BIEN-ÊTRE
10/04/2018 16:02 EDT | Actualisé 10/04/2018 16:02 EDT

Ces étranges vedettes des médias sociaux ne sont même pas de vraies personnes

Et elles ont des centaines de milliers d'abonnés.

Les influenceurs pullulent sur Instagram ces jours-ci, mais il y a un nouveau type d'individus qui envahit la plateforme. Ils sont aussi beaux, ils ont des milliers d'abonnés et ils brouillent les lignes entre la vraie vie et le monde virtuel.

La partie la plus bizarre de tout ça? Ils ne sont même pas humains.

Un de ces influenceurs s'appelle Shudu, un mannequin noir rappelant la beauté de Alek Wek et Grace Jones, avec une peau claire et luminescente et des yeux rieurs qui feraient que Tyra Banks la couronnerait «America's Next Top Model» en un instant.

Elle est éblouissante. Et 100% irréelle.

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En fait, Shudu est un rendu digital 3D d'un humain créé il y a environ un an par le photographe de mode basé à Londres Cameron James Wilson. Shudu, a-t-il dit, a été largement inspiré de la poupée Barbie princesse d'Afrique du Sud et était destiné à être un exutoire créatif «libre de l'apport des autres», «une exploration de [ses] propres opinions et pour explorer [sa] créativité».

«C'est comme si j'avais créé une photo ou un dessin», a expliqué Wilson. «Ça ajoute. Nous avons besoin de plus de photos, de plus d'art, de plus de tout en ce qui a trait à la représentation. C'est ce que je pense.»

Wilson soutient que le but ultime pour Shudu est d'éventuellement collaborer avec des designers montants des économies émergentes et des pays sous-représentés.

Malgré qu'il soit peut-être un partisan de la diversité, Wilson a fait face à des critiques qui voient Shudu comme un problème, largement parce qu'elle est une image idéalisée d'une femme noire créée par un homme blanc.

Minh-Ha T. Pham, un professeur associé à l'Institut Pratt, a qualifié Shudu comme étant le résultat de «plagiat racial». D'autres ont argumenté que Wilson devrait appuyer la diversité en travaillant avec de vrais mannequins noirs plutôt que d'en créer un qui représente son image de la beauté.

La critique est valide, particulièrement en considérant l'exploitation, la possession et la sexualisation des corps des femmes noires.

Shudu a plus de 95 000 abonnés sur Instagram; évidemment, les gens sont fascinés par elle. Ou, peut-être que les gens sont fascinés par l'idée d'elle et des autres influenceurs digitaux qui gagnent en popularité sur le réseau social.

Les notes biographiques de Shudu confirment qu'elle est digitale, mais cette information n'est pas toujours donnée dans d'autres comptes. Ce qui fait en sorte que plusieurs gens qui commentent leurs publications doivent spéculer sur l'existence de ce qu'ils regardent.

La figure la plus proéminente de cette classe de créations digitales de style «uncanny valley» est Lil Miquela, qui a plus de 885 000 abonnés et dont les origines sont beaucoup plus floues que Shudu. (On sait que sa première photo date de 2016, quand elle n'avait pas l'air aussi humaine.)

Selon sa page Wikipédia, Lil Miquela est une Américaine-Brésilienne-Espagnole de Downey, en Californie, dont le vrai nom est Miquela Sousa. Elle est une femme hyperréaliste souvent placée dans des situations de vie et exprime ses propres opinions politiques. Elle est aussi une artiste musicale.

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Puis il y a la création digitale masculine nommée Blawko, qui admet ne pas avoir l'air aussi réel que ses contreparties féminines. Blawko ressemble à un personnage tout droit sorti d'un jeu vidéo. Son compte consiste en un mélange de mèmes, de clips de jeux et d'images de lui, pratiquement toujours avec son visage obstrué d'une façon ou d'une autre.

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Récemment, nous avons trouvé le compte de Lil Wavi, qui est supposément un mannequin et un contributeur de VFiles, une plateforme en ligne pour permettre aux personnes créatives de se connecter et de collaborer. Wavi est clairement un rendu digital, mais sa présence sur l'application de partage de photos est tout aussi fascinante.

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Alors que nous reconnaissons que ces influenceurs/modèles digitaux brouillent les lignes entre la réalité et monde digital, les influenceurs humains comme Kylie Jenner font la même chose dans un sens, montrant leur peau à l'allure parfaite, des vêtements à la mode et leurs vies parfaitement organisées affichées à travers des filtres. La présentation et les standards de beauté sur Instagram deviennent extrêmement homogènes. Les influenceurs commencent, en vérité, à tous se ressembler.

Wilson clame que ces influenceurs digitaux manufacturés sont «plus authentiques que les vraies personnes».

«Je pense que nous devenons, en tant que nous-mêmes, plus virtuels dans nos vies de tous les jours», a-t-il raconté au HuffPost américain. «Tout ce que nous expérimentons est en quelque sorte à travers un réseau virtuel maintenant. Alors ça ne me surprendrait pas si [les modèles digitaux] devenaient plus populaires et plus standards. Je crois que c'est plutôt surprenant que quelqu'un comme Shudu puisse avoir l'air plus réelle que certains des vrais influenceurs. Je pense que c'est en quelque sorte ce qui est plus épeurant à mes yeux.»

Vraiment épeurant.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l'anglais.

Après Instagram, après boobstagram, voici richestagram : ils ont plus d'argent que vous et prennent des photos avec leur téléphone-from-mt-239583