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18/04/2018 10:43 EDT | Actualisé 18/04/2018 14:52 EDT

La fille d'un homme tué ne peut comprendre les actes d'Alexandre Bissonnette

Elle n'arrive pas à comprendre comment un homme qui a le même âge qu'elle, qui a grandi dans la même ville, ait pu faire un tel attentat.

Mathieu Belanger / Reuters

Parce qu'Alexandre Bissonnette avait peur que sa famille soit attaquée, c'est la mienne qui l'a été, a lancé avec émotion dans la salle de cour Megda Belkacemi, la fille d'un homme tué à la mosquée de Québec.

Elle a témoigné mercredi matin au palais de justice de Québec, pour expliquer au juge toutes les conséquences de l'attentat du 29 janvier 2017 et la mort de son père, Khaled Belkacemi, professeur à l'Université Laval.

Avec cette phrase, elle faisait référence à une déclaration faite par Bissonnette dans son interrogatoire policier, fait au lendemain de la tuerie. Il a dit au policier qu'il avait vu les attaques terroristes commises dans d'autres pays, et était convaincu que ces gens allaient venir tuer sa famille.

Mme Belkacemi a raconté au juge François Huot de la Cour supérieure comment ses parents ont justement quitté l'Algérie pour fuir les attaques terroristes, mais que cette violence les a finalement rattrapés au Québec.

L'insouciante et enjouée jeune femme de 29 ans a fait place à une personne angoissée, dit-elle.

Elle n'arrive pas à comprendre comment un homme qui a le même âge qu'elle, qui a grandi dans la même ville, Québec, avec un parcours scolaire similaire ait pu faire un tel attentat.

Sa mère, Safia Hamoudi, a raconté l'atroce attente après la nouvelle de la fusillade et la tournée désespérée des hôpitaux.

Ma vie n'a plus aucun sens. J'ai perdu toute joie de vivre.Safia Hamoudi

Elle dit avoir peur de remettre les pieds à la mosquée, "peur de subir le même sort que mon mari et de laisser mes trois enfants orphelins".

De son mari, elle a dit qu'il était un homme chaleureux, bienveillant et pacifique. "J'ai beaucoup de difficulté à accepter qu'il soit mort par une arme à feu".

Le fils d'un homme tué qualifie Bissonnette de "monstre"

Le 29 janvier 2017, Alexandre Bissonnette a tourné le dos à son humanité. Ces mots sombres ont été prononcés par Amir Belkacemi, dont le père a été abattu par balles à la grande mosquée de Québec.

"Il a détruit ce qu'il y avait à l'intérieur de lui, il a détruit sa propre humanité".

Le jeune homme a qualifié le tireur de la mosquée de "monstre".

"Je crois que les monstres n'ont pas leur place, entre nous, qui choisissons de chérir notre humanité", a dit Amir Belkacemi au juge, qui lui a demandé, comme aux autres personnes venues témoigner, s'il avait des commentaires à formuler sur la durée de la peine à imposer.

M. Belkacemi a pris soin de préciser qu'il ne prétend pas avoir la réponse à cette question.

Son père, Khaled Belkacemi, professeur à l'Université Laval, est mort ce soir-là.

Perdre un parent, on s'y attend un jour. Mais pas comme ça. Pas dans un contexte de violence et de haine, a-t-il expliqué.

Le jeune homme, sa soeur Megda et sa mère, font partie de ceux qui ont défilé devant le juge François Huot de la Cour supérieure mercredi, expliquant comment la peur plane sur eux depuis.

Les mots "néant", "angoisse" et "vide" marquent leurs témoignages.

Megda Belkacemi a témoigné d'une grande incompréhension devant les gestes posés par Alexandre Bissonnette.

Un homme qui était présent à la mosquée le soir de l'attaque, a été le premier à regarder Bissonnette et à s'adresser directement à lui.

Le montrant de la main, Ibrahim Bekkari Sbai a dit qu'il ne pouvait l'appeler un être humain. Bissonnette gardait la tête baissée et se frottait les yeux avec ses mains menottées.

Plus tard, vers midi, pendant son témoignage, la tête de Bissonnette s'est affaissée sur la balustrade. Le juge a ordonné une pause.

Une autre journée émouvante s'est ainsi amorcée mercredi matin au palais de justice de Québec: d'autres survivants, des veuves et des enfants des hommes abattus viennent tour à tour à la barre des témoins relater comment leur vie n'est plus la même.

Bissonnette a fait six morts le soir du 29 janvier 2017 et plusieurs blessés. Il a plaidé coupable à tous les chefs d'accusation déposés contre lui.

Les audiences qui se déroulent actuellement visent à déterminer la peine qui sera imposée au jeune homme de 28 ans.

Comme il a été déclaré coupable de meurtre au premier degré, il est automatiquement condamné à la prison à vie. Les représentations devant le juge Huot de la Cour supérieure ont pour but de déterminer combien de temps il passera derrière les barreaux avant d'être admissible à la libération conditionnelle. Il pourrait être condamné à 150 ans.