DIVERTISSEMENT
07/04/2018 10:21 EDT | Actualisé 07/04/2018 10:21 EDT

Kathy Griffin prévient que son «cauchemar» peut arriver à n'importe qui

Elle avait publié une photo la montrant tenant une reproduction sanglante de la tête du président Donald Trump et a été largement condamnée pour son geste.

Photo by Chris Pizzello/Invision/AP

La comédienne espère remonter sur scène en riant de la photo étrange qui lui a valu l'attention des autorités fédérales américaines et a failli mettre un terme à sa carrière.

Elle lance toutefois un avertissement sérieux à travers toutes les blagues: «Si ça m'est arrivé à moi, ça peut vous arriver à vous».

Mme Griffin entamera dans quelques semaines une tournée nord-américaine, un an après avoir été largement condamnée pour avoir publié une photo qui la montrait tenant une reproduction sanglante de la tête du président Donald Trump. Dix mois plus tard, elle refuse de courber l'échine.

Capture Twitter @TylerShields

«Je suis la même fille que celle que j'ai toujours été: une comédienne rousse qui travaille fort et qui est déplaisante. Depuis le début, je n'ai jamais cessé d'essayer de vous faire rire, a-t-elle dit lors d'une récente entrevue avec l'Associated Press. Est-ce que ça m'arrive de déranger? Certainement. Est-ce que je vais parfois trop loin? J'espère bien. C'est pour ça que je suis là.»

La vedette a perdu des contrats et a reçu des menaces de mort. Elle a été dénoncée par M. Trump, a atterri sur la liste criminelle d'Interpol et a eu peur de sortir de chez elle. Elle précise qu'elle a fait l'objet d'une enquête du département américain de la Justice pendant deux mois.

«Ça ne devrait pas arriver à une citoyenne américaine», estime-t-elle. Mme Griffin assure qu'elle comprend que certains n'aient pas aimé la photo controversée, mais affirme que cela découle de sa liberté d'expression. «S'il y a un amendement (de la Constitution américaine) que je connais bien, c'est le premier. Je le connais en détail et c'est comme ça que je gagne ma vie.»

La vie de la comédienne a été chamboulée en mai dernier, après la parution de la photo: «Je n'avais vraiment jamais pensé que cette photo ferait autant réagir (puisque) je fais des choses "choquantes" depuis le début de ma carrière», explique-t-elle.

La personne la plus détestée de la planète

Sa réaction à la crise n'a fait qu'empirer les choses, qu'il s'agisse d'une vidéo d'excuses bâclée ou de la conférence de presse «désastreuse» avec l'avocate Lisa Bloom, pendant laquelle elle a traité M. Trump de «voyou».

«Mes réseaux sociaux étaient tellement inondés que je me suis vraiment dit: "OK, je suis la personne la plus détestée de la planète aujourd'hui", a-t-elle expliqué. Ça m'a pris beaucoup de temps pour tout analyser et départager ce qui était réel de ce qui ne l'était pas. (...) Je crois vraiment que si ça m'est arrivé à moi, ça peut vous arriver à vous.»

Pendant ces jours sombres, affirme Mme Griffin, des collègues comme l'animateur Anderson Cooper se sont éloignés d'elle, mais une vedette lui a tendu la main — le comédien Jim Carrey, qu'elle ne connaissait pourtant pas si bien. Il lui a conseillé de trouver la comédie dans sa tragédie.

«Ça a été très important pour moi qu'il appelle, a-t-elle dit. Son conseil était en plein dans le mille, c'est-à-dire: "Fouille le sujet et tu trouveras la comédie." Et heureusement, j'ai trouvé amplement de comédie pendant que j'hibernais.»

Même sa mère lui a fourni du bon matériel quand elle lui a dit qu'en écoutant la télévision, elle avait eu l'impression que sa fille avait rejoint les rangs de Daech (le groupe armé État islamique). «Je ne pense pas qu'ils recrutent des comédiennes américano-irlandaises de 57 ans, blague Mme Griffin. Je pense que je ne m'en tirerais pas très bien dans ces camps d'entraînement. J'ai vu les images.»

Incapable de partir en tournée aux États-Unis, Mme Griffin est partie pour l'étranger, où elle a donné des représentations dans 23 villes de 15 pays. Elle visitera le Canada, le Mexique et les États-Unis cet été: elle sera à Ottawa le 23 mai, à Toronto le 25, à Kitchener le 26, à Calgary le 31 et à Vancouver le 1er juin.

Même le nom de sa tournée témoigne de son état d'esprit: «The Laugh Your Head Off World Tour».

«Je demande aux gens de me pardonner, de revenir et de me donner une chance. Et c'est intéressant. On dirait vraiment que je recommence à zéro», souligne-t-elle. Elle admet toutefois qu'elle ne pourra plus jamais offrir de représentations dans certains coins des États-Unis et que certaines émissions ne l'inviteront plus jamais.

La réaction viscérale provoquée par la photo commence à s'adoucir, surtout dans la foulée des mouvements #MoiAussi et «Time's Up», qui ont mis en lumière le sexisme et la misogynie au sein du monde du divertissement. Mais Mme Griffin affirme que ces mouvements ne lui ont pas tendu la main et qu'elle s'en sent exclue.

«Je sais que j'ai brisé le silence bien avant le mouvement et j'en suis fière, dit-elle. J'applaudis ces femmes et je suis derrière elles, qu'elles en soient conscientes ou non.»