POLITIQUE
19/04/2018 06:00 EDT | Actualisé 19/04/2018 06:00 EDT

Zizanie à Longueuil, l'UPAC demandée en renfort

La mairesse Sylvie Parent accuse l'opposition de vouloir ramener la collusion.

Sylvie Parent, mairesse de Longueuil
Olivier Robichaud
Sylvie Parent, mairesse de Longueuil

Le conflit fratricide qui oppose la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, au parti Longueuil Citoyen a pris un tournant particulièrement hargneux mercredi. La mairesse laisse désormais entendre que ses opposants souhaitent favoriser des firmes amies, alors que ceux-ci l'accusent à leur tour de contourner l'autorité du conseil municipal.

Mme Parent se trouve dans une situation bien particulière depuis les élections du 5 novembre. Elle a battu sa rivale et ex-collègue Josée Latendresse, mais le parti de Mme Latendresse a obtenu la majorité des sièges au conseil municipal. Si bien qu'il peut dicter ce qui se passe lors des assemblées du conseil.

Mardi, Longueuil Citoyen a décidé de retourner en appel d'offres pour un contrat d'entretien des terrains sportifs malgré le fait que la soumission gagnante était moins élevée que l'estimation municipale et moins élevée que le dernier contrat octroyé. Mme Parent souhaitait accorder le contrat.

Dans un communiqué émis le lendemain, la mairesse dit s'interroger «sur les véritables motifs de l'opposition». Elle rappelle qu'un des conseillers de Longueuil Citoyen, Jacques Lemire, était membre du comité exécutif pendant une période où un important stratagème de collusion avait cours à Longueuil, avec la bénédiction de l'administration en place entre 2005 et 2009. Elle laisse entendre que l'opposition tenterait de ramener ce genre de pratique.

«Le système mis à jour par l'Ordre des ingénieurs du Québec démontre que les plus hautes instances de la Ville étaient impliquées dans ces présumées manœuvres frauduleuses. À la lumière de ces faits, il est de ma responsabilité de m'assurer que ces pratiques ne se reproduisent plus jamais à Longueuil», dit-elle.

La mairesse a transféré le dossier à l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Menaces de poursuite

M. Lemire a répliqué tard mercredi, également par voie de communiqué. Il menace d'entreprendre des procédures judiciaires contre la mairesse pour diffamation.

«J'ai du mal à saisir le rapport entre mon passage au comité exécutif entre 2006 et 2009 et la décision qui a été prise au conseil mercredi matin. [...] C'est comme si tous les moyens étaient bons pour bâillonner l'opposition! En faisant des rapprochements douteux et sans fondement on porte atteinte à ma réputation, finalement pourquoi? Parce que je fais mon travail en posant des questions?», lance-t-il.

Selon Longueuil Citoyen, la période de cinq ans du contrat d'entretien était trop longue pour favoriser une saine concurrence. Seulement deux entreprises ont déposé des soumissions.

Détourner l'autorité du conseil

Parallèlement, l'opposition accuse Mme Parent de diriger la Ville de Longueuil en faisant fi de l'autorité du conseil municipal. Récemment, la convention collective des cols blancs a été renouvelée par le conseil d'agglomération, qui comprend des représentants des villes de Longueuil, Boucherville, Brossard, Saint-Lambert et Saint-Bruno, sans qu'il y ait préalablement eu de vote au conseil municipal de Longueuil.

Habituellement, les orientations à prendre pour les dossiers de l'agglomération sont d'abord adoptées par les conseils des villes qui la composent. La même façon de faire est suivie au sein de l'agglomération de Montréal, mais elle n'est pas obligatoire selon la loi.

«La mairesse ne peut se soustraire aux principes démocratiques et se réfugier derrière des technicalités ou des zones grises d'ordre juridique pour contourner le conseil municipal. Les huit dernières années laissent en héritage une concentration marquée de pouvoir au niveau du Comité exécutif, et ce au détriment du Conseil municipal. Un réel recule en démocratie, alors que des municipalités sont plus innovantes», affirme le chef de l'opposition, Xavier Léger, qui agit en quelque sorte comme leader parlementaire pour Mme Latendresse.

Mme Latendresse n'a pas de siège au conseil municipal. Elle est toutefois payée par la Ville à titre de conseillère stratégique de l'opposition.

Rappelons que Longueuil Citoyen est issu de la scission du parti de la mairesse, Action Longueuil. Mmes Latendresse et Parent se sont affrontées pour la chefferie d'Action Longueuil après le départ annoncé de l'ancienne mairesse Caroline St-Hilaire. Mme Parent a remporté la joute, mais Mme Latendresse a quitté Action Longueuil avec la majorité des conseillers municipaux.