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12/04/2018 08:30 EDT | Actualisé 12/04/2018 14:25 EDT

Skripal: l'OIAC confirme que le poison est russe

Pour Londres, la responsabilité de Moscou est sans équivoque.

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a confirmé jeudi les découvertes de Londres sur l'identité du poison utilisé contre un ex-espion russe et sa fille en Angleterre, suscitant immédiatement le scepticisme de Moscou.

"Les résultats de l'analyse menée par les laboratoires désignés par l'OIAC (...) confirment les découvertes du Royaume-Uni quant à l'identité de l'agent chimique toxique utilisé à Salisbury qui a blessé grièvement trois personnes", a indiqué l'organisation dans un communiqué rendu public à Londres.

La substance chimique est d'une "grande pureté", a-t-elle précisé, sans toutefois aller jusqu'à établir des responsabilités.

Londres réclame du coup une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU pour discuter de ces résultats, réunion qui devrait se tenir mercredi.

Le gouvernement britannique avait désigné la substance comme un agent innervant de type militaire de la famille Novitchok, de conception soviétique, et rendu Moscou responsable de l'attaque contre l'ex-agent double russe Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Ioulia, le 4 mars à Salisbury (sud-ouest).

Aussitôt après l'annonce de l'OIAC, Moscou a exprimé son scepticisme: "La Russie ne croira pas sur parole les conclusions dans l'affaire Skripal, tant que ses experts n'obtiendront pas l'accès aux échantillons des analyses mentionnées dans l'expertise de l'OIAC", a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

Moscou souhaite également avoir accès à "toute l'information véritablement en possession de Londres à propos de cet incident", a poursuivi Mme Zakharova. "Il ne s'agit pas d'une question de confiance, mais d'une question de travail à partir de matériel concret".

Pour permettre à l'OIAC de procéder à ses propres analyses, la justice britannique avait autorisé en mars des prélèvements de sang sur les Skripal, ainsi que sur un policier britannique qui avait été intoxiqué en leur portant secours.

Moscou dément catégoriquement toute implication, dénonçant une "provocation" occidentale et une "campagne antirusse". L'affaire a provoqué une grave crise diplomatique entre Moscou et les Occidentaux, qui s'est traduite par la plus importante vague d'expulsions croisées de diplomates de l'Histoire.

Ioulia retenue "par la force"

S'appuyant sur ces conclusions, Londres a réitéré jeudi ses accusations contre Moscou.

"Il ne peut y avoir aucun doute sur ce qui a été utilisé et il n'y a pas d'explication alternative sur le responsable - seule la Russie a les moyens, le mobile et l'expérience en la matière", a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, dans un communiqué.

"Nous n'avons jamais douté de l'analyse menée par nos scientifiques de Porton Down", le laboratoire militaire britannique qui avait mis un nom sur le poison, a-t-il ajouté. "Le Kremlin doit apporter des réponses".

Le chef de la diplomatie a convoqué une réunion de l'OIAC le 18 avril pour "étudier la suite".

"Nous travaillerons sans relâche avec nos partenaires pour arrêter l'utilisation inadmissible d'armes de ce type et nous avons convoqué une session du conseil exécutif de l'OIAC pour mercredi prochain", a-t-il souligné.

L'OIAC a précisé que le nom et la structure de la substance chimique identifiée étaient contenus dans "le rapport classifié complet" disponible pour les Etats membres. Début avril, la Russie n'était pas parvenue à convaincre l'organisation de l'inclure dans l'enquête sur l'empoisonnement des Skripal et avait porté le dossier devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Par ailleurs, la Russie a accusé jeudi le Royaume-Uni de "retenir par la force" Ioulia Skripal, qui a quitté l'hopital où elle était soignée pour un lieu tenu secret. "Les derniers événements renforcent nos craintes selon lesquelles il est question de l'isolement d'une citoyenne russe", a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe.

Ioulia Skripal, qui a pu sortir de l'hôpital lundi un mois et demi après son admission en soins intensifs dans un état critique, a pourtant affirmé mercredi soir ne pas souhaiter l'aide consulaire russe

En septembre 2017, le président Vladimir Poutine a déclaré que la Russie avait détruit ses dernières réserves d'armes chimiques héritées de l'époque de la Guerre froide, conformément aux termes de la Convention de 1997 sur l'interdiction des armes chimiques.

L'état de son père est en constante amélioration mais il reste hospitalisé, selon les médecins qui le suivent. Ioulia était venue de Russie lui rendre visite à Salisbury, où l'ex-espion vit après avoir fait l'objet d'un échange de prisonniers avec Moscou en 2010 alors qu'il purgeait une peine de 13 ans de prison pour avoir collaboré avec les services britanniques.