POLITIQUE
18/04/2018 16:18 EDT | Actualisé 18/04/2018 16:20 EDT

Éducation sexuelle: les enseignants disent que Québec n'a pas fait ses devoirs

La Fédération des syndicats de l'enseignement demande à Québec de reporter à plus tard l'implantation du programme.

maroke via Getty Images

L'implantation des cours obligatoires d'éducation sexuelle, prévue en septembre dans toutes les écoles primaires et secondaires, paraît compromise.

Les syndicats d'enseignants estiment que le ministère de l'Éducation n'a toujours pas fait ses devoirs, ayant négligé de planifier l'offre de formation requise pour bien transmettre la matière.

Dans ces circonstances, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), appuyée par le groupe Profs en mouvement, juge que les enseignants ne seront tout simplement pas prêts à prendre une telle responsabilité additionnelle en septembre.

Elle demande donc à Québec de reporter à plus tard l'implantation de l'éducation sexuelle à l'école.

La FSE va recommander à ses membres de ne pas accepter de fournir cet enseignement, s'ils n'ont pas d'abord reçu la formation nécessaire.

«Les enseignants nous disent: pour nous, ce n'est pas arrivé, on n'a pas commencé à vivre ces formations-là et on ne sait pas quel type de formation on recevra», a déploré la présidente de la FSE, Josée Scalabrini, en conférence de presse, mercredi, en disant ignorer totalement quelle est la stratégie et quel est le plan de match du ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx.

«On dit aux enseignants: si vous ne vous sentez pas prêts, ne levez pas la main», ajoute Mme Scalabrini, rappelant qu'en principe les enseignants auront le choix d'inclure ou non l'éducation sexuelle à l'enseignement de leur matière.

L'éducation sexuelle sera obligatoire pour l'élève, mais la tâche de l'enseigner, elle, sera facultative et volontaire.

Selon le plan de Québec, l'éducation sexuelle ne fera pas partie de la grille-matières comme telle, étant plutôt intégrée à l'enseignement des matières existantes. Par exemple, un enseignant de français pourrait insérer du contenu pédagogique de nature sexuelle à son cours pendant quelques heures.

En principe, au total, environ un million de jeunes auront accès, dès la prochaine rentrée scolaire, à de l'information, modulée selon leur âge, sur la sexualité, l'anatomie, l'image corporelle, les rôles sociaux, les agressions sexuelles, la vie affective et amoureuse, les relations sexuelles, les stéréotypes, les maladies transmises sexuellement, etc. Aucun jeune ne sera exempté.

Il est prévu cinq heures par année au primaire et 15 heures au secondaire.

Mme Scalabrini dit craindre que des enseignants mal formés, mal outillés, s'exposeront à subir des mesures disciplinaires, parce qu'ils «n'ont pas eu le vocabulaire approprié, qu'ils n'ont pas eu de bonnes réponses à des questions très délicates».

«Si vous n'êtes pas à l'aise, ne vous avancez pas avec des contenus que vous ne maîtrisez pas», lance Mme Scalabrini aux enseignants tentés par l'expérience.

Elle soupçonne le gouvernement Couillard d'avoir fait cette annonce à l'approche de l'élection générale uniquement pour gagner des votes, même si la machine administrative n'était pas prête à aller de l'avant avec un projet de cette envergure.

«C'est un geste politique», selon elle, visant à rassurer la population.

En décembre, dans la foulée du mouvement de dénonciation des agressions sexuelles #Moiaussi, le premier ministre Philippe Couillard avait annoncé que l'éducation sexuelle serait obligatoire, dès septembre, dans toutes les écoles du Québec, de la première année du primaire à la dernière du secondaire.

En entrevue à La Presse canadienne, le premier ministre avait alors promis «d'impliquer les enseignants» afin d'assurer le succès de cette initiative, d'autant plus que les délais étaient très serrés.

Québec tente depuis quelques années d'implanter graduellement, sur une base volontaire, l'éducation sexuelle à l'école, mais sans grand succès. La grande majorité des écoles n'ont pas suivi.

En 2015-2016, un projet pilote d'éducation sexuelle dans 15 écoles du Québec avait soulevé la grogne des syndicats, qui jugeaient le programme improvisé et la formation déficiente. En 2016-2017, le ministre avait rendu le programme disponible à toutes les écoles, mais sur une base facultative. Or, à peine 240 écoles (et aucune à Montréal) sur une possibilité de quelque 3000 à travers le Québec s'étaient montrées intéressées.