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11/04/2018 12:48 EDT | Actualisé 11/04/2018 13:44 EDT

Attentat de Québec: le juge interdit la diffusion des vidéos de la mosquée

Le public n'a pas besoin de visionner les images pour se rendre compte de l'ampleur des crimes commis, a déclaré le juge.

ALICE CHICHE via Getty Images
Photo d'archives de Mohamed Labidi, ancien président du Centre culturel islamique de Québec, qui pointe l'une des caméras de surveillance.

Les vidéos de la soirée de la tuerie de la mosquée de Québec ne pourront pas être diffusées, même pas en partie, a tranché le juge François Huot mercredi midi, en prononçant une ordonnance de non-diffusion.

La mise en ondes des enregistrements compromettrait gravement la bonne administration de la justice et l'intérêt public, a déclaré le juge dans sa décision fort détaillée, rendue oralement pendant environ 45 minutes.

"Le public n'a pas besoin de visionner les images pour se rendre compte de l'ampleur des crimes commis", a-t-il ajouté.

Les médias pourront toutefois faire des comptes rendus par écrit ou verbalement de ce qui est montré dans les enregistrements.

Le président du Centre culturel islamique de Québec, là où se trouve la mosquée, Boufeldja Benabdallah, a dit qu'il était soulagé de savoir que ces images ne seraient pas montrées, et surtout que les enfants des six hommes assassinés seraient ainsi protégés.

Il a précisé qu'il allait quitter la salle de cour quand les images seront projetées.

La veuve d'un homme abattu le soir du 29 janvier 2017 a déclaré que cette décision du juge Huot était un "bon début" qui fera en sorte que ses enfants ne verront pas les terribles images.

La Couronne s'était catégoriquement opposée à la diffusion des vidéos. Elle n'avait toutefois pas demandé une ordonnance de non-publication, ce qui va permettre aux journalistes de relater tout ce qu'ils auront vu.

Un consortium de médias avait demandé au juge d'autoriser la mise en ondes des images captées. Les médias avaient limité leur demande, spécifiant qu'il n'était pas du tout question de diffuser les images montrant de la "violence crue".

Étaient visées par cette demande notamment des images captées par les vidéos de surveillance de la mosquée, le 29 janvier 2017.

La Couronne avait indiqué son intention de déposer en preuve ces vidéos dans le cadre des représentations sur la peine qui doit être infligée à Alexandre Bissonnette, qui a plaidé coupable à six accusations de meurtre et à six chefs de tentative de meurtre à la fin mars.

Se trouvaient ainsi en opposition le droit du public à l'information et le respect de la dignité des familles et des proches des victimes.

La Couronne a plaidé que de montrer ces vidéos retraumatiserait les victimes de cette tragédie et pourrait inspirer d'autres à passer à l'acte.

Les médias ont soutenu que les citoyens doivent pouvoir se faire leur propre idée de ce qui s'est passé ce jour-là, surtout dans un contexte où Alexandre Bissonnette peut possiblement écoper de la plus lourde peine de prison jamais infligée au Canada, soit 150 ans. Cette peine est désormais possible en raison de changements apportés au Code criminel en 2011. Un débat de société va vraisemblablement avoir lieu sur ces changements assez récents et les citoyens doivent savoir ce qui sera à la base de la peine, avait plaidé mardi Jean-François Côté, procureur du groupe de médias.

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