POLITIQUE
18/04/2018 11:13 EDT | Actualisé 18/04/2018 15:16 EDT

Demandeurs d'asile: Couillard «très insatisfait» de la réponse d'Ottawa

Québec enjoint le fédéral de prendre ses responsabilités.

La Presse canadienne

Ottawa tente de calmer le jeu, alors qu'un bras de fer s'annonce avec le Québec sur la question des demandeurs d'asile irréguliers.

"Nous n'aurions pas pu gérer la situation aussi bien que nous avons pu le faire l'an dernier sans la grande collaboration du Québec et nous sommes impatients de poursuivre cette collaboration", a affirmé le ministre fédéral de l'Immigration, Ahmed Hussen, avant la période des questions mercredi.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre Philippe Couillard s'était déclaré "extrêmement insatisfait" de la lettre du ministre Hussen, l'enjoignant de prendre ses responsabilités et de continuer à accueillir des migrants irréguliers.

M. Hussen répondait finalement à la missive que le gouvernement du Québec lui avait fait parvenir il y a près d'un mois pour réclamer un remboursement des sommes allouées à la prise en charge des demandeurs d'asile.

Dans la réponse, dont La Presse canadienne a obtenu copie, le ministre Hussen dit comprendre les préoccupations du Québec, mais signale qu'il attend toujours la ventilation du soutien financier demandé. Le Québec réclame 146 millions $.

Il note également que seulement quatre lieux d'hébergement temporaires pour les demandeurs d'asile sont présentement disponibles dans la province alors qu'il y en avait 13 l'été dernier, "ce qui risque de créer des retards à la frontière et d'entraîner une situation humanitaire inacceptable".

"Nous devons éviter de causer des souffrances indues aux familles en quête de protection", écrit-il tout en appelant à poursuivre la collaboration avec le gouvernement québécois.

La question des demandeurs d'asile, c'est une question strictement fédérale. Que le fédéral vienne sur le territoire québécois pis s'en occupe.Philippe Couillard

La réponse du ministre Hussen "n'est pas acceptable", a laissé tomber M. Couillard à son entrée au caucus libéral mercredi matin, et elle "montre une méconnaissance complète des réalités du terrain, de ce que le Québec a vécu l'an dernier et ce que, bien sûr, on va vivre cette année selon les projections".

Le Québec est prêt à jouer un rôle humanitaire, assure-t-il, mais selon ses capacités d'accueil et ses ressources. Les services en santé et en éducation notamment sont déjà "étirés" suite à l'afflux important de migrants irréguliers en 2017.

L'année dernière a vu le Québec recevoir 25 000 migrants irréguliers, soit la moitié de toutes les entrées de ce type au Canada, comparativement à une moyenne annuelle "normale" de 3500.

Les projections du ministère de l'Immigration laissent entrevoir pour l'été prochain, en période de pointe, un rythme de 400 passages irréguliers par jour, soit près du double des 250 quotidiens de l'an dernier.

Quatre ministres ont annoncé lundi que la province a atteint la limite de sa capacité d'accueil et ne compte plus accueillir l'excédent à compter du 24 avril dans ses centres d'hébergement temporaire à Montréal.

Le chef du gouvernement québécois n'en démord pas; d'après lui, le gouvernement Trudeau ne réalise pas ce qui se passe réellement sur le terrain. "C'est un peu loin, dès fois, Ottawa du terrain", a-t-il ironisé.

"La question des demandeurs d'asile, c'est une question strictement fédérale, a-t-il martelé. Que le fédéral vienne sur le territoire québécois pis s'en occupe."

Le ministre québécois de l'Immigration, David Heurtel, doit se rendre à Ottawa mercredi soir pour discuter de la question des migrants irréguliers et exiger du gouvernement fédéral qu'il s'implique davantage, afin notamment de mieux les répartir à travers le pays. Il s'agit de la neuvième réunion du groupe de travail intergouvernemental créé dans la foulée de la crise de l'année dernière.

Bien qu'il bénéficie d'un appui solide des partis d'opposition, M. Heurtel pour l'instant rejette l'idée de la Coalition avenir Québec (CAQ) de demander la répartition des migrants selon le poids géographique de chaque province, ainsi que celle du Parti québécois (PQ) de demander la suspension de l'entente sur les pays tiers sûrs.

En vertu de cette entente, les réfugiés doivent demander l'asile au premier des deux pays où ils arrivent. Pour plusieurs migrants, il s'agit des États-Unis. S'ils essaient de se rendre ensuite au Canada par un poste frontalier, ils sont refoulés dans le premier pays où ils ont demandé l'asile. Mais s'ils franchissent la frontière de façon irrégulière, il est possible pour eux de demander le statut de réfugié au Canada.

Dans sa lettre, le ministre Hussen rappelle les mesures déjà mises en place par Ottawa pour alléger le fardeau financier du Québec comme la réduction du délai pour l'octroi de permis de travail de trois mois à trois semaines. Il souligne également que les demandeurs d'asile bénéficient d'une couverture médicale fédérale et donc que leurs soins de santé ne coûtent rien au Québec.