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10/04/2018 14:54 EDT | Actualisé 10/04/2018 19:10 EDT

Facebook: Mark Zuckerberg offre ses excuses officielles devant le Congrès

Émotif, le PDG a reconnu «une grosse erreur».

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a fait son mea-culpa mardi pour avoir échoué à protéger la vie privée des utilisateurs du réseau mondial, dont les données personnelles ont pu être utilisées à des fins politiques.

"Nous n'avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c'était une grosse erreur. C'était mon erreur et je suis désolé", a-t-il dit, la voix marquée par l'émotion, lors d'une audition très attendue devant une commission conjointe au Sénat.

Il doit aussi entendu mercredi à la Chambre des représentants.

"Il est évident aujourd'hui que nous n'avons pas fait assez pour empêcher ces outils d'être utilisés de façon malintentionnée", a expliqué le multimilliardaire de 33 ans, qui avait troqué son traditionnel t-shirt gris pour un costume sombre et une cravate bleu ciel.

Loin de l'image du "geek" arrogant et peu à l'aise en public, Mark Zuckerberg a répondu de manière claire et détaillée à la majorité des questions des parlementaires qui dénonçaient les "abus de confiance" de Facebook.

Le réseau social, créé en 2004, a selon eux échoué à protéger les données personnelles des utilisateurs et permis des manipulations politiques. La polémique a pris une tournure retentissante mi-mars avec l'éclatement du scandale Cambridge Analytica (CA).

"Le potentiel de croissance (de Facebook) est illimité, mais le potentiel pour des abus est aussi important", a commenté d'élu républicain de l'Iowa, Chuck Grassley.

"Course aux armements"

Les données de quelque 87 millions d'utilisateurs se sont retrouvées entre les mains de la firme britannique d'analyse de données. Cette dernière a ensuite travaillé pour la campagne du candidat républicain à la présidentielle américaine de 2016, Donald Trump.

Le groupe aux plus de deux milliards d'utilisateurs est aussi vilipendé depuis des mois pour avoir servi --comme Google ou Twitter-- d'outil de désinformation et de manipulation politique, orchestrée selon le renseignement américain par le Kremlin dans le but de favoriser l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Moscou a toujours nié.

Mark Zuckerberg a assuré que sa société était engagée dans "une course aux armements" contre "des gens en Russie dont le travail est d'exploiter nos systèmes et autres systèmes internet".

Il a également confirmé que Facebook coopérait avec l'équipe du procureur spécial Robert Mueller qui enquête sur l'ingérence russe dans la campagne. "Je ne suis pas au courant d'une convocation mais je sais que nous travaillons avec eux", a-t-il dit.

Il doit aussi expliquer pourquoi il a attendu 2014 pour décider de limiter l'accès aux données personnelles par les applications tierces, comme celle par laquelle ont transité les informations récupérées par CA.

Certains parlementaires se sont dits décidés à légiférer pour mieux encadrer Facebook et les groupes internet en général. Pour beaucoup, l'heure de rendre des comptes a sonné.

"Si Facebook et les autres réseaux sociaux ne réparent pas ou ne veulent pas réparer les intrusions dans la vie privée, nous le ferons, nous, le Congrès", a mis en garde le sénateur démocrate de Floride Bill Nelson.

Pas un "monopole"

Comme depuis des semaines, M. Zuckerberg a répété devant les sénateurs avoir péché par "idéalisme" et "optimisme" et détaillé les mesures passées ou à venir pour rectifier les errements d'autrefois. Mardi, il a également assuré que Facebook aurait toujours une version gratuite et estimé que la plateforme n'était pas "un monopole".

Avant le début de cette première audition, Facebook a annoncé qu'il allait rétribuer les personnes qui signalent une mauvaise utilisation de données personnelles par des applications tierces.

Regagner la confiance de ses utilisateurs est crucial pour le groupe car son modèle économique est fondé sur l'exploitation des données personnelles, qui permettent aux annonceurs de cibler finement leurs messages publicitaires.

Facebook, qui fait l'objet d'enquêtes et de plaintes tous azimuts des deux côtés de l'Atlantique, a commencé lundi à informer ses utilisateurs dont les données ont pu arriver chez CA.

Parmi les autres annonces récentes: vérifier l'identité des personnes ou organisations diffusant des messages électoraux ou politiques, clarifier les paramètres de confidentialité ou encore collaborer avec des chercheurs indépendants sur son influence dans les élections et la démocratie.

Jusqu'ici, Facebook assure ne pas observer d'impact financier malgré un mouvement appelant les utilisateurs à quitter le réseau social et les inquiétudes d'annonceurs publicitaires. Son action a toutefois chuté de près de 15% à Wall Street depuis la révélation de l'affaire.

Une plainte en nom collectif a par ailleurs été déposée mardi devant un tribunal du Delaware (nord-est) par des utilisateurs américains et britanniques affirmant que le réseau social a "échoué à protéger" les informations personnelles de plus de 80 millions de personnes aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

Zuckerberg n'aimerait pas que l'on révèle ses informations personnelles

"Non", Mark Zuckerberg n'aimerait pas que tout le monde sache dans quel hôtel il séjourne, a reconnu le patron de Facebook mardi en répondant à un sénateur américain qui cherchait à lui faire reconnaître l'attachement des utilisateurs à leurs données privées.

"Seriez-vous à l'aise à l'idée de partager avec nous le nom de l'hôtel dans lequel vous avez séjourné la nuit dernière ?", a demandé de but en blanc le sénateur démocrate Dick Durbin au jeune dirigeant, qui répondait déjà depuis plus de deux heures aux questions des sénateurs, largement consacrées à la protection des données privées, au coeur du scandale Cambridge Analytica.

Surpris par la question mais visiblement amusé, Mark Zuckerberg a répondu "hum, heu ... non", suscitant les rires de l'assistance.

Et "si vous envoyiez un message à quelqu'un cette semaine, partageriez-vous avec nous les noms des personnes destinataires ?", a aussi demandé l'élu de l'Illinois.

"Non, je ne choisirais sans doute pas de partager cela avec vous ici", a répondu M. Zuckerberg, avant que Rick Durbin n'explicite le sens de ses questions.

"Je pense que l'on est au coeur du sujet: le droit à la confidentialité, les limites du droit à la confidentialité (...) C'est la question de savoir quelles informations Facebook collecte, à qui il l'envoie et s'il a demandé au préalable l'autorisation de le faire".

"Je pense que tout le monde devrait pouvoir contrôler la façon dont leurs informations sont utilisées", a assuré en réponse M. Zuckerberg.

Les questions des sénateurs mardi ont très largement tourné autour de l'usage fait par Facebook des données personnelles des usagers.

Mark Zuckerberg se retrouvait sur le grill devant deux commissions réunies en audition conjointe au Sénat américain, confronté à des parlementaires très remontés contre Facebook sur la protection des données et la manipulation politique. La polémique a pris une tournure retentissante mi-mars avec l'éclatement du scandale Cambridge Analytica, du nom d'une firme britannique qui a pu récupérer les données de plusieurs dizaines de millions d'usagers sans qu'ils le sachent.