NOUVELLES
16/04/2018 16:10 EDT | Actualisé 16/04/2018 16:55 EDT

«Alexandre Bissonnette s'est acharné sur moi», raconte Aymen Derbali qui est devenu tétraplégique

M. Derbali est la première victime à témoigner lors des audiences sur les observations sur la peine à être imposée à Alexandre Bissonnette.

Photo d'archives d'Aymen Derbali.
La Presse canadienne/Francis Vachon
Photo d'archives d'Aymen Derbali.

Aymen Derbali a hésité avant de se rendre prier à la mosquée le 29 janvier 2017, parce qu'il était en retard. Mais il y est quand même allé, une décision qui s'avéra lourde de conséquences, car il s'est retrouvé le premier dans la ligne de tir d'Alexandre Bissonnette.

L'homme est devenu tétraplégique après avoir été atteint par sept balles du tireur.

M. Derbali est la première victime à témoigner lors des audiences sur les observations sur la peine à être imposée à Alexandre Bissonnette. De son fauteuil roulant, il raconte au juge François Huot de la Cour supérieure ce qu'il a vécu.

Bissonnette a été déclaré coupable fin mars de six meurtres au premier degré et de six tentatives de meurtre. Il a plaidé coupable.

Aymen Derbali a passé six mois à l'hôpital, dont deux aux soins intensifs.

C'est dans son lit d'hôpital qu'il a appris la mort de six membres de sa communauté.

Le père de trois enfants a expliqué qu'il était occupé à configurer une télévision pour son fils lorsqu'il a réalisé qu'il allait être en retard pour la prière de 19 h 30.

Quelques instants d'hésitation, puis la décision a été prise: il s'y rend.

Il venait à peine d'entrer dans la salle de prière quand il a entendu des coups de feu. Il s'est retourné.

"J'étais la personne la plus proche".

Il raconte avoir reçu une première balle dans la jambe et être tombé par terre.

Il dit avoir tenté de ramper pour arrêter le tireur, mais que celui-ci s'est "acharné sur lui".

Au total sept balles, dont une qui s'est logée dans sa colonne vertébrale. Elle devra y rester, dit-il, car il est trop dangereux de l'enlever. Mais il ne pourra plus marcher.

Malgré tout ce qu'il a vécu, il ne quittera pas Québec, une ville qu'il aime et où il veut élever ses enfants, a dit l'homme.

Bissonnette regrette de ne pas avoir fait plus de victimes

Alexandre Bissonnette a déclaré à une intervenante sociale au centre de détention qu'il regrettait de ne pas avoir tué plus de personnes à la mosquée de Québec le 29 janvier 2017, car les victimes sont au ciel, alors que lui «vit l'enfer».

Il a fait cette déclaration à Guylaine Cayouette en septembre 2017 alors qu'il était incarcéré. Elle a consigné ses propos dans un rapport.

Lors de cette rencontre, Bissonnette a dit qu'il idolâtrait les tueurs en série depuis l'adolescence et qu'il voulait faire un geste d'éclat depuis.

Le jeune accusé a aussi déclaré ce jour-là qu'il «était tanné de jouer un rôle» et que ce n'était pas vrai qu'il ne se souvient pas de ce qu'il a fait ce soir-là, car il se souvient «de tout».

Il rapporte que deux médecins qui l'ont évalué ne croyaient pas qu'il entendait des voix.

«Je regrette de ne pas avoir tué plus de personnes», a écrit Mme Cayouette dans son rapport pour la Sécurité publique, en rapportant les propos d'Alexandre Bissonnette.

«Je voulais la gloire», est-il aussi rapporté dans ce document.

Bissonnette a dit vouloir mourir à plusieurs reprises lors de cette rencontre et qu'il a «manqué son coup», car il devait mourir.

Déjà lors de cette rencontre, il a dit qu'il voulait plaider coupable et qu'il avait avisé son avocat.

Mme Cayouette indique que l'accusé était dans un protocole anti-suicide depuis le début de son incarcération.

Son avocat, Charles-Olivier Gosselin, a précisé que à la suite de sa rencontre avec Mme Cayouette, il a été placé dans une cellule capitonnée, vu son état.

Bissonnette a été déclaré coupable d'avoir tué six personnes et aussi de six chefs de tentatives de meurtre.

Galerie photoLes photos déposées en preuve à l'audience d'Alexandre Bissonnette Voyez les images