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10/04/2018 09:21 EDT | Actualisé 10/04/2018 11:20 EDT

Damas invite l'OIAC à venir enquêter sur l'attaque chimique présumée

La Syrie se dit prête à coopérer.

Le régime syrien a invité mardi l'Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC) pour enquêter sur les allégations selon lesquelles il est derrière une attaque chimique présumée, au moment où les autorités sont en "état d'alerte" après les menaces d'une riposte militaire occidentale.

Les mises en garde de Donald Trump affirmant qu'il faudrait "payer le prix fort" pour l'attaque présumée ont ravivé le spectre de frappes américaines en Syrie, qui pourraient donner lieu à une confrontation avec Moscou, l'allié indéfectible de Bachar al-Assad.

La Russie, dont les troupes sont sur le sol syrien, a d'ores et déjà prévenu qu'une intervention militaire américaine serait "très, très dangereuse".

Lundi, l'ambassadeur syrien à l'ONU Bachar al-Jaafari a accusé les Etats-Unis, la France et d'autres pays occidentaux de professer de fausses accusations contre Damas "de façon à ouvrir la voie à une attaque en Syrie comme l'agression criminelle des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne en Irak en 2003".

Et mardi, selon l'agence officielle Sana, le régime a adressé une "invitation officielle" à l'OIAC pour venir enquêter à Douma, dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale aux portes de Damas et théâtre de l'attaque chimique présumée qui aurait fait des dizaines de morts samedi.

"Etat d'alerte"

Qualifiant l'attaque présumée d'"horrible", le président américain Donald Trump a promis que son pays y répondrait "avec force", prévoyant des décisions majeures "très bientôt".

La Maison Blanche a en outre estimé que Damas ne pouvait mener à bien une telle attaque sans l'aide de ses alliés russe et iranien.

Ces derniers accusent Washington et les puissances occidentales de chercher un "prétexte" pour frapper le régime syrien. Et la Russie a mis en garde lundi contre "de graves conséquences" en cas de frappes aériennes occidentales en Syrie.

Une riposte militaire pourrait cependant attendre un vote au Conseil de sécurité de l'ONU mardi. Les Etats-Unis ont demandé un vote à 19H00 GMT sur leur projet de résolution instituant un "mécanisme d'enquête indépendant" de l'ONU sur le recours présumé aux armes chimiques en Syrie, selon des diplomates.

Rejetant l'initiative américaine, Moscou va déposer mardi son propre projet de résolution qui impliquerait l'OIAC.

"Nous déposerons aujourd'hui un projet de résolution qui exigera une enquête", a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avant l'annonce de l'invitation de Damas. Selon lui, les forces russes en Syrie et le régime syrien sont en mesure de garantir la sécurité des inspecteurs de l'OIAC.

Face au risque d'attaques, l'armée syrienne a placé ses forces "en état d'alerte" pour les trois jours à venir dans les aéroports et les bases militaires du pays, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Galerie photo Possible attaque chimique en Syrie par le régime Voyez les images

Cette mesure est généralement adoptée "en réaction à des menaces extérieures", a précisé le directeur de l'Observatoire, Rami Abdel Rahmane.

Une source des forces alliées au régime a affirmé à l'AFP que le régime serait prévenu en cas d'attaque.

"Généralement, les Américains avertissent les Russes par avance, c'est ce qui s'est passé il y a un an. A l'époque, les Russes avaient informé les autorités syriennes", a-t-elle indiqué.En avril 2017, Donald Trump avait déjà fait bombarder une base militaire syrienne, en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

"Personne n'a peur"

Dans les rues de la capitale, des Syriens semblaient rester de marbre face aux menaces de frappes.

"Personne n'a peur d'une frappe", lance sur un ton de défi Amal, ingénieure de 27 ans. "On sait que tout ce qu'ils font, c'est pour miner (...) l'engagement de l'armée qui libère les régions" tenues par la rébellion.

"Honnêtement, je n'ai pas peur d'une frappe américaine. Après sept ans de ce qu'on a vu avec la guerre (...) il n'y a plus de peur", lâche de son côté Rahf, une étudiante.

Selon les Casques Blancs, les secouristes en zones rebelles, et l'ONG médicale Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont été tuées samedi à Douma, tandis que plus de 500 blessés ont été soignés, souffrant notamment de "difficultés respiratoires".

Les forces du régime empêchant tout accès à Douma, les journalistes ne peuvent pas vérifier de manière indépendante ces accusations. Joindre par ailleurs des gens sur place est rendu difficile par les mauvaises communications. L'AFP n'a plus de correspondants à Douma, toujours sous le contrôle des rebelles.

Le dernier groupe insurgé Jaich al-Islam semble cependant en passe de quitter la ville après plusieurs semaines de bombardements intensifs du régime qui ont fait plus de 1.700 morts dans les secteurs rebelles de la Ghouta orientale.

Une soixantaine de bus transportant des combattants de Jaich al-Islam et des civils de Douma ont quitté dans la nuit de lundi à mardi la périphérie de Damas pour se rendre en territoire rebelle dans le nord, selon l'OSDH.

Avant eux, des dizaines de milliers de personnes, combattants de deux autres groupes insurgés et leurs familles, avaient déjà été évacués.

Le conflit qui déchire la Syrie depuis 2011 a fait plus de 350.000 morts et s'est complexifié au fil des années avec l'implication de puissances étrangères sur un territoire morcelé.