POLITIQUE
20/04/2018 15:18 EDT | Actualisé 20/04/2018 15:18 EDT

Une école à charte aux shops Angus? Pas sûr, disent Québec et Montréal

L'idée d'une école indépendante des commissions scolaires ne rejoint pas les élus

Société de développement Angus

L'idée d'implanter une école publique, mais indépendante des commissions scolaires au Technopôle Angus ne semble pas trouver écho auprès du ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx. La mairesse de Montréal a aussi affiché son appui aux commissions scolaires.

Le développement du Technopôle Angus, situé sur le site des anciennes «shops» du Canadien Pacifique dans Rosemont-La Petite-Patrie, a fait couler beaucoup d'encre au cours des dernières années. En 2017, le déploiement d'une nouvelle phase a reçu l'approbation de l'Office de consultation publique de Montréal... à condition qu'une école de quartier soit intégrée au projet.

La Société de développement Angus (SDA) a mené une nouvelle consultation au début du mois pour exposer sa vision de la future école de quartier. Ce faisant, elle a créé une nouvelle polémique.

La SDA souhaite une école alternative, sans devoirs ni bulletins. Mais surtout, elle demande qu'une exception lui soit accordée dans le système public québécois. Elle veut une école financée à 100% par le public, mais gérée par un conseil d'administration indépendant plutôt que d'être intégrée à la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

«Le projet pédagogique qu'on développe ne peut pas se réaliser dans le modèle de gouvernance actuel, qui est très rigide. Les commissions scolaires ne peuvent pas engager qui elles veulent, ne peuvent pas amener une nouvelle direction», affirme Christian Yaccarini, président de la SDA.

Cette idée rappelle les écoles à charte aux États-Unis, qui font polémiques à cause des pressions exercées sur les enseignants et d'un penchant anti-syndicats d'enseignement. Implanter ce genre de modèle nécessiterait un changement législatif.

Or, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, ne souhaite pas revoir le modèle québécois.

«La Loi sur l'instruction publique et la Loi sur l'enseignement privé ne permettent pas d'autoriser la construction d'écoles à chartes au Québec comme il en existe aux États-Unis. Cependant, nous sommes ouverts aux modèles alternatifs dans le respect des lois», affirme son attachée de presse.

Même son de cloche du côté de la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

«On a la chance d'avoir des commissions scolaires qui sont dûment élues. Ce sont des structures existantes qui font la promotion de l'école publique. Pour moi, c'est la voie à suivre», dit-elle.

L'administration Plante a déjà accordé à la SDA l'autorisation d'aller de l'avant avec son projet de développement, à condition que le promoteur négocie l'implantation d'une école avec la CSDM.

Interviewée par le HuffPost Québec, la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, dit vouloir travailler à l'intérieur du cadre légal actuel.

«Nous, on travaille avec la Loi sur l'instruction publique et les écoles à charte. Ça ne me semble pas possible pour l'instant. [...] On veut que l'école fasse partie du réseau public», dit-elle.

Mme Harel-Bourdon souligne que la CSDM a le plus grand nombre d'écoles alternatives de toutes les commissions scolaires du Québec. M. Yaccarini réplique toutefois que ces écoles accueillent des clientèles particulières, ce ne sont pas des écoles de quartier qui acceptent tous les élèves.

M. Yaccarini promet que sa demande ne retardera pas la construction d'une école au Technopôle Angus. Le développement immobilier, lui, commencera ce printemps.

Le président de la SDA affirme également qu'il ne souhaite pas une école à charte sur le modèle américain. Il veut seulement éviter le cadre rigide des commissions scolaires.

«On n'est pas en train de réinventer le modèle scolaire québécois. On veut tenter l'expérience d'une école communautaire où le milieu a son mot à dire», affirme-t-il.

Selon Mme Harel-Bourdon, la CSDM mènera ses propres consultations sur le modèle éducatif à adopter. Cette consultation devra toutefois attendre la signature d'une entente pour louer ou acheter le terrain de la future école.