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15/04/2018 12:45 EDT | Actualisé 15/04/2018 12:45 EDT

Après les frappes en Syrie, des discussions diplomatiques incertaines

Frapper pour mieux parler?

Les pays occidentaux qui ont mené des frappes d'une ampleur sans précédent contre le régime en Syrie affirment que celles-ci doivent être suivies d'efforts diplomatiques redoublés, mais de nombreuses inconnues demeurent sur le contenu d'éventuelles discussions et la volonté, notamment de Moscou, de s'y investir.

Frapper pour mieux parler?

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont insisté sur le fait que leurs frappes n'avaient pas la prétention de réduire la puissance de feu du régime du président Bachar al-Assad.

Outre sanctionner le franchissement d'une "ligne rouge" sur les armes chimiques, cette action -ciblée, rapide et spectaculaire- cherche à débloquer des discussions politiques au point mort.

"Toute action militaire doit être associée à un processus politique", plaide également Dima Moussa, figure de l'opposition syrienne en exil.

Ces raids sont une manière pour les Occidentaux d'essayer de revenir dans le jeu diplomatique autour de la Syrie, estime Karim Bitar de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS): "Ces dernières semaines, on avait le sentiment qu'ils étaient un peu hors-jeu, que l'avenir de la Syrie était en train d'être discuté entre Russes, Iraniens et Turcs et que l'Amérique et ses alliés européens avaient été quelques peu marginalisés".

"Il faut espérer maintenant que la Russie comprenne qu'après la riposte militaire (...), nous devons joindre nos efforts pour promouvoir un processus politique en Syrie qui permette une sortie de crise", a estimé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue iranien Hassan Rohani ont toutefois jugé dimanche que "cette action illégale endommageait sérieusement les perspectives d'un règlement politique", d'après un communiqué du Kremlin publié après une conversation téléphonique entre les deux dirigeants.

Parler avec qui?

Selon la présidence française, Paris souhaite "travailler sérieusement" avec la Russie sur le dossier syrien. Une visite d'Emmanuel Macron prévue pour fin mai en Russie reste d'ailleurs programmée.

Côté américain, on assure travailler avec le représentant de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, et également "avec Moscou".

Paris souhaite que Moscou "fasse pression" sur Bachar al-Assad.

En effet, estime Karim Bitar, les frappes ne devraient pas "pousser (M. Assad) à des concessions majeures tant qu'il se sent toujours fort de l'appui des Iraniens et des Russes".

Dans un souci de ménager les Russes, la France a indiqué avoir veillé à ce qu'ils "soient prévenus en amont".

Les frappes occidentales ont d'ailleurs soigneusement évité les installations militaires russes en Syrie et les défenses antiaériennes russes n'ont pas été utilisées pour intercepter les missiles occidentaux.

Si Moscou a quasi systématiquement bloqué les résolutions visant son allié syrien au Conseil de sécurité de l'ONU, les relations entre Russes et Syriens ne sont pas toujours aussi fluides qu'il y paraît.

En 2017, celles-ci s'étaient tendues après l'attaque chimique du régime syrien sur la localité de Khan Cheikhoun, qui avait sabordé les efforts russes pour restaurer l'image de M. Assad.

"Le régime de Damas considère que la Russie profite cette guerre pour retrouver une puissance internationale. Il n'a pas d'états d'âme à la mettre dans l'embarras et à la compromettre davantage avec lui", souligne le géographe Fabrice Balanche.

Discuter de quoi?

Dès samedi, Américains, Français et Britanniques ont remis à leurs 12 partenaires du Conseil de sécurité un projet de résolution sur la Syrie qui devrait être discuté à partir de lundi, selon des diplomates.

Ce texte comporte plusieurs volets.

Dans le domaine de l'aide humanitaire, il réclame un "cessez-le-feu durable", "un accès humanitaire sans restriction" partout en Syrie et la possibilité "de procéder à des évacuations médicales en fonction des besoins et des urgences".

Dans le domaine chimique, il prévoit notamment de créer "un mécanisme indépendant" d'enquête et d'attribution des responsabilités "basé sur des principes d'impartialité et de professionnalisme".

En matière politique, le projet "exige des autorités syriennes qu'elles s'engagent dans des négociations inter-syriennes de bonne foi, de manière constructive et sans préconditions" en application des dernières discussions menées à Genève en mars.

Ce processus de Genève est "totalement bloqué, à la fois par la Syrie qui ne veut pas participer aux discussions (...) et par les Russes qui n'ont pas voulu faire suffisamment pression" sur Damas, estime un haut responsable américain.

Les Américains souhaitent avancer sur deux axes: une "réforme constitutionnelle" et des "élections libres".