NOUVELLES
10/04/2018 12:33 EDT | Actualisé 10/04/2018 14:39 EDT

Attentat de la mosquée de Québec: la Couronne offre un compromis sur la diffusion des vidéos

Elle ne veut pas qu'elles soient diffusées, mais elle ne s'objecte toutefois pas à ce que les médias décrivent, par écrit ou oralement, leur contenu.

AFP/Getty Images

Le bras de fer entre la Couronne et un consortium de médias s'est poursuivi mardi sur la possible diffusion des vidéos de l'attentat de la mosquée de Québec perpétré par Alexandre Bissonnette.

Le juge François Huot de la Cour supérieure va rendre son jugement à ce sujet mercredi matin.

La requête des médias ne vise pas tout ce qui a été capté par des caméras de surveillance de la mosquée de Québec où la tuerie a eu lieu: tout ce qui montre de la "violence crue" ne fait pas partie de ce qui a été demandé, a-t-il été expliqué au juge.

Ces vidéos de l'événement pourraient être présentées en preuve dans le cadre des audiences sur la détermination de la peine d'Alexandre Bissonnette et les médias souhaitent en diffuser certains extraits.

La Couronne s'oppose catégoriquement à ce que les images du 29 janvier 2017 soient diffusées. C'est à elle de convaincre le juge, car la règle est la suivante: les procès sont publics, et les pièces déposées aussi.

Le procureur de la Couronne, Me Thomas Jacques, ne s'objecte toutefois pas à ce que les médias décrivent, par écrit ou oralement, le contenu des vidéos de surveillance.

Il s'agit d'un compromis raisonnable, a-t-il fait valoir, qui permet au public d'être informé sans revictimiser les proches des six personnes abattues, des blessés ainsi que la communauté.

Pour soutenir sa position, la Couronne a notamment fait témoigner la docteure Cécile Rousseau, une experte en psychiatrie transculturelle, radicalisation et polarisations sociales, qui a déclaré que la diffusion des vidéos comportait trois grands risques : la retraumatisation, la contagion (l'effet "copycat") et l'utilisation malveillante à des fins de propagande.

Le témoignage de la docteure Rousseau avait débuté vendredi et s'est poursuivi mardi matin, car elle avait depuis visionné les vidéos en question.

Pour les proches des personnes abattues ou blessées, de voir ces images serait cruel et inhumain, a-t-elle fait valoir mardi.

Et pour les enfants des pères assassinés, cela pourrait éveiller un sentiment de vengeance.

"Il n'est pas dans leur meilleur intérêt de voir ces images, juge la Dre Rousseau.

De plus, les gestes filmés pourraient glorifier l'antihéros, un personnage type à la mode dans les films hollywoodiens actuellement. Et avoir un effet d'entraînement", a-t-elle ajouté, parce que cela montre qu'une personne en apparence ordinaire, même introvertie, peut réaliser des choses qui sortent de l'ordinaire.

Une ordonnance de non-publication prononcée par le juge Huot empêche les journalistes de rapporter, pour le moment, la description faite par l'experte des vidéos.

Me Jacques a plaidé devant le juge que la diffusion des images n'est pas nécessaire pour bien informer le public. Bref, que cela aurait un grand effet préjudiciable avec très peu d'effets bénéfiques. "Le droit du public à l'information a des limites quand des valeurs sociales ont préséance", a affirmé l'avocat.

De son côté, Me Jean-François Côté, qui représente le groupe de sept médias, estime qu'ils cherchent à remplir leur rôle, soit informer les citoyens, tout en agissant de façon responsable puisqu'ils ont limité leur demande.

Pour les médias, être restreints à décrire ce qui est vu dans les vidéos n'est pas suffisant: chacun peut avoir sa propre vision, sa compréhension unique et son interprétation de ce qu'il voit.

D'ailleurs, si la Couronne veut que le juge les regarde, c'est qu'elle-même estime qu'une description n'est pas suffisante, a lancé Me Côté.

"Elle (la vidéo) est parlante, elle est criante, elle a manifestement un intérêt dans la détermination de la sentence".

Et puis, Alexandre Bissonnette peut être condamné à une peine de 150 ans de prison, "la plus longue sentence jamais imposée au Canada", a souligné Me Côté. Un débat de société au sujet de la sentence va donc se faire et la preuve à son soutien prend toute son importance.

Alexandre Bissonnette a été déclaré coupable de six chefs de meurtre et de six chefs de tentative de meurtre.

Les observations sur la peine devraient débuter mercredi après-midi.

À voir également: