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17/04/2018 14:52 EDT | Actualisé 17/04/2018 14:54 EDT

Tuerie à la mosquée de Québec : une veuve demande une peine exemplaire pour Alexandre Bissonnette

Elle a parlé d'une «seconde mort» si Bissonnette devait être libéré un jour.

Handout . / Reuters

Si Alexandre Bissonnette devait voir sa peine allégée ou être libéré un jour, ce serait une seconde mort pour les victimes de l'attentat de la mosquée de Québec, a déclaré au juge Louiza Mohamed-Saïd, la veuve d'un homme qui y a été abattu.

Dans une salle de Cour du palais de justice de Québec, la jeune femme a raconté avoir cherché les mots pour expliquer à ses trois petites filles «la mort de leur papa». Ce père de famille est Abdelkrim Hassane, l'un des six hommes tués.

Saïd El-Amari, atteint de deux balles le 29 janvier 2017, s'est dit «effrayé» à l'idée "qu'une telle personne, avec un esprit aussi «tordu» puisse se retrouver en liberté dans 25 ans.

Car la défense réclame une peine de prison de 25 ans pour Alexandre Bissonnette, qui a tué six hommes et en a blessé plusieurs autres à la grande mosquée de Québec. La Couronne n'a pas encore fait connaître sa position. Bissonnette est passible de 150 ans de prison.

Les témoignages de ce mardi sont justement présentés pour aider le juge François Huot de la Cour supérieure à déterminer quelle période de temps Bissonnette devra passer derrière les barreaux.

Louiza Mohamed-Saïd a raconté son cauchemar vécu le 29 janvier 2017, lorsqu'elle s'est rendue à l'hôpital et qu'elle a supplié un médecin de sauver son mari, et de prendre l'un de ses reins à elle, si nécessaire. Mais qu'elle a plutôt entendu qu'il était «trop tard».

Revenue à la maison, elle ne savait pas quoi dire à ses trois filles. La plus jeune, qui avait à peine un an, n'aura pas de souvenir de son père, a-t-elle laissé tomber. «C'est tellement injuste».

Rien ne remplace l'amour d'un père, surtout un père aimant comme lui, a-t-elle dit.

La veuve a demandé au juge de donner une peine exemplaire au tueur «qui a noirci nos joies» pour que pareil drame ne se reproduise plus.

Des témoins de l'attaque

Deux hommes présents à la mosquée ce soir-là ont raconté mardi au juge ce qu'ils ont vu.

Le premier, Saïd Akjour, a dit que le tueur semblait calme, a agi de sang-froid «comme s'il jouait à un jeu vidéo».

S'il a d'abord entendu des bruits qui ressemblaient à des coups de feu, il n'a pas compris tout de suite ce qui se passait.

Puis il a vu Alexandre Bissonnette, tout habillé de noir, qui a commencé à tirer dans la salle de prière. Il a reçu une balle dans l'épaule.

«J'ai vu qu'il se passait un massacre devant mes yeux».

Caché, il se risque à regarder quand les balles cessent de fuser, le temps que le tireur recharge son arme.

«C'est là que j'ai vu la bravoure d'Azzedine Soufiane». L'homme faisait des gestes pour dire aux autres de venir l'aider à maîtriser le tireur. M. Akjour a fait un pas vers l'avant, puis les balles ont recommencé et il est rentré dans sa cachette. Azzedine Soufiane l'a finalement chargé seul, et il y a perdu sa vie.

M. Akjour a dit au procureur de la Couronne: «Vous avez dit que ça a duré deux minutes? Pour moi, ça a duré deux heures».

Une éternité, a dit de son côté Saïd El-Amari.

L'homme originaire du Maroc était aller prié ce soir-là, comme d'habitude.

Il a décrit la panique qui a déferlé dans la salle de prière, quand le tireur a fait irruption.

Il a tenté de se cacher dans le Mihrab, une petite niche dans le mur de la salle, mais elle était déjà pleine de gens.

Il a vu Azzedine Soufiane tomber sous les balles, raconte-t-il en pleurant.

On aurait dû aller l'aider, a-t-il martelé. «Il y a toujours ce remords.... ça me ronge toujours».

Dans la salle de cour, il a demandé pardon à la femme de M. Soufiane.

M. El-Amari a été touché par une balle à l'abdomen. Plus tard, il saura que son genou a été atteint par une autre.

Au total, Bissonnette a tiré 48 balles ce soir-là.

Il a été accusé de tentative de meurtre sur les deux hommes.

Le juge Huot a tenté de rassurer M. El-Amari.

«Vous n'avez aucun remords à éprouver. Aucun regret. Je le comprends, mais il est injustifié».

Tout le monde aurait fait la même chose, cela s'appelle l'instinct de survie, a poursuivi le magistrat.

Chassez cela de votre esprit, a-t-il dit: «Tournez la page et soyez heureux».

L'homme a quitté le lutrin des témoins en essuyant ses larmes.

Bissonnette a écouté sans broncher le témoignage des deux hommes, ne montrant aucune expression.

M. Akjour a aussi raconté les conséquences de l'attentat sur sa vie, d'une voix nerveuse.

Il a dû s'absenter du travail pendant huit mois. Encore aujourd'hui, il ne peut travailler à temps plein. Son sommeil est perturbé par des cauchemars, et il confie voir du danger partout: à l'épicerie, à la bibliothèque. Partout, insiste-t-il.

L'homme déplore l'impact que la tuerie a eu sur son fils de huit ans. Il cherche son père dans la maison pour voir s'il est toujours là, et le touche si ce dernier ferme les yeux, pour s'assurer qu'il soit toujours vivant.

«Ce qu'il a vécu, c'est grave».

«Il y a une vie avant le 29 janvier 2017, et une vie après», résume-t-il.

MISE EN GARDE À PROPOS DE LA VIDÉO CI-DESSOUS

Alexandre Bissonnette a été interrogé par un policier le 29 janvier 2017, au lendemain de l'attentat à la mosquée de Québec. Certains des propos contenus dans la vidéo ci-dessus pourraient choquer. Nous préférons vous en avertir.