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19/04/2018 13:02 EDT | Actualisé 19/04/2018 14:57 EDT

«Pourquoi? Pourquoi?» lance Boufeldja Benabdallah à Alexandre Bissonnette

L'homme s'est adressé directement au tueur lors de son témoignage aux audiences sur la détermination de sa peine.

Mathieu Belanger / Reuters

"Pourquoi? Pourquoi?", a demandé à Alexandre Bissonnette en le regardant, Boufeldja Benabdallah, le co-fondateur du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), là où se trouve la mosquée où six hommes ont péri sous les balles du tireur, le 29 janvier 2017.

L'homme s'est adressé directement à Bissonnette lors de son témoignage rendu aux audiences sur la détermination de sa peine.

"Vous avez tué six de mes frères", lui a-t-il lancé sans détour.

"Mais vous avez aussi causé une douleur à toute la société québécoise qui ne pouvait pas croire qu'une telle attaque se soit produite chez eux."

Après avoir entendu la preuve en cour, l'homme refuse désormais de dire que le tireur est une victime de la société.

"La société n'est pas coupable de votre geste réfléchi. Nul ne portera ni la responsabilité, ni le fardeau de l'autre", a-t-il ajouté.

Et malgré que les tapis de la mosquée ont été lavés du sang répandu, et que les murs ont été replâtrés pour cacher les trous des balles, "il y aura toujours le souvenir des corps allongés inertes ou se tordant de douleur et qui nous rappellera la tragédie dont vous êtes l'artisan", a poursuivi l'homme, la voix entrecoupée de pleurs.

"Vous avez bousculé cette société, mais elle est en train de se lever à nouveau, grande et magnifique", a-t-il soutenu devant le jeune homme de 28 ans, assis dans la boîte des accusés, juste derrière lui.

Quant à Mohamed Labidi, qui était le président du CCIQ au moment de la tragédie, il est venu dire au juge que tous les musulmans du Québec vivent avec une peur et un grand sentiment d'insécurité depuis le 29 janvier 2017.

"Nous l'avons vécu comme un acte terroriste".

Des familles parlent de quitter le Québec, ou même le Canada. Certaines sont déjà parties, a-t-il déploré.

Bissonnette a réussi à intimider la communauté musulmane. "Ça nous a touchés au plus profond de notre identité", a-t-il constaté.

La mosquée a dû être sécurisée, car les gens avaient peur. Les portes ne sont plus ouvertes comme avant. Deux gardiens de sécurité ont dû être engagés pendant la période du ramadan "afin d'apaiser la peur encore vive".

Alexandre Bissonnette voulait la gloire au détriment des vies humaines, a-t-il dit d'une voix grave. "Ce choix a été dicté par l'ignorance de l'autre, des préjugés" et d'une fausse perception de ce qui se passe dans le monde, a-t-il tranché.

D'autres survivants et des proches des victimes ont défilé jeudi devant le juge François Huot de la Cour supérieure, pour une troisième journée, afin d'expliquer comment la tuerie de la grande mosquée de Québec a changé leur vie, et toutes les tristes conséquences qu'elle a eues sur eux.

Jusqu'à maintenant, deux veuves ont témoigné ainsi que deux enfants d'un homme tué ce soir-là. Plusieurs hommes présents à la mosquée ont raconté ce qu'ils ont vu et les blessures subies.

Le 29 janvier 2017, Alexandre Bissonnette a fait irruption dans la mosquée et a tué six hommes, en plus de faire plusieurs blessés. Il a plaidé coupable à tous les chefs d'accusation déposés contre lui.

Comme il a été déclaré coupable de meurtre au premier degré, il est automatiquement condamné à la prison à vie. Les représentations devant le juge Huot ont pour but de déterminer combien de temps il passera derrière les barreaux avant d'être admissible à la libération conditionnelle. Il pourrait être condamné à 150 ans.