dernier, a coûté plus de 610 000 $ aux contribuables québécois, selon les données obtenues par La Presse canadienne en vertu d'une demande d'accès à l'information.

Il s'agit d'une des missions les plus importantes — et certainement une des plus coûteuses — du gouvernement Couillard. À fortiori, le montant n'est que partiel, car plusieurs demandes d'information sont restées sans réponse.

Le ministère de l'Économie a dépensé à lui seul la coquette somme de 484 523 $ notamment pour le déplacement de 11 de ses fonctionnaires. De ce montant, 316 932 $ sont attribuables à l'évènement «L'Effet Québec» qui s'est exposé pendant trois jours au Musée d'art moderne de Shanghai.

Environ une trentaine d'artisans québécois des secteurs du multimédia, du divertissement et de la culture s'y étaient donné rendez-vous pour mettre en vitrine leurs produits.

On y avait notamment découvert le joaillier Yves Lemay, le créateur de costumes personnalisés pour hommes Nathon Kong et trois artistes du cirque Flip FabriQue, ainsi que le représentant du studio montréalais de réalité virtuelle Arnoovo.

Les invités à cet évènement étaient appelés à suivre un parcours de kiosques sur trois étages, qui culminait en une réception.

Au bureau de M. Kong, on affirme aujourd'hui que l'activité a permis de rencontrer des «partenaires potentiels», mais n'a eu aucun impact direct sur le chiffre d'affaires de l'entreprise.

Une quarantaine d'ententes

Selon le gouvernement, une quarantaine d'ententes d'une valeur de 262 millions $ ont été signées entre des entreprises québécoises et chinoises dans plusieurs secteurs lors de la mission.

M. Couillard a d'ailleurs multiplié les rencontres privées très sélectes avec des membres du gouvernement central chinois, ainsi qu'avec le puissant maire de Shanghai, Ying Yong.

Le Québec intensifie ses rapports avec la Chine en raison du potentiel de marché que représentent les 300 millions de Chinois qui appartiennent à la classe moyenne. M. Couillard s'était rendu dans l'Empire du Milieu une première fois en 2014 pour mousser le Plan Nord.

S'il est hasardeux d'évaluer les retombées de ces missions pour le Québec, il n'est pas plus facile d'en calculer le coût pour les contribuables, compte tenu de la difficulté à obtenir la liste complète des dépenses encourues, partagées entre le Conseil exécutif, le ministère de l'Économie et celui des Relations internationales et de la Francophonie. Aucune autorité gouvernementale ne centralise l'information.

Le gouvernement n'a pas fourni les coûts pour d'autres activités, telles que le Carnaval de l'hiver québécois à Pékin, le spectacle du Cirque du Soleil Kooza, et le Festival de produits québécois au centre commercial Daning.

Le montant de 610 000 $ n'inclut pas non plus les frais de l'équipe de sécurité, gardés confidentiels, ni ceux du photographe officiel du gouvernement, des employés de cabinet, ou de l'épouse du premier ministre, Suzanne Pilote.

En revanche, le ministère de l'Économie précise avoir dépensé 61 463 $ pour tenir un dîner-conférence avec le Conseil d'affaires Canada-Chine, et 8 564 $ pour faire venir le planchiste de 10 ans Éli Bouchard, afin qu'il offre aux Chinois une démonstration de sauts en planche à neige. Ces sommes excluent les ententes de commandites et les frais de participation, a précisé le ministère.

De son côté, le ministère des Relations internationales et de la Francophonie a dépensé au bas mot 125 618 $ pour cette mission en Chine. Cette somme couvre les dépenses du premier ministre, du ministre délégué aux Petites et Moyennes entreprises (PME), Stéphane Billette, d'une poignée de fonctionnaires du ministère, ainsi que du personnel des représentations du Québec en Chine.

Aucune dépense n'est attribuée au sous-ministre adjoint Michel Lafleur, même si on indique dans les documents qu'il était présent en Chine du 15 au 27 janvier.

Du montant de 125 618 $, près de 30 000 $ sont imputés directement au premier ministre, pour ses frais de transport, d'hébergement et de repas. Les services de l'interprète qui a accompagné M. Couillard ont coûté 17 914 $.

En guise de comparaison, la mission de cinq jours de M. Couillard et de cinq ministres en France en mars 2015, une mission d'envergure, avait coûté environ 127 000 $. Des coûts additionnels avaient été pris en charge par l'Élysée.

Depuis 2014, pas moins de six ministres du gouvernement Couillard ont été dépêchés en Chine: Christine St-Pierre (Relations internationales), Pierre Arcand (Ressources naturelles), Gaétan Barrette (Santé), Carlos Leitao (Finances), Stéphane Billette (Petites et Moyennes Entreprises). L'ancien ministre de l'Économie, feu Jacques Daoust, s'est rendu en Chine deux fois, en 2014 et 2015.

Québec a récemment demandé un statut de délégation générale en Chine. Un tel statut officiel lui permettrait d'être reconnu par les autorités chinoises comme un véritable joueur diplomatique, politique et économique.

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Points saillants:

-la mission de sept jours en Chine dirigée par le premier ministre Philippe Couillard en janvier dernier a coûté au bas mot 610 000 $;

-le ministère de l'Économie a dépensé 484 523 $;

-le ministère des Relations internationales et de la Francophonie a dépensé au moins 125 618 $;

-il s'agit d'une des missions les plus importantes et les plus coûteuses du gouvernement Couillard;

-une quarantaine d'ententes d'une valeur de 262 millions $ ont été signées entre des entreprises québécoises et chinoises lors de la mission, selon le gouvernement.