POLITIQUE
17/04/2018 17:59 EDT | Actualisé 17/04/2018 17:59 EDT

Vie privée: il est grand temps de surveiller les partis politiques, dit Daniel Therrien

Les partis ne sont liés que par des politiques internes et volontaires, en l'absence d'un organe indépendant pour s'assurer qu'ils respectent leurs propres règles, a indiqué mardi le commissaire Daniel Therrien devant un comité parlementaire.

THE CANADIAN PRESS/Justin Tang
Le Commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Daniel Therrien.

Le Commissaire à la protection de la vie privée du Canada appelle le gouvernement à se pencher sur ce qu'il perçoit comme des failles importantes dans la loi qui entraînent une autoréglementation des partis politiques concernant la collecte et l'utilisation de renseignements sur les électeurs.

Les partis ne sont liés que par des politiques internes et volontaires, en l'absence d'un organe indépendant pour s'assurer qu'ils respectent leurs propres règles, a indiqué mardi le commissaire Daniel Therrien devant un comité parlementaire.

M. Therrien avait déjà appelé à des changements pour renforcer les lois sur la vie privée afin de couvrir l'utilisation de renseignements privés par des partis politiques — une demande qui fait l'objet d'une attention plus grande ces dernières semaines à la suite de révélations sur la gestion de renseignements personnels par Facebook et d'autres entreprises.

En réclamant de nouveau devant des députés à Ottawa des lois plus strictes sur la protection de la vie privée, mardi, M. Therrien a dit croire qu'il n'y avait pas de meilleur moment pour agir.

Le bureau de M. Therrien a récemment uni ses forces avec le commissaire à la protection de la vie privée en Colombie-Britannique pour enquêter sur Facebook et l'entreprise canadienne AggregateIQ, deux compagnies au coeur de la tourmente sur l'usage non autorisé de renseignements privés sur les médias sociaux.

La controverse a aussi accru l'attention portée à l'usage et au croisement de données par les partis politiques dans le but de cibler de manière de plus en plus pointue certaines clientèles lors de campagnes électorales.

Le comité parlementaire sur l'accès à l'information, la protection de la vie privée et l'éthique tient des audiences cette semaine sur les brèches impliquant Facebook et la firme de consultation Cambridge Analytica. Jeudi, le comité entendra Kevin Chan, directeur des politiques publiques de Facebook. M. Chan agissait comme directeur politique pour l'ancien chef libéral Michael Ignatieff.

Dans son témoignage, mardi, M. Therrien a souligné que le Royaume-Uni, une majeure partie des pays de l'Union européenne et la Nouvelle-Zélande avaient adopté des lois sur la vie privée qui s'appliquent aux organisations politiques.

Au Canada, il est grand temps que soient accordés à une autorité indépendante les pouvoirs de surveiller les pratiques des partis politiques et déterminer si celles-ci respectent vraiment la protection de la vie privée, a argué le commissaire.

Entre autres lacunes, a-t-il souligné, les dispositions des partis ne permettent pas aux électeurs qui le souhaiteraient d'en savoir plus sur les renseignements privés qui se retrouvent entre les mains des politiciens.

«Il s'agit d'une faille énorme», a dit M. Therrien.

Selon le commissaire, son bureau et celui du directeur général des élections pourraient contribuer à la surveillance des partis politiques.

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