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12/04/2018 10:45 EDT | Actualisé 12/04/2018 10:45 EDT

Frappes en Syrie: l'Occident tergiverse

Une action militaire américaine soutenue par la France et le Royaume-Uni se dessine.

Donald Trump lancera une attaque "très bientôt ou pas si tôt que cela", Emmanuel Macron se décidera "en temps voulu": les Occidentaux entretenaient le flou jeudi sur leur riposte à l'attaque chimique présumée dans la Ghouta orientale.

Alors que la tension est encore montée d'un cran après des menaces d'action militaire du président américain sur Twitter, la Première ministre britannique Theresa May a convoqué pour jeudi une réunion d'urgence de son gouvernement, afin de "discuter de la réponse à apporter aux événements en Syrie".

Après avoir provoqué une montée de tensions en demandant à la Russie mercredi de se "tenir prête" à des frappes contre son allié syrien, Donald Trump a semblé temporiser.

"Jamais dit quand une attaque contre la Syrie pourrait avoir lieu. Cela pourrait être très bientôt ou pas si tôt que cela", a-t-il écrit dans un tweet matinal. "Dans tous les cas, les Etats-Unis, sous mon administration, ont fait un super boulot pour débarrasser la région de l'EI (groupe Etat islamique, ndlr). Où est le "Merci l'Amérique+?"

En France, le président Emmanuel Macron a également relativisé l'urgence d'une réaction, après avoir évoqué mardi une annonce "dans les prochains jours".

"Nous aurons des décisions à prendre en temps voulu, quand nous le jugerons le plus utile et le plus efficace", a-t-il dit sur la chaîne de télévision TF1.

Sur le fond, il est cependant resté ferme dans ses accusations, disant avoir "la preuve" que "des armes chimiques ont été utilisées, au moins du chlore, et qu'elles ont été utilisées par le régime de Bachar al-Assad".

La chancelière allemande Angela Merkel a elle aussi jugé "évident" que le régime syrien disposait encore d'un arsenal chimique, tout en soulignant que Berlin "ne participera pas à des actions militaires" contre Damas.

L'Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC) a annoncé qu'elle se réunirait lundi pour discuter de l'attaque chimique présumée à Douma.

Les Occidentaux, Washington en tête, ont menacé le régime de Damas de frappes imminentes après une attaque chimique présumée début avril dans l'enclave rebelle de Douma, qu'ils imputent au régime de Damas, ce qu'il dément.

La Russie a dénoncé un "prétexte" utilisé pour lancer une opération militaire contre son allié, son ambassadeur au Liban avertissant qu'elle abattrait tout missile lancé contre la Syrie.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a ainsi appelé les Occidentaux à "réfléchir sérieusement aux conséquences" de leurs menaces de frapper la Syrie, tout en assurant que Moscou ne voulait pas d'"escalade".

"Personne n'a donné le droit aux dirigeants occidentaux de s'attribuer le rôle de gendarmes du monde, à la fois d'enquêteur, de procureur, de juge et de bourreau", a-t-elle dit.

"Bras de fer"

Le Kremlin s'est pour sa part voulu rassurant, affirmant que la ligne spéciale entre militaires russes et américains au sujet de leurs opérations en Syrie, destinée à éviter les incidents, était encore "dans un état actif et utilisée des deux côtés".

Jugeant "absolument essentiel" d'éviter des frappes contre le régime de Damas, son porte-parole Dmitri Peskov a appelé à éviter tout acte qui pourrait avoir "un effet extraordinairement destructeur sur tout le processus de règlement syrien".

"Toute action ne contribuera qu'à déstabiliser davantage la région", a averti de son côté le président syrien Bachar al-Assad.

La perspective d'une action militaire des Américains, soutenus par la France et probablement le Royaume-Uni, s'inscrit dans un contexte extrêmement difficile entre l'Occident et la Russie. Les relations sont déjà passablement dégradées par l'affaire de l'ex-espion Sergueï Skripal empoisonné par un agent innervant en Angleterre le 4 mars.

Après un triple vote mardi à l'ONU sans aucun résultat, son secrétaire général, Antonio Guterres, a exhorté mercredi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité "à éviter une situation hors contrôle" en Syrie, réaffirmant sa "grande inquiétude face à l'impasse actuelle".

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est dit préoccupé jeudi par le "bras de fer" engagé par certaines puissances étrangères, tandis que les éléments d'une riposte coordonnée entre Occidentaux se mettaient en place.

Selon les Casques blancs et l'ONG médicale Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont été tuées à Douma, dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale, tandis que plus de 500 blessés ont été soignés notamment pour des "difficultés respiratoires".

L'armée russe, qui intervient depuis septembre 2015 en soutien aux forces gouvernementales, a en outre annoncé jeudi que le drapeau du gouvernement syrienflottait sur la ville de Douma, marquant la reprise par le régime du contrôle de "la totalité de la Ghouta orientale".

Voir aussi:

Possible attaque chimique en Syrie par le régime